Dernière mise à jour 24/06/2018

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Nucléaire : les citoyens vont-ils enfin en prendre le contrôle ?

Le 23 janvier dernier, la Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires diffusait un communiqué assez alarmant qui titrait sur la "pétaudière" qu’est devenu le nucléaire hexagonal et "l’occlusion" qui menace cette filière industrielle, un péril causé par la profusion des déchets qu’elle produit et leur foisonnement lié au démantèlement en cours des centrales arrivées au terme prévu de leur cycle d’exploitation.

La Fédération Grand-Est rendait son avis après avoir pris connaissance de la publication, le 19 janvier 2010, d’un rapport produit par les deux députés Birraux (UMP) et Bataille (PS) pour l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) : “Une analyse de plus sur la gestion des déchets nucléaires qui aurait dû passer inaperçue si les auteurs, pro-nucléaires notoires, ne dressaient un réquisitoire implacable contre l’industrie nucléaire française et sa courroie de transmission, les pouvoirs publics.“… Le rapport qui flingue titrait Libération le 26 janvier.

Il faut leur enlever le contrôle de l’argent et des armes ! (*)

Il vous est possible encore de voir et revoir pendant quelques jours après la première diffusion le 27 janvier dernier, le magnifique documentaire de Michael Madsen, “Into Eternity” (cf. le site du film). À cette occasion vous pourrez voir un film où la Finlande, nation nucléarisée, par la voix de quelques experts, s’adresse aux générations futures pour leur expliquer combien ils auront fait de leur mieux pour que toute cette saleté ne contrevienne pas à la bonne marche de l’humanité. Vous verrez et ressentirez sans doute tout le poids des responsabilités que portent ces hommes et ces femmes qui ont reçu le lourd fardeau consistant à “cacher la merde au chat” comme on dirait vulgairement.

Vous pourrez entendre Timo Seppâlâ, directeur des communications d’Onkalo (la “cachette” en finlandais), le “premier site d’enfouissement permanent de déchets radioactifs au monde” qui ne permettra pas pour autant d’enfouir plus qu’une partie seulement de la production finlandaise de déchets radioactifs.

Grâce à ce film, il s’adresse à ses contemporains et à leur descendance : “nous devons trouver une solution permanente… ou une solution plus sûre à long terme”. Il sait que l’échelle de temps pour de tels déchets est de 100 000 années… 50 fois la période qui nous sépare du début de l’ère chrétienne, de quoi perdre bien de ses certitudes sécuritaires. Et puis, il y a ces 250 000 tonnes - au moins - de déchets à travers le monde dont on ne sait que faire ?

Timo Seppâlâ tente de conforter à cette occasion les choix qui ont conduit à la construction du site d’enfouissement d’Onkalo. Il le dit sans doute aussi pour légitimer tous les sites à 140909-homme_des_cavernes_jrabie.jpgvenir dont Onkalo sera le modèle. Il communique. C’est son métier. Il est payé pour ça. Mais il est incapable de garantir la sûreté de cette solution à l’échelle de 100 000 ans.

Alors voyons autrement ce que peut vouloir dire sa déclaration. Ne dit on pas que “l’énergie qui pollue le moins, c’est aussi celle qu’on ne consomme pas” ? Quoi de plus “permanent” alors que d’arrêter définitivement de produire de l’électricité nucléaire ? Quoi de “plus sûr à long terme” que de ne plus produire de déchets radioactifs ?

L’humain mis devant sa citoyenneté

Comme un aveu devant l’absurdité du système, Berit Lundovist, journaliste scientifique suédoise nous explique comment elle perçoit l’avenir du nucléaire  : “Si on veut amener les chinois et les indiens au même niveau que les occidentaux dans les 20 prochaines années, il faudra installer 3 réacteurs nucléaires de plus par jour !”.

Or, nous savons depuis octobre 2008 (cf. HNS-INFO) que la construction par Areva de l’EPR finlandais aura 3 ans de retard et coutera 50% plus cher que prévu… surcoût que les finlandais ne veulent pas endosser. On veut bien les comprendre. Mais qui paiera cette note supplémentaire là ? Et surtout, à ce rythme, les objectifs ne sont pas prêts d’être tenus… pour autant qu’il soit à jamais possibles.

