Dernière mise à jour 22/02/2018

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Un milliard de réfugiés écologiques par Paul Ariès

De nos jours la sécheresse et la famine poussent davantage de migrants sur les routes que la guerre et la misère. Dans cinquante ans, à cause du réchauffement climatique, un milliard de personnes quitteront leurs pays. Que pouvons-nous faire pour empêcher ou anticiper ce bouleversement ?


Selon un rapport du 14 mai 2007 de la grande ONG britannique Christian Aid, la Terre comptera plus d’un milliard de réfugiés climatiques d’ici à 2050. Depuis 1999, il y a davantage de personnes contraintes de s’enfuir pour des problèmes environnementaux que pour des causes de guerre. Mais seuls 163 millions de migrants fuient les catastrophes naturelles et les grands projets de développement. Ce chiffres pourrait donc être multiplié par 9 ou 10. Christian Aid parle de ¬´marée humaine¬ª et de ¬´véritable crise migratoire¬ª déferlant sur les pays du Nord.

L’archipel de Tuvalu dans le Pacifique pourrait être la première nation à disparaître sous les eaux avant cinquante ans, suivi des Maldives et du Bangladesh. Les estimations varient selon les organismes internationaux, mais comme le notait le 23 octobre 2006 l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, ces migrations seront bien l’un des grands défis démographiques du XXIème siècle.


Les pauvres exposés

Inondations, tempêtes, tremblements de terre, tsunamis [raz de marée], désertification, hausse du niveau des mers, mauvaises récoltes, disparition de l’eau potable, mauvaise gestion et planification des ressources naturelles. Ces crises environnementales ne frappent pas géographiquement ni socialement au hasard. Les zones les plus touchées seront d’abord les plus peuplées, à savoir les bords de mer et les deltas. Les réfugiés écologiques proviendront majoritairement des pays pauvres. Aujourd’hui, 90% des décès imputables à des désastres naturels ont lieu dans ces nations. C’est ensuite, comme l’a illustré l’ouragan Katrina aux États-Unis, la population la plus pauvre (et souvent immigrée) des pays opulents qui en fera les frais.

Le grand intérêt du rapport de Christian Aid est de montrer l’impact des choix économiques sur la détérioration des milieux de vie. L’ONG souligne l’importance des migrations humaines dues aux grands projets dévastateurs des développementalistes de tout poil : barrages, assèchement, mines de sel à ciel ouvert, extraction pétrolière ou minérale. Le nombre des victimes de ces grands travaux est estimé à 645 millions de personnes sur la planète alors que celui des victimes de catastrophes liées aux changements climatiques (manque d’eau, famine, etc.) est évalué à 250 millions. Souvent les transferts forcés de population se font sous le prétexte de préserver l’environnement : la Chine a ainsi déplacé la population de Caohu officiellement pour maintenir le cours moyen du fleuve Tarim, mais en fait pour poursuivre
sa surexploitation en amont.

La construction des ¬´éléphants blancs¬ª (expression qui désigne des projets dont la véritable finalité sert à récupérer des pots-de-vin) est donc à ce jour responsable d’un plus grand nombre de réfugiés que les catastrophes naturelles. Le barrage des Trois-Gorges en Chine a inondé 13 villes et 4500 villages, englouti 162 sites archéologiques dont certains parmi les plus importants de Chine. Le projet a obligé plus d’un million de personnes à se déplacer. Après des catastrophes naturelles, les opérations de reconstruction s’effectuent presque toujours au détriment des plus pauvres, pour le profit des grandes transnationales et pas la casse économiques locales. Au Sri Lanka les promoteurs immobiliers ont ainsi construit des complexes touristiques en lieu et place d’anciennes zones de pêche vernaculaires. Enfin, ces catastrophes engendrent, pour ceux qui restent sur place, des tensions entre populations pour s’approprier les ressources naturelles. Comme l’indique Christian Aid : ¬´Un monde avec beaucoup d’autres Darfour est le scénario cauchemar de plus en plus probable¬ª.


