Dernière mise à jour 23/10/2017

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Détrompons-nous !

doigt-et-lune.jpgTrompe l’œil ? Une chronique nouvelle débute aujourd’hui. Elle est forcément suscitée par le paysage troublé de notre époque. Cette époque – et les hommes qui croient la vivre dignement – qui s’échine à rester engluée dans le capitalisme dévoreur de vies et de nature tout en refusant d’admettre l’évidence chaque jour davantage administrée que ce système mortifère n’est pas durablement amendable. Pire, en butant bientôt sur des limites physiques indépassables le capitalisme s’approche dangereusement du possible effondrement global. D’emblée nous devons envisager le trompe l’œil dans une double intention.

D’abord, il s’agira de dénoncer les détournements du regard destinés à distraire – dans les deux sens du verbe – du vrai sens des choses ou de la véritable raison des actions humaines de nos sociétés clairement dominées par des oligarchies. 

« Une classe dominante ne demeure que lorsqu’elle peut faire adhérer les dominés à son récit du réel » écrivait Antonio Gramsci.

Le trompe l’œil dissimule le cul-de-sac du système capitaliste et lui substitue habilement un mirage – cachant lui-même son nom et sa fonction – incarné par une route radieuse bien que lointaine. Pour que tout le monde puisse atteindre un jour la terre promise il faut bien que les possédants d’aujourd’hui ainsi que leurs progénitures continuent de prospérer de façon indécente. Ils seront les sauveurs du monde, en sont convaincus et demandent l’adhésion de tous à l’œuvre entreprise. Nous sommes tous sur le même bateau ! Et que personne n’y voit une galère ! Encore moins le naufrage final, l’effondrement planétaire.

En seconde intention le trompe l’œil a la vocation d’inciter chacun à se détourner des « évidences » trop facilement proclamées afin de commencer à affronter intelligemment les vrais périls de notre temps que sont l’exacerbation éhontée des inégalités entre les hommes et entre les nations, l’inexorable destruction des écosystèmes, l’emballement climatique programmé. La tâche est rude ! Le pessimisme impérieusement affiché ne fait pas recette. Le commun des mortels préfère le discours qui rassure au discours qui inquiète. Et c’est peu dire que les docteurs « tant mieux » sont légion. À l’ère de la communication frénétique ils poussent comme du chiendent ! Le ton docte des experts en tous genres stimule la reprise par la classe journalistique de leurs fallacieuses analyses. Dans sa fable « Le singe et le dauphin » La Fontaine ironisait déjà sur les faiseurs d’opinion :

De telles gens il est beaucoup
Qui prendraient Vaugirard pour Rome,
Et qui, caquetant au plus dru,
Parlent de tout et n’ont rien vu.

Les sujets du trompe l’œil ne manqueront pas. Notre époque entière n’est-elle pas un gigantesque trompe l’œil ? Un jeu de miroirs déformants se répondant les uns les autres. Jetons pêle-mêle quelques thèmes de ce bric-à-brac sciemment orchestré : l’austérité nous rendra la Croissance ; seule ladite Croissance permettra de créer vraiment des emplois ainsi que de réduire sensiblement les inégalités économiques … et sociales ; la résolution du problème énergétique de la France passe forcément par le nucléaire et l’exploitation des gaz de schiste ; les « Grands Projets Inutiles » sont conduits dans l’intérêt du pays donc satisfont l’intérêt général ; l’extension du modèle agricole productiviste du Nord résoudra la question de la faim au Sud ; le Progrès des sciences et des techniques repoussera le moment venu les limites physiques sur lesquelles les hommes butent déjà ici ou là ; les mêmes hommes auront appris entre-temps à s’adapter aux changements climatiques ; les « Grandes démocraties » demeurent miraculeusement démocratiques au temps du triomphe des oligarchies ;  etc. Fort heureusement, en contrepoint de ces multiples facettes du trompe l’œil « négatif » fleurissent tous les espoirs incarnés dans les actions et les luttes généreuses, apparemment marginales, qui nous offrent le trompe l’œil « positif » que les incrédules d’aujourd’hui aideront à brandir demain à la face du capitalisme moribond et de ses défenseurs béats. Comprenez bien Notre-Dame des landes ! Il est légendaire qu’en Bretagne, la lande s’agite souvent au crépuscule.

« En ces temps d’imposture universelle, tendre vers la vérité est un acte révolutionnaire »  a proclamé George Orwell.

Suprême avatar de l’imposture : le bric-à-brac de nos sociétés dilapidées a incontestablement pour fonction de dissimuler le fric-à-frac des nantis à l’ogresque appétit. À table ! Pour commencer à en finir…
En kiosque dans quelques jours dans le nouveau mensuel “La vie est à nous - Les Zindignés “, fusion du bimestriel “La vie est à nous / Le Sarkophage” et de la revue trimestrielle “Les Zindignés”, tous deux dirigés par Paul Ariès.

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Yann Fiévet

Auteur: Yann Fiévet

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Commentaires (1)

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  02 septembre 2013, 01h51

B. Friot : salaire, retraite, l’employeur frappe toujours deux fois !

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