Lors de son investiture le samedi 22 janvier, par le Parti de Gauche, à la candidature Front de Gauche pour les Présidentielles 2012©, Jean-Luc Mélenchon revenait sur sa conception d’une planification écologique qui devrait nous permettre de faire face aux nouveaux défis de ce siècle dont celui de la transition énergétique incluant la sortie du nucléaire.

Pour respecter a minima le contexte, citons une petite minute d’un discours qui en aura duré 45 ! (entre 36’10 et 37’08) :

“Peuple, maintenant il faut passer du modèle économique et de partage actuel à l’autre modèle. Il faut faire la transition écologique. Il faut faire la planification écologique. Nous pouvons le faire. Le peuple français, la République française peut être la première république du monde qui aille au bout de la logique d’un autre modèle de production. Ainsi sur le progrès humain et le progrès écologique.

Le premier de ces défis sera la transition énergétique. Nous affirmons qu’on peut sortir naturellement dans les délais qui sont appelés par les exigences de la technique elle-même… et des besoins, nous pouvons passer de l’énergie nucléaire à une autre énergie : les énergies renouvelables bien sûr, les économies d’énergie et enfin la source fabuleuse d’énergie que représente la géothermie profonde.”

Dans notre dernier article traitant de ce même sujet, nous avons montré qu’excepté la position historique, univoque et autoritaire d’un État français pro-nucléaire de plus en plus oligarchique (cf. l’affaire Proglio-Lauvergeon), il se proposait en gros deux voies de renoncement au nucléaire. La première trouve qu’il n’y a pas mieux que de programmer la sortie du nucléaire sur 20 ou 30 ans comme ont essaye de le démontrer, non sans quelques fâcheuses contradictions, chez nos voisins allemands. 

La seconde propose de rompre sans plus tarder avec le régime électronucléaire. Elle tient compte principalement de la contrainte technique principale que sont les procédures d’arrêt total d’un réacteur, un temps qui, dans des conditions normales d’exploitation, nécessite 18 mois, disons 2 ans. 

Entre 20 ans et 2 ans il y a, comme nous l’explique la Fédération Stop déchets nucléaires, l’énorme différence d’une production foisonnante et incontrôlée de déchets qu’une telle industrie peut générer au cours de son exploitation mais aussi lors du démantèlement des unités de production que sont les réacteurs d’une centrale.

Traces Tchernobyl - Prypiat. Chambre de l'hôpital / Sept.2005
De l’alternative unitaire 2007 au Front de gauche 2012

Il faut voir dans le discours de Jean-Luc Mélenchon une offre politique nouvelle et concurrente de celle des Verts. Cette dernière est plus connue et surtout mieux défendue puisque le réseau “Sortir du nucléaire” se retrouve apparemment sur la même ligne stratégique.

Celle du Parti de gauche a la caractéristique d’être d’abord et avant tout une avancée inédite dans le camp socialiste qui jusqu’ici tergiversait à qui mieux mieux, le député Bataille en tête, pour ne pas avoir à dire que le nucléaire “c’est propre” et qu’on ne pouvait pas faire autrement que de poursuivre les mêmes politiques pro-nucléaires. Mais à la différence des Verts qui produisent leur catalogue de mesures programmatiques en leur sein, du coté du Parti de Mélenchon, au 63, avenue de la République à Paris, c’est plutôt un appel du pied aux associations et aux citoyens qui est lancé.

Ce petit et récent parti de gauche - mais pour aller où ? - affiche une tactique électorale a priori nouvelle en France. À défaut d’adhérents en grand nombre, on se doit de trouver autrement les forces nécessaires au soutien du candidat et pour ce faire, il n’y a sans doute pas mieux que de sous-traiter au “grand nombre”. Cette tactique n’a de précédent que la tentative ratée (?) de José Bové 2007.

