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La démocratie contre l'oligarchie

Les réactions scandalisées des eurocrates après la décision de Papandréou d’organiser un référendum sur le plan de l’Union Européenne nous rappellent décidément un bien mauvais souvenir.

Il était une fois un 29 mai 2005. Les Français avaient été appelés à voter par référendum sur le projet de Constitution européenne. Le résultat fut traumatisant pour la classe politique et les médias qui, dans leur grande majorité, avaient appelé à voter oui. Les réactions de tous ces désavoués fut à la mesure de leur surprise : des commentaires méprisants sur ce peuple qui n’avait rien compris, un peuple de chauvins, d’égoïstes voire de nationalistes ou pire encore.

Oui, vraiment, la démocratie est une chose bien trop sérieuse pour être confiée imprudemment à des peuples immatures qui ne comprennent rien à l’économie et aux bienfaits que doit leur apporter – un jour – le libéralisme et la mondialisation. C’est donc à juste titre qu’une oligarchie dirige le monde car elle seule connaît la nécessité des sacrifices qu’elle demande aux peuples. Et c’est aussi à juste titre que le duo franco-allemand est au commande pour juguler la crise actuelle. Pensez donc, quelle longue expérience ont-ils accumulée !

Allemagne – 1933 ; après avoir mis ses opposants dans des camps de concentration, Hitler obtient une majorité dans une élection démocratique.

France – 4 février 2008 ; alors que les Français ont refusé le TCE par référendum, Sarkozy fait ratifier par la voie parlementaire le “Traité de Lisbonne” qui en reprend les principes à l’identique. Le mythe de la démocratie représentative à vécu, tué par l’oligarchie parlementaire.

Et voici qu’aujourd’hui, en 2011, Papandréou se souvenant que les Grecs ont un peu inventé la démocratie, propose un référendum qui bouscule l’oligarchie et déstabilise les sacro-saints marchés. Immédiatement, la réaction de la coterie eurocrate s’est fait entendre pour remettre au pas cette Grèce insolente :

  • Angela Merkel - prêtresse du temple de l’euromark : « Nous avons mis un programme sur pied avec la Grèce la semaine dernière. Nous voulons réaliser ce programme… ».

  • Nicolas Sarkozy – le nain qui se prend pour un géant : « La Grèce veut-elle ou non rester dans la zone euro ? »

  • Barroso – le dur mou lance un très pétainiste “appel urgent et vibrant en faveur de l’unité nationale et politique en Grèce” et menace : « Sans l’accord de la Grèce au programme de l’UE et du FMI, les conditions pour les Grecs seraient plus douloureuses, en particulier pour les plus vulnérables. »

  • Jean Quatremer – l’apôtre de l’Europe néolibérale : « La zone euro montre la porte de sortie à la Grèce […] Si référendum il y a en Grèce, il portera sur l’appartenance ou non du pays à l’euro et donc à l’Union européenne, les deux étant liés, et non sur le plan de sauvetage européen adopté jeudi dernier ».

  • Jean Leonetti – ministre des Affaires européennes : « La zone euro peut «se passer» de la Grèce » et « si la Grèce ne veut pas le plan, elle n’aura pas l’argent ».

  • François Bayrou – le président du MoDem : « une sortie de l’euro serait «une catastrophe nucléaire ».

  • Michalis Chryssohoïdis – ministre grec du Développement – demande que le plan européen de sauvetage soit rapidement ratifié par le parlement, s’opposant ainsi au projet de référendum du Premier ministre Papandréou. Encore un socialiste qui se méfie du peuple comme le PS français.

Comme on le voit, le ton général est celui d’un chantage mâtiné de paternalisme. Le but est évident, que la Grèce renonce à ce référendum ou que la question soit suffisamment large pour donner une grande chance à la victoire du oui. On pourrait même poser la question « voulez-vous rester dans l’euro ou ne pas en sortir ? » ce serait le plus sûr moyen d’avoir la réponse que l’oligarchie souhaite. Car derrière les menaces se cache un énorme bluff. La sortie de la Grèce de l’euromark pourrait être contagieuse et donner des idées aux autres pays étranglés par le “diktat de Francfort”. Et c’est pourquoi on sort soudainement l’artillerie lourde avec cet axiome sorti de nulle part : « sortir de l’euro c’est sortir de l’UE ».

Jusqu’alors, l’UE était un espace a-démocratique. Elle semble maintenant prendre un tournant antidémocratique. Nous, Français, descendant des révolutionnaires de 1789, allons-nous laisser les Grecs se battre seuls pour défendre la démocratie ?

Aux dernières nouvelles, Papandréou soumis à de terribles pressions serait prêt à retirer son projet de référendum. S’il le fait, la démocratie en Europe aura fait un grand bon en avant … vers la dictature de l’oligarchie eurocrate.

Post-scriptum

Et voila ! Ce 4 novembre 2011 est un nouveau jour noir pour la démocratie. Le ministre grec des Finances Evangélos Vénizélos a annoncé aux eurocrates et à son homologue allemand la décision de la Grèce de ne pas organiser de référendum. Évidemment, encore une fois, c’est la finance qui est aux commandes. Quand donc la politique reprendra-t-elle ses droits ? Même en France, elle n’est plus qu’une fiction si l’on en croit cette vidéo avec l’ancien député – pourtant de droite – Yvan Blot :


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Edrobal

Author: Edrobal

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Comments (4)

anny paule anny paule ·  03 November 2011, 15h56

Notre “talonnette homme” a dit hier à Cannes :”C’est aux Grecs et à eux seuls de décider s’ils veulent continuer l’aventure avec nous” ! C’est pas beau, ça ?
Il ne dit pas quelle aventure, il oublie (peut-être est-il amnésique !) qu’il a bafoué notre NON au TCE… mais il est vrai que nous ne sommes pas des Grecs ! Nous sommes de tout petits Français… quantité négligeable !
Bref, comment exister ? Comment nous débarrasser de tous ceux qui ont opté pour cette Europe “adémocratique” qui broie le peuples et remplit les poches des nantis ? Comment restaurer nos valeurs et notre RESPUBLICA (la chose du peuple) ?

