Dernière mise à jour 24/03/2017

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Lettre ouverte à Mme Aurélie Filipetti, Ministre de la Culture et de la Communication

Je m’adresse à la nouvelle ministre de la culture et de la communication, de gauche. Je suis convaincu qu’il y a un vrai combat politique à mener pour que le service public promeuve une véritable politique culturelle de gauche grâce à une programmation intelligente.

Propositions pour une véritable politique culturelle de gauche…

Bonjour Madame,

Je m’adresse à la nouvelle ministre de la culture et de la communication, de gauche. Je suis convaincu qu’il y a un vrai combat politique à mener pour que le service public promeuve une véritable politique culturelle de gauche grâce à une programmation intelligente.

Avant que vous ne me posiez la question, voilà ce que, modestement, je nomme une programmation intelligente.

  1. Elle consiste en l’aide à la création de films qui soient tout autre chose que des films policiers, qui font souvent la part belle à une complaisance sexuelle, la plupart du temps à caractère foncièrement phallocentrique, ainsi qu’à une vision de l’homme particulièrement négative (du genre « homo homini lupus » (ce qui constitue, entre nous soit dit, une injure à la population « lupine » sociable et très peu agressive en réalité).
  2. Elle repose, par ailleurs, sur l’évacuation des écrans de nos télévisions des films d’horreur, ou « gore », qui sacralisent, encore une fois, la vision d’un être humain particulièrement pervers et immonde et participent d’une accoutumance à la souffrance humaine, chez les populations les plus fragiles, notamment les enfants.
  3. Une autre programmation à limiter autant que faire se peut (sauf si elle est accompagnée d’une dénonciation scientifique), c’est celle qui sacrifie à un mysticisme religieux ou superstitieux, nauséabond pour une république laïque, en laissant supposer que des événements paranormaux puissent être considérés justement comme normaux. Dieu n’est pas mort, il n’a jamais existé et eût-il fait partie de notre Monde, il faudrait se souvenir de la maxime salvatrice de Bakhounine (reprise par Léo Ferré) : « Si Dieu existait, il faudrait s’en débarrasser ».
  4. Une dernière coupe sombre à effectuer concerne le sport. Que ce soit lors de rencontres spéciales, grand prix, tournoi, championnat, coupe, jeux olympiques et j’en passe, et des plus mauvais, tout est prétexte à inonder nos écrans des grands et petits exploits d’athlètes dopés, peu ou prou (et plutôt prou que peu). Qui plus est on nous fait part de leurs états d’âme ou d’analyse stratégique de confrontations guerrières entre des peuples, des villes ou des villages. Cela ne serait pas bien grave nonobstant le fait que ces « pauvres » gens prennent un malin plaisir à étaler leur inculture crasse (ce qui est normal, quand on passe six heures par jour à courir, sauter, etc. on ne le passe pas à lire Proust, Victor Hugo, Sartre ou Bourdieu), mais, surtout, la survalorisation de ces jeunes gens aux corps plus-que-parfaits véhicule des valeurs de jeunisme coupable (ce qui amène nombre de femmes à se « plastifier » le visage ou l’ensemble du corps), de compétition entre les hommes, de nationalisme exacerbé, d’exclusion et, de plus en plus, d’argent-roi. Quant à l’effet de sublimation de la violence par le sport, voici ce qu’en disait Konrad Lorenz, l’éthologue, « Maintenant, je doute beaucoup qu’un comportement agressif, même sous la forme de sport, ait le moindre effet de catharsis ».
  5. Dernière chose, que l’on soit pour ou contre la « publi-information », il s’avère nécessaire de dénoncer tous les messages subliminaux que colporte la publicité. Il est une chose d’informer la population de nouveautés scientifiques qui peuvent améliorer la vie, il en est une autre de lui créer des pseudos désirs à partir de fantasmes qu’on lui inculque.

Pour conclure, si vous êtes arrivée jusqu’à ce point de mon humble missive, que reste-t-il après avoir tout enlevé ? La Culture, justement. Il existe tant de sujets qui ne sont jamais abordés, historiques, écologiques, sociaux et surtout culturels. Par exemple, comment peut-on admettre de dénommer « contemporains » (ou modernes) des peintres, musiciens ou chorégraphes dont les créations ont quasiment un siècle (pour ne citer que les plus célèbres : Picasso ou Braque, Ravel ou Stravinski, Merce Cunningham ou Martha Graham) ?  Et surtout dont les créations restent encore complètement inaccessibles à la plupart des gens, alors qu’ils sont des millions à acheter, encore, des natures mortes figuratives, à écouter des musiques de variété aux mélodies insipides et à danser des danses de salon. Oui, il existe des arts mineurs, ce sont ceux qui ne font pas avancer l’humanité, qui ne montrent aucun chemin, qui n’ouvre aucun horizon et surtout qui ne « dérangent » personne.

Je reviens à mon introduction, je parle bien de culture de gauche, si l’on veut combattre l’inculture, source de conservatisme, de totalitarisme, il faut dès le plus jeune âge amener les êtres humains de demain à connaître le Monde. De grâce, laissons les chaînes privées guidées par l’argent et le profit diffuser des émissions de variétés vulgaires, de télé-réalité et de confessions télégéniques ou des films dont la bêtise crasse le dispute à des valeurs non humaines, mais que le Service Public soit véritablement au service du public.

Je ne suis pas contre l’alternance, à condition que ce soit celle d’une intelligence à une autre, d’une véritable vision du Monde à une autre, sous-tendue par une amélioration de la Civilisation. Les discours de haine larvée, de discrimination de la droite pendant la campagne pour le second tour de la présidentielle doivent nous alerter. Ces valeurs-là, il faut les combattre, au plus tôt et sans relâche. Un candidat à la Présidence Française a utilisé comme slogan : « Le changement c’est maintenant ». Cela ne lui a pas si mal réussi, alors, chiche !…

Cordialement

Bernard Sabathé, enseignant, sculpteur et surtout simple citoyen fondamentalement de gauche.

PS : Bien que plus à gauche que les socialistes, j’ai participé, ici, en Guyane à la mise en place des primaires socialistes et j’ai accepté d’être délégué du PS pour les présidentielles. Je précise tout cela pour vous faire comprendre que le « changement » est réellement attendu et pas seulement par les militants socialistes…


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Auteur: bernard Sabathé

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