Dernière mise à jour 29/03/2017

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Peur sur la ville

L’ennemi public numéro 1 est sous les verrous. Ouf, on a pu enfin respirer !

Toutes les polices d’Europe qui étaient à ses trousses pendant quatre mois devraient pouvoir souffler. Pas trop longtemps cependant afin d’éviter que notre angoisse ne retombe dare-dare. Vite, que l’on désigne un nouvel ennemi public majuscule à pourchasser. Nous sommes maintenant en effet dans l’attente impatiente de la fabrication d’un autre cerveau de la trempe de Salah Abdeslam. Oui, c’est bien de lui dont il s’agit. Vous l’aviez compris. Les médias de masse avaient tellement pris soin durant la traque incessante de nous tenir régulièrement informé de l’infortune des vains limiers lancés à ses trousses. Eux, les médias, étaient fin prêts pour couvrir les suites immédiates de l’arrestation. Le 19 mars, veille du printemps, on frôla l’overdose médiatique. Toute la médiasphère était sur la brèche, à quémander la moindre miette fuitant des révélations supposées de l’interpellé. Il fut cependant mis rapidement au secret en une prison inviolable de Bruges. La gent journaleuse était déjà passée, feux de l’actualité obligent, à d’autres préoccupations quand se produisirent, le 23 mars, les attentats de Bruxelles.

Un vrai Rocambole cet Abdeslam ! En décembre dernier, la trace de l’unique survivant du commando qui frappa Paris le 13 novembre, avait été retrouvée au 47, rue Delanoy, à Molenbeek, commune pauvre située à… quinze minutes à pied de la Grand-place de Bruxelles. L’homme le plus recherché d’Europe avait alors échappé de peu à la police, apparemment transporté par un complice dans un meuble au cours d’un faux déménagement, alors qu’une perquisition était en cours. Plus de quatre mois après ces révélations, c’est finalement au 79, rue des Quatre Vents (!) que l’homme le plus recherché d’Europe a été arrêté par la police. Soit à 300 mètres du bâtiment où sa trace avait été perdue avant la Noël. Le quidam n’avait jamais quitté le quartier ! Il continuait d’y fréquenter famille et amis quand les autorités soufflaient à l’oreille des médias fébrilement à l’écoute qu’il avait rejoint la Syrie. Le bougre a bien dû se marrer durant ces nombreuses semaines où les « forces de l’ordre » ne cessaient de patrouiller à sa barbe !

Stoppons là la gaudriole : il ne saurait être question ici de ne pas prendre au sérieux les attentats perpétrés par les « fous d’Allah », ceux de Paris d’abord, ceux de Bruxelles ensuite, survenus quatre jours après l’arrestation de Salah Abdeslam, ceux à venir enfin puisqu’il est probablement écrit que d’autres crimes de cette envergure seront commis demain. Cependant, prendre les choses au sérieux consiste justement à ne pas prendre au mot les déclarations tonitruantes de nombre de responsables politiques ou de « spécialistes du terrorisme ». Abdeslam nous a longtemps été vendu comme « le cerveau des attentats de Paris ». Une question au passage nous brûle la plume : comment un homme sans cervelle pouvait-il bien être le cerveau d’une organisation massivement criminelle. Il était probablement juste l’une des petites mains programmées pour une circonstance qui lui ouvrit suffisamment l’esprit – l’instinct de survie, qui sait – pour s’en retourner fissa vers les siens au soir du 13 novembre dernier au lieu de donner sa vie pour la cause. Depuis que la justice belge le cuisine il aurait fait des révélations à propos du rôle exact qu’il devait jouer dans la perpétuation des attentats de Paris. Seul survivant des opérations, il peut bien dire ce qu’il veut. Il ne s’est du reste pas gêner pour se contredire sachant que la presse continuerait de faire des tartines avec les bribes que laissent volontairement échapper les enquêteurs.

Il faut entretenir le foyer, maintenir la population en haleine, qu’elle ait peur de cette « guerre » déclarée sur son sol. La collusion politico-médiatique en la matière joue ainsi le jeu des « nouveaux barbares », renforce leur audience auprès d’autres écervelés potentiels. Le sérieux commande de dire que si ces hommes à la petite cervelle se jouent aussi facilement de nos forces de police déjà tellement renforcées et de leurs systèmes de surveillance sophistiqués, c’est d’abord parce que nous ne faisons plus société. Ils circulent aisément entre les mailles du tissu social distendu par plus de trente années de politiques publiques conduisant à la marginalisation des groupes les plus fragiles et à un séparatisme socio-territorial propice à offrir des bases de préparation et de repli aux criminels. ^ . Et puis il y a cette terrible vérité : les dénommés barbares sont de chez nous, ont grandi à nos côtés sans que nous nous inquiétions de leurs manigances que tout bonnement nous ignorions le plus souvent. La plupart sont des délinquants notoires, assez souvent déjà passés par la case prison, plus d’une fois « fichés au grand banditisme. Allah leur sert de prétexte, pas de foi chevillée au corps et encore moins à l’esprit puisque le Coran ils ne l’ont pas même lu. Tout cela serait-il vraiment possible au sein d’une société équilibrée capable de contenir les déviances les plus délirantes ? La lutte contre cette nouvelle « armée du crime » est l’affaire de tous, pas seulement celle de la police. A cet égard, notre arsenal de lois, pour peu qu’il soit utilisé à plein, est suffisamment fourni sans que l’on ait sérieusement besoin de maintenir un « état d’urgence » affaiblissant un peu plus encore la démocratie. Disons-le tout net :
Se servir ainsi de la peur légitime d’une population à des fins de basse politique est chose minable.

Rectifions enfin une chose : la France est bien en guerre  - et sans que nous ayons vraiment donné notre accord – en Lybie avant-hier, au Mali hier, en Syrie aujourd’hui. Cet esprit « va-t-en-guerre » n’a pas à inspirer la politique de sécurité intérieure. L’armée est une chose, la police en est une autre. Ainsi, voir circuler dans l’enceinte d’un lycée de la banlieue nord de Paris des soldats mitraillette au poing, comme en mars dernier, alors qu’il ne s’y passe rien d’inquiétant, devrait nous être insupportable. L’absence de réactions, sauf très isolées, en dit long sur les effets du bourrage de crânes ambiant. A quoi nous prépare-ton ?


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Yann Fiévet

Auteur: Yann Fiévet

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