Last site update 18/09/2020

To content | To menu | To search

J'ai levé la tête : l'usine d'incinération

Mabesoone_LM_02-01-12.jpgHier soir, avec ma femme et notre fille, en sortant de la piscine couverte San Marin (banlieue de Nagano-ville), j’ai jeté un coup d’œil sur mon compteur Geiger et j’ai remarqué une « anomalie ». Le compteur ne descendait pas en dessous de 0,2 microsievert/heure…

Normalement, dans toute la région, on évolue entre 0,11 et 0,17uSv/h [1] dont 0,03 sont imputables à la radioactivité ambiante naturelle – laquelle ne s’accumule pas dans le corps. Le reste provient de la centrale atomique de Fukushima Daiichi.

Je lève la tête : l’usine d’incinération des ordures ménagères de la ville de Nagano se trouvait devant nous et de la fumée était justement en train de sortir de la cheminée, pile dans notre direction. En plus, il neigeait. J’ai demandé à ma femme et à notre fille de rejoindre la voiture au plus vite. Je suis resté à faire des relevés à hauteur de ma hanche. Rien à faire !… On ne descendait pas en dessous des 0,20 uSv/h.

Il existe une carte très instructive à propos de la teneur en césium des cendres issues de l’incinération des ordures ménagères, réalisée par le célèbre Pr Yukio HAYAKAWA de l’Université de Gunma [2].

Nos ordures, c’est ce que nous mangeons et comme notre alimentation est contaminée, les ordures reflètent cette contamination.

Sur cette carte, réalisée en novembre, on remarque que les cendres du centre d’incinération de Nagano-ville ne sont pas si fortement contaminées : seulement (!) 260 Bq/kg de césium, c’est dix fois moins qu’à Chiba, « hot-spot de radioactivité » du nord de Tokyo [3]. Mais il n’en reste pas moins que les fumées dégagées – sans aucun filtre spécial – doivent être chargées aussi en radionucléides divers qui se précipitent et s’accumulent sur les sols environnants en cas de pluie ou de neige.

Je me suis dit qu’il faudrait absolument revenir pour faire des mesures au sol, de préférence avec un moniteur de becquerels.

Mais voilà, les jours ou je n’enseigne pas, je suis toujours avec ma fille et je n’ai pas très envie de l’emmener à la « chasse aux micro-spots de radioactivité ». C’est toujours le même problème : nous savons que la multiplication des mesures indépendantes citoyennes est une part importante du mouvement civique au Japon, mais nous avons des enfants et nous ne voulons pas non plus prendre trop de risques en cas de mesures extrêmes.

Quand j’ai mesuré facilement 2,5 uSv/h à Chiba (ville de Nagareyama) le mois dernier, j’avoue que je n’étais pas très rassuré [4]. En avril prochain, une amie de Nagareyama (préfecture de Chiba) va justement amener jusqu’à notre appartement, à Nagano, de la terre de son jardin afin de mesurer la contamination à l’aide du moniteur de becquerel que j’ai commandé.

Bien sûr, quelques kilogrammes de terre avec plusieurs milliers de becquerels de césium au kg, ce n’est pas le genre de chose à laisser a portée des enfants dans la maison. Mais il faut bien essayer de savoir où se trouvent les « micro-spots »[5] , surtout à l’intérieur des « hot-spots de radioactivité » [6]. Il est tout à fait possible de décontaminer un jardin en enlevant les cinq centimètres superficiels de la terre. Dans le cas d’une terre arable, ceci conduit à la perte de l’humus, c’est à dire à la stérilité. Bien sûr, reste le problème de savoir ce que l’on fait de cette quantité de terre extraite des « micro-spots » : la renvoyer au centre d’incinération !

Pour l’instant, habitants de l’Est du Japon, une seule chose : ne déménagez pas ou n’achetez pas de terrain près d’un centre d’incinération, surtout si vous avez des enfants !

Notes :

[1]  uSv/h = micro Sievert par heure

[2]  Site à voir absolument : http://kipuka.blog70.fc2.com/blog-entry-439.html

[3]  Dans un « pays normal », bien-sur, on ne détecterait pas un seul becquerel

[4]  Il y a certainement du strontium, voire du plutonium, dans de telles zones et le compteur ne les détecte pas.

[5]  [NDLR] Littéralement « micro point », terme dérivé de « hot-spots » de radioactivité. Espace réduit de quelques mètres carré anormalement voire très fortement radioactif.

[6]  [NDLR] Littéralement « points chauds » : zone géographique parfois de plusieurs kilomètres carré anormalement voire très fortement radioactif qui peuvent faire l’objet de décisions administratives décrétant des « zones interdites ».


Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Rate this entry

5/5

  • Note: 5
  • Votes: 3
  • Higher: 5
  • Lower: 5

Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

Stay in touch with the latest news and subscribe to the RSS Feed about this category

Comments (0)

Be the first to comment on this article

Add a comment This post's comments feed


You might also like

EPR-consomme-milliards.jpg, mar. 2020

EPR : le gouvernement profite de la crise du Coronavirus pour accorder quatre ans de plus à EDF

Un décret publié au Journal officiel accorde un nouveau délai à EDF pour tenter de mettre en service le réacteur maudit en chantier à Flamanville depuis 2008

Continue reading

Fukushima-ruban_jaune-Seegan.jpg

Énergie : «Il faut que tout change pour que rien ne change»

Ces derniers mois, les noms d’Orano, Enedis et Engie ont respectivement remplacé les marques Areva, ErDF et GDF-Suez, ringardes ou déconsidérées. On ne peut que penser à la célèbre réplique “Il faut que tout change pour que rien ne change” de Tancrède dans le roman “Le Guépard”, popularisé par Luchino Visconti dans le film éponyme sorti en 1963.

Continue reading