Dernière mise à jour 17/12/2017

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Antinucléaire : Comment relancer un mouvement français en échec ?

Un constat : le mouvement antinucléaire a échoué. Les derniers évènements ayant eu lieu au sein du Rézo nous le confirment.

A - Les raisons de l’échec du mouvement antinucléaire en France

B - Les acteurs actuels de la « mouvance » anti-nucléaire

A - Les raisons de l’échec du mouvement antinucléaire en France

  1. Toutes les luttes ayant eu lieu en France contre le nucléaire, à part celle de Erdeven étaient des luttes de type NIMBY (not in my backyard : pas dans mon jardin, pas de ça chez moi !) autrement dit les antinucléaires n’ont pas réussi à susciter au sein de la population un large front réellement antinucléaire.
    Quand le programme électronucléaire de la France a été rendu public en 1974 avec le rapport d’Ornano il y a eu des mouvements « antinucléaires » mais aucun, à l’exception d’Erdeven, n’était contre cette électro nucléarisation massive, mais seulement contre la construction d’une centrale chez eux.

  2. L’activité de la commission PEON à l’origine du programme nucléaire français n’a intéressé aucun mouvement antinucléaire en France.
    Le programmed’Ornano qui accélérait le processus d’électro nucléarisation a pris prétexte de la crise pétrolière de 1973 pour lancer un programme qui avait été minutieusement mijoté depuis bien des années (voir les exploits de la Commission Péon, commission pour la production d’électricité d’origine nucléaire, créée en 1950). Cette commission devait convaincre les industriels français d’investir dans les travaux nucléaires sans avoir aucun risque financier en cas de désastre nucléaire. L’activité de cette commission Péon [1] dont on trouve maintes traces dans le Journal Officiel n’a intéressé aucun mouvement antinucléaire.

  3. L’argumentaire des antinucléaires des années 70 n’insistait pas assez sur le désastre possible :
    Dans chaque numéro de la Gueule Ouverte de cette époque il y avait une page entière de Reiser sur le solaire, le vent. Globalement l’essentiel n’était pas le désastre possible d’un accident nucléaire qui avait pourtant été bien analysé aux États-Unis en février 1957 par des scientifiques de Brookhaven dans le rapport WASH 740 et qui donnait une vue d’ensemble de l’ampleur de la catastrophe assez voisine de Tchernobyl.
    Parler d’un désastre nucléaire dans une réunion antinucléaire des Amis de la Terre, du PSU, de la CFDT ou autres, était très mal vu, on se faisait traiter de « catastrophiste » et accuser violemment de rendre le mouvement « incrédible ».
    L’échec de l’antinucléaire en France ce n’est pas d’avoir été incapable de bloquer la nucléarisation mais de ne pas avoir développé dans la population la conscience des dangers inacceptables de l’énergie nucléaire qui aurait permis de la bloquer.


  4. La radicalisation antinucléaire était évidemment totalement incompatible avec les alliances écologico-politicardes qui étaient à la mode.
    Dès les années 1970 le problème majeur qui a préoccupé le mouvement était de savoir s’il devait être totalement indépendant de la politique ou s’il ne devait être qu’un appui aux quelques individus antinucléaires largement minoritaires dans les syndicats(CFDT) ou les partis (PS).
    Les partis politiques et les syndicats étant en totalité pronucléaires, une alliance avec eux impliquait une certaine souplesse.

  5. Les antinucléaires ont manqué de pragmatisme pour la sortie du nucléaire.
    Lorsque, avec Tchernobyl, le désastre nucléaire a enfin été pris en compte le résultat n’a pas été celui escompté « il faut arrêter le nucléaire » mais une sorte de fatalisme« il n’y a pas de solution, on n’a pas le choix »puisque la solution de l’électricité à partir des combustibles fossiles a été écartée, le charbon diabolisé et encore plus lorsque l’effet de serre a été mis sur le devant de la scène
    Les publications écologistes évitent soigneusement d’utiliser les mots charbon et fioul, le gaz a meilleure presse mais n’est que peu développé en France.

B - Les acteurs actuels de la « mouvance » anti-nucléaire

  1. Les grenello-compatibles qui, du bout des lèvres, dénoncent le nucléaire (WWF, Yann Arthus Bertrand, Nicolas Hulot…) sur le mode : le nucléaire c’est mal, mais nous en avons besoin.

  2. Les grenello-compatibles qui se déclarent anti-nucléaires, mais ne prônent pas une sortie immédiate (FNE, Agir pour l’Environnement, Virage-Énergies….) et s’appuient sur le scénario Negawatts (sortie en plus ou moins 25 ans)

  3. Greenpeace, internationalement connu pour ses actions anti-nucléaires,  ne traite pas en France le sujet du nucléaire dans sa globalité (focus médiatique cette année uniquement sur les exportations des déchets en Russie, lutte anti-EPR)

  4. Les partis politiques :
    Parti de Gauche, NPA, Alternatifs se déclarent anti-nucléaires avant chaque élection (et après ?)
    Cap21 (Corinne Lepage) anti-nucléaire mais pas « antinucléaire de base »
    Europe Ecologie : se déclare antinucléaire, mais cherche  (à quelques rares exceptions près) à faire alliance électorale avec le PS pro nucléaire !

  5. Les militants :
    Le Réseau Sortir du Nucléaire : il semblerait que les personnes actuellement aux commandes du Réseau Sortir du Nucléaire s’orientent vers une ouverture ou des « arrangements » avec les composantes ci-dessus, c’est-à-dire une politique d’accompagnement du nucléaire vers la sortie…
    Les anti-nucléaires qui souhaitent mener une lutte basée sur une sortie immédiate, inconditionnelle et définitive du nucléaire civil et militaire : réseau à constituer. Les scénarios de sortie immédiate incluent le recours, pour une période transitoire, aux énergies fossiles, avec la difficulté d’articuler le temps court (prise de conscience de la dangerosité du nucléaire, de l’urgence à en sortir) et le temps long (changement de société, recours à la sobriété et à l’efficacité énergétique).

    Les Antinucléaires doivent se poser la question de la création d’un réseau VRAIMENT antinucléaire et d’une Stratégie de sortie IMMEDIATE et VRAIMENT pragmatique du nucléaire pour REUSSIR au lieu de se vautrer dans des conduites d’ECHEC…


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Jean-Luc Pasquinet

Auteur: Jean-Luc Pasquinet

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