À bien des égards elles sont d’ailleurs tout à fait comparables. Ce que l’on appelait l’Alternative Unitaire 2007 au lendemain du très fédérateur référendum de 2005, dynamitée en décembre 2006 par les manoeuvres d’une “Marie-Georges Marchais” aux ambitions étrangement anti-unitaires pourrait très bien s’être converti cette fois en Front de gauche. Par ailleurs, la pétition et les “parrainages citoyens” qui ont relancé la candidature Bové dès la fin 2006 (unisavecbove.org) n’est pas sans évoquer la “Liste d’appui à ma candidature” de l’élu du PG à la candidature “Front de gauche”. On peut légitimement craindre que l’histoire se mette à bégayer, les logiques électorales étant ce qu’elles sont. Ce qui pourra faire cette fois la différence c’est d’une part, la sincérité des discours à la tribune qui disent sans barguigner l’ambition de “passer devant le PS dès le premier tour” et, d’autre part, la maturité des forces militantes et citoyennes à les recevoir comme il se doit.

Toute la question réside en définitive dans la capacité à ne pas se laisser embringuer dans une opération qui ne viserait qu’à se garantir les suffrages à nouveau tentés par le FN ou par l’abstentionisme pour mieux les tourner le moment venu vers le “vote utile” Solférinien, l’autre tactique de ce dernier étant, pendant le même temps, d’aller séduire les voix du centre dès le premier tour. Si cette petite entreprise promise à des “petits matins” électoraux difficiles venaient à être révélée, il n’y a aucun doute que l’exemple tunisien finirait - si ce n’est pas déjà le cas - par inspirer le grand nombre. Il deviendrait ainsi une alternative concrète aux pratiques électorales piégeuses mais par des voies différentes : combien, en effet, de possibles Mohamed Bouazizi en France ?. Quoiqu’il en soit, Le candidat ne croit pas si bien dire quand il parle de chance à l’évocation des insurrections qui ont cours en afrique du nord.

Gageons donc que le panache de Jean-Luc Mélenchon ne soit pas au fond qu’un nuage de fumée et voyons plutôt dans sa démarche ce qu’il peut y avoir d’authentiquement autre. À l’instar de ce qui a permis à la gauche de retrouver le chemin du pouvoir en amérique du sud, l’alternative unitaire 2012 consisterait en l’occurrence à porter dans le champ politique les revendications du mouvement social. On aperçoit ici un autre point commun avec la doctrine d’un Bové depuis envouté par celle des frères Cohn-Bendit.

C’est en cela que réside la proposition d’une révolution citoyenne qui cherche à se nourrir de la déception et de la révolte d’un “grand nombre” jusque là de plus en plus gagné par l’abstentionnisme. À la charge donc des citoyens d’engager et de défendre leur position, et partant, une fois la conviction du candidat faite, de venir le soutenir pour les Présidentielles 2012© si finalement l’offre, une fois discutée et médiatisée, venait à convenir.

Traces Tchernobyl - Prypiat. Jardin d'enfant / Sept.2005
De rouge, de vert et de la coupe aux lèvres

Il ne faudra pas être étonné s’il s’avérait que pour la “forte tête” du Parti de gauche, “les exigences de la technique elle-même… et des besoins” recouvrent d’ores et déjà une signification assez précise. Pour autant, rien ne dit encore que cette position soit tout à fait figée. Au contraire, l’avènement de cette candidature à la candidature vient un peu forcer la main d’un PCF qui traîne des pieds pour désigner le candidat du Front de Gauche. Tout laisse donc entendre qu’un rapport de force se joue entre les deux partis et laisse penser que le nucléaire peut tout aussi bien devenir un point de consensus comme il peut s’avérer être un point de différenciation des offres qui permettrait au candidat socialiste, le cas échéant, de se démarquer pour courir sa chance en solo.

