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Futaba : première poubelle nucléaire mondiale ?

Mabesoone_LM_01-02-12.jpgPourquoi l’AIEA a-t-elle nié tout en bloc, hier matin, après que son Secrétaire Général en visite au Japon le 28 janvier, venait d’annoncer l’ « ouverture rapide d’un bureau de l’AIEA à Fukushima » [1]  ?

Pourtant, le grand quotidien Sankei avait bien rapporté, dès le 28 janvier, que ledit Secrétaire Général avait décidé d’ouvrir ce bureau et qu’il avait « la volonté de préparer le budget nécessaire au plus vite, afin d’ouvrir le bureau avant la fin de l’année » [2] .

Même la prestigieuse chaîne de télévision publique NHK, le 29 janvier, avait annoncé que la demande de ce bureau avait été formulée par le gouvernement japonais en décembre 2011 et que « Yukiya AMANO, Secrétaire Général de l’AIEA, a exprimé son accord pour la création d’un bureau de l’AIEA à l’intérieur de la préfecture de Fukushima » [3] .

Et soudain voici ce communiqué de l’AIEA en date du 30 janvier, sur le site officiel :

« These reports are based on a misquotation of remarks by the Director General, who at no point stated that the IAEA would open a new office. »

Ces rapports [des médias] sont basés sur des citations erronés de remarques du Secrétaire Général, lequel n’a jamais mentionné, a aucun moment, que l’IAEA ouvrirait un nouveau bureau.

Bon…Alors ceci veut dire que les journalistes du grand quotidien Sankei Shimbun entendent des voix. Et que la chaine publique NHK (100% capital de l’État) ne sait pas faire son travail sérieusement.

Or, comme nous l’indique la NHK, les tractations entre le gouvernement japonais et l’AIEA pour la création de ce bureau remonteraient au mois de décembre 2011. Chacun se souvient que, justement fin décembre, le Ministre des Affaires Nucléaires Edano (cf. la photo du jour prise en la préfecture de Fukushima), avait rendu visite au Gouverneur Sato de Fukushima et aux maires des communes les plus touchées [4] afin de les supplier d’accepter la construction d’un « centre de stockage à moyen terme ».

Dès le mois de décembre, tout porte à croire qu’un pacte unissait déjà le gouvernement japonais à l’AIEA [5].

Ce pacte jusqu’ici secret consiste en l’échange de l’abandon progressif du nucléaire au Japon (pratiquement incontournable du fait de la constance des mouvements citoyens), l’AIEA aurait demandé en contre partie au gouvernement japonais de la laisser construire un centre de stockage définitif - et non pas a « moyen terme » - dans les zones interdites de Fukushima.

On comprend désormais encore mieux le sens de la petite phrase de Yukiya AMANO, que seul le quotidien régional Osaka nichinichi Shimbun (cf. la chronique du 31 janvier 2012) a osé reproduire.

Je cite :

« Le siège [de l’IAEA], à partir de Vienne, s’occupera de la décontamination et du problème du combustible usagé et nous pourrons ainsi avoir prise directe sur ce qui se passe sur place ».

Par « combustible usagé » il faut,  selon toute vraisemblance, entendre non seulement les milliers de barres présentes à Fukushima Daiichi mais aussi de nombreux chargements venus de l’étranger… sous l’égide de l’AIEA. À commencer par les quantités considérables de combustible usagé des États-Unis qui désespèrent de trouver un jour un site de stockage définitif.

C’eut été très grave si l’AIEA laissait paraitre à quel point elle est « intéressée » par la zone interdite de Fukushima. L’erreur de communication de AMANO a été de parler de cette volonté pressante… Il fallait nier tout de suite, même de la façon la plus maladroite et la plus incongrue.

Mais nous disposons d’un article, un seul, qui décrit l’incroyable ampleur des travaux prévus et qui corrobore donc la thèse d’un gigantesque centre de stockage définitif international. Cet article a paru dans le Denki Shimbun [6] du 29 décembre 2011, après la visite de EDANO aux Maires de Futaba. Cet article a été presque instantanément effacé du site mais une de nos sources en avait heureusement sauvegardé une copie [7] .

Je traduis :

« La capacité de cette structure, commanditée par le gouvernement, est de 15 à 28 millions de mètres carrés de stockage, sur un terrain d’une surface de 3 à 5 kilomètres carrés. Elle bénéficiera d’installations évitant la dissémination dans l’air et la contamination des nappes phréatiques. Elle sera constituée d’une zone de stockage avec contrôle de la radioactivité interne, d’installations destinées à l’incinération et à la réduction par fonte, d’installations de monitoring de la radioactivité dans l’air et dans les eaux souterraines. Il s’y trouvera aussi un centre de recherche sur la réduction des déchets par fonte [NdT : vitrification ?] et sur la séparation en niveaux de radioactivité.

La construction et le fonctionnement seront assurés par une société à statut spécial de la direction de l’environnement, avec un capital de l’État à 100%. Aussi, cette société construira et assurera le fonctionnement de cinq autres centres de « réduction de la dangerosité par conditionnement PCB ».

À partir de 2012 commencera le choix du site et la planification ainsi que l’acquisition des terrains afin de finaliser tous les accords avec les autorités locales dans le cours de l’année. En 2014 débuteront les travaux qui devraient permettre de d’expédier les premiers convois vers la première zone achevée, dès début 2015. Le gouvernement  l’intention de diriger les matières stockées vers un centre définitif en dehors du département de Fukushima, 30 ans après le début du stockage. »

La dernière phrase est un mensonge, bien sûr.

Et d’ailleurs, qui ira vérifier les activités d’un centre déjà situé en zone extrêmement contaminée ?

C’est justement parce que cette zone est interdite de vie pour des siècles qu’elle a été choisie. C’est l’endroit idéal, aux yeux de l’AIEA, pour construire le plus grand centre international de stockage définitif de déchets hautement radioactifs. Peu importe, pour l’AIEA - dont je souhaite qu’elle me lise - si ce centre se trouve sur une faille sismique, dans une région du monde extrêmement peuplée. La vérité, c’est que partout dans le monde, à cause justement de la catastrophe de Fukushima, aucune localité ne veut plus postuler comme site de stockage définitif. Alors, il suffit de renvoyer cette responsabilité à Fukushima. C’est la logique du plus fort qui s’installe, à son paroxysme.

Même si les mouvements civiques réussissent à stopper tous les réacteurs du Japon avant l’été, il nous restera cette autre lutte, autrement plus titanesque : éviter que le district de Futaba ne devienne une chose encore pire qu’un territoire fantôme, c’est à dire une poubelle nucléaire pour toute la planète.


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Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

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Comments (2)

lifranjp lifranjp ·  01 February 2012, 17h38

Bienvenue dans la Meuse - l’usine de stockage souterraine de Bure vous attend; en attendant … Et s’il le faut un site dans le Midi fera l’affaire ?!? http://fr.wikipedia.org/wiki/Bure_(Meuse)

Haricophile Haricophile ·  01 February 2012, 17h43

Sur un site sismique ? Quelle excellente idée en prévision d’un stockage à 250 000 ans !

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