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L’État de faillite

L’État, l’État, l’État ! L’État social, l’État providence, l’État libéral, l’État ultra-libéral, l’État ordo-libéral, l’État capitaliste, l’État conservateur, l’État réactionnaire, l’État militaire, l’État nucléaire, l’État dans l’État. Quel État ? Dans quel état ? L’État « en faillite » ?

« Contrairement à une entreprise, un État peut ne pas cesser d’exister. Il peut se retrouver en cessation de paiement » c’est à dire qu’il se trouve incapable de rétribuer les fonctionnaires et signifie l’arrêt des services publics. C’est un gratuit parisien qui en faisait la remarque ce lundi 3 mai dans un encart incrusté au milieu d’un énième papier sur la Grèce.

Il était temps qu’un journaliste tente de corriger le tire. Dommage que ce ne soit pas un journal de référence mais de déférence qui trouve judicieux d’attirer notre attention. Dommage en effet car la faillite est très exactement une cessation de paiement constatée par un jugement. Fausse piste donc. Reprenons : « Contrairement à une entreprise, un État peut ne pas cesser d’exister ». Un État peut ne pas cesser d’exister ? Est ce à dire qu’il peut aussi disparaître comme n’importe quelle entreprise ? Alors, quelle est la différence entre une entreprise et L’État ?

La faillite ou la mise en cessation de paiement de l’État grec soumis à l’analyse et à l’appréciation des agences privées de notation et au jugement de ces «marchés» plus anonymes qu’invisibles, cette «faillite» est dans toutes les bouches et au bout de toutes les plumes et, ce faisant, la Grèce redevient protectorat.

Deux choses l’une, soit le personnel médiatique aculturé et les acteurs de la scène politique avides de sensationnalisme confondent maladroitement la faillite et la cessation de paiement toujours possible d’un État soit, ils savent quelque chose de la fin de l’État et nous en informe sans y prendre garde.

Affaiblie, la Grèce ou bien plutôt son peuple va subir ce qu’ont déjà subi les peuples d’Asie du sud-est, d’amérique du sud et d’afrique. Si le scénario se reproduit, la catastrophe est d’ores et déjà assurée : partout où la curée des très FMIsés « ajustements structurels » passe, l’économie du malheureux bénéficiaire trépasse. Au tour de l’Europe donc.

Et nous revient en mémoire que même notre premier ministre nous avait averti (préparé ?) en affirmant « être à la tête d’un État en faillite » lors d’une excursion à Calvi (Corse) le 22 septembre 2007. Qui après l’État grec pour passer à la moulinette de la liquidation accélérées des emplois et des services publics ? L’État portugais ? L’espagnol ? L’Irlandais ? Le berlusconien ? Ou bien celui du Danemark, de l’Angleterre et des États-Unis tout trois bien connus pour être les États les plus endettés de tous ?

Cet État, cet « outil que se donne le peuple pour mettre en oeuvre son projet politique » que fait-il aujourd’hui ? Il emprunte de l’argent aux banques pour financer ses propres politiques publiques alors qu’il frappait jadis monnaie pour y pourvoir sans avoir à leur payer d’intérêts ad vitaem. Il emprunte aussi aux banques pour refinancer les banques elles-mêmes lorsqu’elles sont en faillite comme de vulgaires entreprises ! Solidaire - dit-on - l’État qui emprunte encore aux banques au taux de 1 ou 2% pour aider un pays ami et voisin en faisant crédit à son État - car c’est bien lui et non la nation qui est en faillite - en exigeant de lui des intérêts à un taux 3 ou 4 fois supérieur.

Pourquoi des intérêts si élevés pour rémunérer un risque que les intérêts eux-mêmes aggravent… Monsieur Coppé ?

Solidaire ou affairiste et vénal cet État-instrument au service du peuple ?

L’État… et puis les fameux hommes d’État. Qui sont-ils ? Il y a peu, c’était De Gaulle ou Mitterrand, Chirac à la rigueur. Puis on a beaucoup parlé de Juppé ou de Jospin. Aujourd’hui qui est ce ? Jacques Attali ? Alain Minc ? Claude Guéant ? Des inconnus ou presque mais notoires, des éminences grises, des conseilleurs qui ne payent jamais mais qui coûtent, en commerce permanent avec la finance et les banquiers, affairistes épris de la chose publique pour mieux la solder.

Qui dans cette affaire est l’instrument de qui ? Qui a failli ? Qui prononce l’État de faillite ?



1) 20 minutes - n°1825 - Lundi 3 mai 2010.
2) Fillon affirme être à la tête d’un Etat en “faillite” - AFP – 22 sept. 2007
3) Sarkozy, fossoyeur de l’identité nationale - Aurélien Bernier - Sarkophage n°17 
« Enfin, qu’est ce que l’État ? C’est l’outil que se donne le peuple pour mettre en oeuvre son projet politique. »
4) « Toutes les banques devraient être des dépôts intermédiaires entre déposants et emprunteurs et non plus des machins qui créent de la monnaie à partir de rien et la prête avec intérêt ». 
Yves. Cochet - Extrait du compte rendu officiel du discours du 14 octobre 2008 et video de la séance du 14 octobre
5) Jacques Attali (attali.com) - (L’homme aux cent têtes) :
  • Président de Planète Finance (le développement par la microfinance) et de PlanetRating (agence de notation) - (site)
  • Président de la Commission pour la libération de la croissance - (site)
  • Fondateur de Attali & Associés (conseil spécialisé dans le conseil stratégique, l’ingénierie financière et les fusions-acquisitions)
  • Fondateur de slate.fr
  • Auteur de nombreux ouvrages dont “Tous ruinés dans dix ans ? Dette publique : la dernière chance” - Fayard 2010 (à paraître)
  • etc, etc, etc….

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Éric Jousse

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