Déclaration de Limoges

Rien ne serait plus dangereux cependant que de laisser croire que nous serions impuissants. La moindre des solidarités avec ces peuples en danger est d’informer les citoyens de cette urgence et de la responsabilité de l’homme dans le réchauffement climatique. Les constructions touristiques devraient être stoppées, voire démantelées.
Plutôt que de chasser les populations pour faire des lieux attractifs (des ¬´resorts¬ª dans le jargon managérial), il faudrait vider ces zones du tourisme pour permettre à la population de vivre et travailler au pays.

Le 23 juin 2005, s’est tenu à Limoges un colloque international sur les réfugiés écologiques. Les participants ont lancé un appel solennel qui contient des mesures auxquelles nous ne pouvons que souscrire.

La première urgence est de créer un statut de ¬´réfugiés écologiques¬ª. Aujourd’hui, ces populations campent dans un non-droit total. Le Haut Commissariat aux Réfugiés [HCR] s’entête à parler de ¬´migrants¬ª écologiques et non pas de ¬´réfugiés¬ª. La convention des Nations Unies sur le statut des réfugiés de 1951 parle de personnes persécutées du fait de leur race, religion, nationalité... mais pas de celles menacées par des ouragans, des tempêtes ou des tremblements de terre. Conséquence
: ces réfugiés écologiques sont systématiquement chassés d’Europe car leur demande d’asile ne répond pas au cadre juridique actuel. Il suffirait pourtant d’adopter la définition proposée, dès 1985, par le Programme des Nations Unies pour l’environnement [PNUE] qui établissait la prise en compte des personnes ¬´qui ont été forcées de quitter leurs habitations traditionnelles de façon temporaire ou permanente à cause d’une dégradation nette de leur environnement qui bouleverse leur cadre de vie et/ou déséquilibre leur qualité de vie¬ª. Reste à savoir combien la France pourra accueillir de paysans du Bangladesh et autres réfugiés écologiques.

Le deuxième point de la plate-forme adoptée à Limoges appelle à agir préventivement contre les différentes causes à l’origine des situations des réfugiés écologiques. La troisième mesure s’intéresse aux situations d’urgence, lorsqu’il faut réhabiliter les milieux de vie détruits et, idée intéressante, propose de créer une agence internationale de ¬´casques verts¬ª.

Le quatrième point abordait la question de la politique de long terme. Mais il est difficile d’imaginer une politique mondiale qui contiendrait ces vagues de réfugiés sans remettre en cause le dogme de la croissance et du développement.

Paul Ariès.

Publié dans le journal La Décroissance - n¬∞ de novembre 2007

Référence

Ma vie de réfugié climatique
Le changement climatique se manifeste déjà aux quatre coins de la planète. Partageant la vie quotidienne de communautés de neuf pays différents, touchées dans leur chair par cette révolution en marche, les six photographes et trois rédacteurs du collectif Argos proposent un témoignage ‚Äì en textes et en images ‚Äì inédit.
¬´ Réfugiés climatiques ¬ª, par le collectif Argos, photographes et rédacteurs associés.
Préface de Jean Jouzel, introduction d’Hubert Reeves
(édition In Folio, *sortie le 8 novembre*, 380 p., environ 39 euros).


Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Netoyens.info

Auteur: Netoyens.info

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés



À voir également

edito.gif

Paris gourmand

Paris flotte mais ne sombre pas. Paris ne s’est pas fait en un jour. Paris vaut bien une messe. Que de flatteries, égrainées au fil des siècles, pour construire l’éloge éternel de la « ville lumière », capitale d’un État-nation dont l’hyper-concentration est sans égale en Europe. Et que de mépris pour la « province » (pays vaincu) contenu à l’envers de cette suffisance à jamais entretenue.

Lire la suite

edito.gif

Talon de fer

Les amateurs de bonne littérature qui délaissent les histoires à l’eau de rose pour leur préférer celles permettant d’entrevoir l’essentiel du monde qui les entoure auront reconnu d’emblée le titre du fameux livre de Jack London publié en 1907. A préférer le rose du monde on a tendance à ne voir le célèbre écrivain américain que comme l’auteur de « Croc blanc » ou de « L’appel de la forêt ».

Lire la suite