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Travailler plus pour rembourser plus

[dernière mise à jour le 04-01-08]

Une équation un peu nouvelle - mais on le verra qui vient de loin - a pu être découverte et comprise dans le courant de l’année 2007. Elle part du constat un peu ancien et peu avouable que la croissance est en berne dans les pays occidentaux notamment à cause d’un chômage de masse qui dure depuis trop longtemps [1]. Cette croissance qui ne décolle pas (1,5% en moyenne depuis une dizaine d’années), pour tenter d’y remédier, a nécessité que l’on produise de nouvelles idées conformes à la doctrine dominante qui veut que les salaires ne soient pas augmentés par crainte de l’inflation [prévue à la hausse pour 2008] et qui espère que la consommation, jugée trop frileuse en France, soit bien plus dynamique.

Durant la fin 2007, à l’occasion des mouvements sociaux, la question du pouvoir d’achat est revenue sur le devant de la scène. Le type de réponse qui a été apporté tournait autour de mesures à prendre d’urgence [2] pour la relance de la consommation. Mais dans les conditions idéologiques imposées, on ne pouvait qu’agir sur les prix d’une part et sur le niveau des dépenses d’autre part. Ainsi on affichait un désir ardent de voir le prix du panier de la ménagère baisser, d’encourager le recours à l’épargne et à l’endettement mais dans les faits, pas de résultat convaincant, donc peu ou pas d’effet sur le [moral des ménages réputé en baisse depuis cinq mois consécutifs].

Coté baisse des prix, les actions volontaristes ont surtout été une débauche de communication. Peu de résultats probants en sont sortis. La convocation à Bercy des pétroliers comme des patrons de la grande distribution n’a eu que très peu d’impact en réalité sur les prix à la caisse. Faut-il s’en étonner ? Pas vraiment. La forte croissance de la demande mondiale de pétrole et l’affaiblissement structurelle de l’extraction des hydrocarbures (déplétion mondiale en 2007 ?) [3] sans compter sur l’inévitable spéculation, font exploser le prix du brut et génèrent des chiffres d’affaires qui permettent de répondre à la demande toujours plus exigeante de dividendes de la part des actionnaires.

Idem coté des produits alimentaires dont les prix flambent à cause d’un surenchérissement des céréales maintenant très demandées par une filière des agrocarburants en pleine expansion et dont la production est dépressive du fait des effets du dérèglement climatique [4]. Malgré tous les efforts de relation publique pour nous faire croire à des augmentations des prix conjoncturelles donc passagères sont de plus en plus vaines. L’analyse un peu sérieuse des causes nous conduit désormais à penser que la logique haussière est bien structurelle donc durable [5] [ce qui vient d’être confirmé par l’Opep pour le premier trimestre 2008 au moins]; les 6% transigés à 4% de hausse du prix du gaz au 1er janvier 2008 en témoigne alors que l’engagement avait été pris de ne pas toucher au tarif avant 2010 [6]. On comprend bien pourquoi le pouvoir a pris le risque - sans doute jugé mineur - de se dédire une nouvelle fois : privatisation de GDF oblige.

Au chapitre de la dépense des foyers, malgré un surendettement sans cesse croissant, les français sont jugés de ce point de vue «pas assez modernes» c’est à dire excessivement prudents et près de leurs deniers quand ils en ont d’avance. Il est vrai que si l’on regarde du coté de l’endettement public et privé, la France et les français sont bien moins endettés que la plupart des pays occidentaux. Pourtant, depuis plusieurs années, les gouvernements successifs ont montré à qui voulait bien le voir la voie qui devait au plus vite être suivie : il nous fallait désormais «Un crédit à l’américaine pour gonfler la croissance française» [7]. Mais, alors qu’il faut déjà l’équivalent de plus de 2 planètes en moyenne à un français pour assouvir ses besoins de consommation, comment leur faire admettre qu’ils ont une consommation par trop timorée et qu’il devrait américaniser leur mode de vie et de consommation ? Et surtout, comment y parvenir sans leur donner un sérieux signe d’encouragement, sans les rassurer, c’est à dire, en l’occurrence, sans augmenter leurs revenus ?

Comment ne pas tenir compte du renchérissement de la vie alors que dans le même temps :

leurs dépenses sans même consommer plus étaient déjà parties nettement à la hausse pendant que leur pouvoir d’achat partait aux oubliettes. Il faut s’attendre à ce que l’effet de ciseau soit des plus redoutable pour les plus précaires. La «dîme» de 50 centimes prélevés à partir du 1er janvier 2008, pour se soigner, ni n’arrangera ni ne rassurera. D’ailleurs, cette mesure n’est pas comprise : «je ne comprends pas, disait une femme interviewée au sortir d’une pharmacie, la Sécu c’est pas fait pour les riches, elle est pour tous, non ?»

Il devient donc impératif pour le Président, son gouvernement et sa ribambelles de commissions ad hoc, de dégager de nouvelles marges de manœuvre sans toucher aux conditions d’une productivité que nous envie quasiment tous le reste de la planète [x], c’est le deal. Et la seule manière d’y parvenir c’est encore de dépenser d’avance l’argent que l’on n’a pas et que l’on gagnera plus tard, faut l’espérer, comme l’ont fait nos amis états-uniens. C’est bien grâce à leur hyper-endettement, plus de 230 % du PIB, que leur croissance est un peu plus de deux fois supérieure à la nôtre, seulement… si on considère par ailleurs la croissance folle, à deux chiffres, de la Chine !