Il y a fort à parier en effet que les tiraillements qu’on observe actuellement avec le PCF - où Maxime Gremetz en dispute aux coups de pied de l’âne Cambadelis - ne sont pas sans rapport avec le sujet qui nous occupe ici. Le Parti, toujours campé sur les mêmes positions en matière énergétique, entend bien défendre cette croyance qu’un avenir du nucléaire français est toujours possible. On veut même en démontrer le caractère enviable que procurerait la surgénération, ce que le marketing nucléaire veut bien appeler la 4ème génération. La mise en échec de cette position au sein du Front de gauche pourrait très bien encore motiver, au siège du Colonel Fabien, un revirement en faveur du candidat d’un Parti Solférinien, quoiqu’il en dise, toujours pro-nucléaire en échange de quelques maroquins et, plus probablement, de quelques sièges de députés.

Reste à savoir maintenant si le mouvement social est prêt à s’emparer de cette nouvelle situation politique. Les associations et les citoyens désireux de rompre avec l’industrie électronucléaire ont là une occasion sans doute à saisir. Mais il leur faudra encore montrer comment les contraintes techniques véritables pourront être dépassées dans le temps imparti du quinquennat tout en répondant aux besoins réels. Loin d’être impossible, il sera cependant difficile d’y parvenir sans tenir compte de syndicats aux positions souvent proches de celles du PCF mais dont le métier est avant tout de défendre les intérêts des salariés. Ils ont quelques mois devant eux pour s’emparer de cette ouverture qui offre des perspectives d’élaboration d’une politique énergétique innovante.

Pour le candidat à la candidature qu’est encore M. Mélenchon, l’objectif affiché n’est pas bien sûr d’aller au dissensus définitif avec les siens du PCF même si le rapport de force tout à fait amical battra encore quelque temps son plein. Bien au contraire, l’ambition est grande. Au PG on l’appelle “la révolution citoyenne”. C’est d’ailleurs devenu sa marque de fabrique. Mais pour concrétiser l’offre, il faudra auparavant réaliser une sorte de “révolution électorale” qui devra tordre les équilibres de longue date établis à gauche comme à droite pour ne pas dire contraints par le carcan des règles qu’imposent la 5ème Rep au fondement desquelles les questions d’argent pèseront encore extrêmement lourd.

Pour y parvenir, le seul candidat à cette heure de “l’autre gauche” devra d’abord trouver les voies d’une conciliation et d’un consensus électoralement viable, donc large. Débaucher les anciens copains de la gauche du PS est sans nul doute une voie pratiquée assidument. Mais le débat prévu le 14 février 2011 par Bourdin (RMC-BFMTV) qui organise le face à face inédit “Front de gauche/Front national” arrive à point nommé pour faire ses gammes et pourquoi pas ses preuves dans la posture du duelliste après avoir su affronter seul les questionnaires provocants de la médiocratie. L’occasion ici est belle d’offrir aux médias la récompense du spectacle qui fait les choux gras, à son propre camp l’occasion de souder les camaraderies et avec un peu de chance, d’élargir le cercle des appuis. Devant le tableau, on est tellement confiant qu’on redoute une défection de la “fille de son père”.

Mais pour passer devant le PS dès le premier tour, il aura autant besoin des amis communistes, de quelques ralliements socialistes en souvenir du Non de 2005, que des convictions profondes issues du mouvement social et des forces citoyennes. On les sait maintenant profondément saisies d’indignation et l’on se surprend à les trouver de plus en plus épris d’un désir de “bruit et de fureur, de tumulte et de fracas”.

En résumé, si M. Mélenchon veut troquer l’insurrection qui va tout droit à une constituante pour éviter une énième impasse électorale contre une authentique révolution citoyenne imposant l’élection pour mieux refonder la République, il a encore du pain sur la planche. Ce n’est pas parce que la pesanteur d’un certain fatalisme populaire reste persistante que la colère ne couve pas et on ne voit pas pourquoi elle serait plus impolitique que celle qui s’exprime actuellement en afrique du nord.



Crédit photos : agb-images.com

  1. Traces Tchernobyl - Prypiat. Chambre de l’hôpital / Sept.2005
  2. Traces Tchernobyl - Prypiat. Jardin d’enfant / Sept.2005


Nos centrales nucléaires ont-elles une date…

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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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Commentaires (1)

EJ EJ ·  04 novembre 2013, 00h04

Into Eternity (radioactive Waste)

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