Sissi de Grandvaux Sissi de Grandvaux ·  04 November 2011, 13h15

Et voilà… le référendum est enterré. Une fois de plus, le dieu fric a parlé et gagné. Tous ces “bien-pensants” et nous en avons vu, à gauche, à droite, au centre, dans les médias officiels, et surtout dans “les marchés” - cette chose que l’on ne saurait définir mais qui régit la vie de “madame et monsieur tout-le-monde - qui sacrifiaient en dansant sur l’autel de ce fameux dieu, la liberté d’expression de tout une nation, de toutes les nations. C’est à se demander pour combien de temps encore nous laisserons le choix de notre vie au bon plaisir d’une minorité oligarchique, la nouvelle “féodalité” de notre siècle. Combien de temps encore avant un nouveau 1789 qui balaie tout, renversant les pouvoirs en place, faisant table rase de cette chose obscure qui nous gouverne et que sont “ces marchés” ? Une révolution est une lame de fond qui vient de très loin. Elle est colère. Elle est fureur. Elle détruit. Mais pour qu’elle soit efficace, pour que ce “grand balayage” fasse sens, faudrait-il la vision d’un autre avenir, d’une autre société, où tout reste à (re)construire. Et là, comme c’est tellement difficile à faire, personne ne s’y colle réellement. Nos chers “présidentiables” qu’ils soient de gauche, de droite, du centre ou des extrêmes colmatent ça et là des brèches tellement béantes que ça ne sert à rien. Aucun d’entre eux ne nous propose un projet auquel il serait possible de se rallier, qu’il serait possible de porter, de partager. Echoierait-il ainsi à madame et monsieur tout-le-monde de se réapproprier la chose publique ? En entrant en résistance, en désobéissance. Un peu comme ça avait été fait dans le cadre de la Résistance Française face à la domination allemande. Avec la création d’un CNR et ces forces vives de la nation, qui finalement pour la plupart étaient historiquement “des petites mains” organiser enfin ce projet d’une société où le mot “démocratie”, et donc débat n’est pas vain mais fait partie d’un processus de décision collectif.

Valduv Valduv ·  04 November 2011, 16h37

Je ne suis pas daccord avec la phrase suivante “Nos chers “présidentiables” qu’ils soient de gauche, de droite, du centre ou des extrêmes colmatent ça et là des brèches tellement béantes que ça ne sert à rien”.

C’est aller un peu vite en besogne, et prendre le risque du “tous pourris” si préjudiciable à la profondeur du debat politique.

Des choses s’expriment, des idées éclosent, prenez par exemple le programme du front de gauche “l’humain d’abord” edité au mois de Septembre…

Non, je dirais pour ma part que le probleme n’est pas le manque d’idée, le probleme est qu’il faut bien se coltiner encore un systeme institutionnel cadenassé, celui de la 5 eme Rep, lui même cadenassé par/dans un systeme mediatico politique qui fait de la Présidentielle sont point d’origine, genese de tout changement politique.

Nous avons là affaire à un cruel souci de forme politique, qui limite toute forme de radicalité politique.

D’autre part, je voudrais ajouter, qu’un nouveau projet politique, appelez le nouveau paradigme, si vous le souhaitez ne peut se concevoir hors de la considération du réel, sinon il est pur rêve innapliccable. Il ne peut etre que réforme au détail pres lié à utopie globale : de réforme en réforme et d’ajustements en ajustements, atteindre un changement radical de la société.
De ce point de vue il n’y a pas là manque d’idées, mais difficulté certaine a les mettre en oeuvre, à les appliquer, dû a un tres mauvais rapport de force, il suffit de lire Morin pour comprendre qu’il existe des solutions aux maux actuels.

Reste à recuperer un rapport de force favorable, sans lequel nous serons voués a subir les lois de la finance.

Sissi de Grandvaux Sissi de Grandvaux ·  04 November 2011, 19h01

Effectivement, je crois avoir été en colère en écrivant mon message plus haut. En colère notamment, par une nouvelle mise sous tutelle d’une nation, d’un peuple par quelques néo-féodaux bien trop attachés à leur propre confort pour voir celui des pays qu’ils sont sensés diriger. Par ailleurs, je suis d’accord quand vous relevez que “des choses s’expriment, des idées éclosent, etc…” et donc que ce n’est pas un manque d’idée mais bien la difficulté à les mettre en œuvre. Reste à savoir comment récupérer un rapport de force suffisant d’une part, mais aussi de savoir comment - partant du réel - un autre postulat serait évidemment erroné - l’on peut réformer. Vous citez Morin qui dit clairement que toutes les réformes sont interdépendantes. Et donc qu’il faut penser et agir systémique. Même si l’on doit garder à l’esprit la limite des réformes. J’ai néanmoins la crainte que ceux qui nous gouvernent ou qui cherchent à gouverner ne pensent pas systémique tellement ils sont pris par le système.

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