Seulement voilà, selon le Conseil économique et social (CES) le surendettement s’aggrave déjà. Près de 185.000 ménages ont déposé un recours auprès de la commission de surendettement en 2006 soit 20.000 demandes de plus qu’en 2003 et ce malgré la loi Borloo. En décembre 2006, 700.000 ménages étaient en cours de procédure de désendettement, selon le baromètre trimestriel de la Banque de France. En outre 15% des ménages français disent avoir des difficultés à rembourser leurs dettes, soit 3,6 millions de ménages soit 7,5 millions de personnes ! Certes, mais c’est bien en deça de nos voisins britanniques notamment. Il reste donc une marge jugée sans doute acceptable par nos responsables politiques. Mais les crédits à la consommation ne trouvent plus réellement de nouveaux débouchés malgré le support publicitaire omniprésent et incessant. Le surcroît de dégât social ne devrait donc pas venir de ce coté là. En fait, il y a bien d’autres moyens de parvenir à inciter à la dépense.

On sait que depuis l’affaire Clearstream 2 l’ancien premier ministre et le nouveau président de la république ne sont pas les meilleurs amis du monde mais du point de vue idéologique il y a sans doute suffisamment de proximité pour qu’il y ait aussi eu une continuité dans la mise en oeuvre des idées de «progrès»… du pouvoir d’achat . On l’a dit, «Le gouvernement rêve d’une croissance à crédit à l’américaine» [8] mais à quoi peut tenir cette fameuse croissance ? Depuis août 2006 on en sait un peu plus. La crise des «subprimes» [9] nous indique justement la piste : le marché de l’immobilier. Un bon motif, si on s’y prend bien, pour générer de la dépense en devenant propriétaire et une fois propriétaire pour s’endetter et consommer un peu plus.

«Je rêve d’une France de propriétaires» fut un des slogans les plus marquant de la campagne présidentielle 2007. Ce «rêve» du candidat gagnant à la présidentielle 2007 devait être accompagné de la déduction des intérêts d’emprunt, mesure qui aurait du coûter entre 4 et 5 milliards d’euros par an au budget de l’État, lui même déclaré depuis «en faillite» par le premier ministre. Intenable ? Sans doute. Cependant cette mesure arrivait à point nommé alors que la spéculation faisaient flamber le prix des loyers depuis de longs mois. A bien y regarder en effet, avec un crédit bon marché comme il s’en vend tant et plus et des loyers plombant la dépense mensuelle obligatoire des ménages, devenir propriétaire quitte à s’endetter sur 20, 25 ou 30 ans peut devenir très tentant. Il suffirait donc d’un petit coup de pouce pour générer quelques centaines de milliers de passage à l’acte d’achat nouveaux. Maintenant, imaginons une France de propriétaires - ce qui n’est tout simplement pas près d’arriver - et voyons comment lui suggérer un consumérisme moderne… à l’américaine ? C’est tout simple, Sarkozy en a rêvé, Villepin l’avait déjà fait : le crédit hypothécaire, rechargeable donc multi-coups. ça ne s’invente pas. Devenez propriétaire et contractez un crédit hypothécaire, puis un autre, puis encore un autre, ad lib ! C’est bon pour la croissance. Même si l’on sait que «le crédit hypothécaire rechargeable impacterait peu la consommation» [10], les habitués de la politique des petits pas veulent quand même y voir une première étape prometteuse. Mais pour qui ?

EJ

Références

  1. On a poussé les classes moyennes et les pauvres à s’endetter par Pierre Larrouturou
  2. L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur, entretien avec Pierre Larrouturou
    Auteur de «Le livre noir du libéralisme» aux éditions du Rocher
  3. 2007, année de «l’urgence» - Voeux du Président de la République pour l’année 2008
    http://www.liberation.fr/actualite/politiques/301177.FR.php
  4. Peak Oil Now? New Data Leads to Speculation
    http://valuesystem.livejournal.com/14190.html?thread=18542
  5. En 2007, les prix des céréales se sont “envolés” selon l’Insee
    http://metrofrance.com/fr/article/relaxnews/2007/12/19/456_20071219152759_xml/
  6. Pourquoi la hausse du gaz est scandaleuse
    http://olivierbonnet.canalblog.com/archives/2007/12/19/7283345.html
  7. Le prix du gaz augmente de 4% en France
    http://afp.google.com/article/ALeqM5gP5mkRw3r3gRL3XpD-eNH8p-EOcw
  8. Un crédit à l’américaine pour gonfler la croissance française
    Ingrid Vergara - 27/12/2005 16:53:00 - L’Expansion.com
  9. Le gouvernement rêve d’une croissance à crédit à l’américaine
    21/03/2006 16:47:00 - L’Expansion.com
  10. “Dette publique des pays en développement et prêts « subprimes » hold up chez les populations du tiers et du quart monde”
    par Nicolas Sersiron, Vice-Président du CADTM France
    http://yonne.lautre.net/spip.php?article2597
  11. Le crédit hypothécaire rechargeable impacterait peu la consommation
    16/03/2006 17:44:00 - L’Expansion.com
  12. Le consommationnisme par Yann Fiévet (Contre-Grenelle - audio)

Mises à jour

  1. Christine Lagarde voit une hausse de l’inflation en 2008 (Reuters - samedi 5 janvier 2008 20h43)
  2. Le président de l’Opep voit une hausse des prix au 1er trimestre (Reuters - samedi 5 janvier 2008 14h01)
  3. Le moral des ménages français au plus bas en décembre (Reuters - vendredi 4 janvier 2008 11h21)
  4. Peut-on critiquer la croissance ? (|N!| - dimanche 12 octobre 2008)
  5. Relance «PA-PN» : la mission du NPA ? (|N!| - mardi 7 octobre 2008)

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Auteur: Éric Jousse

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