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Le nucléaire gelé dans le Grand Nord

Nous ne croyions pas si bien dire le mois dernier en clamant que nous ne croyions pas si bien dire le mois précédent ! Non seulement l’atome hexagonal est dans la plus grande panade, mais c’est aussi le cas sur le plan mondial et, cerise (radioactive) sur le gâteau (contaminé), tout s’accélère désormais. Voyez un peu.

Les pronucléaires mettent depuis longtemps en exergue le cas de la Suède car ce pays, après avoir adopté la fin du nucléaire par un référendum organisé en 1980, n’a eu de cesse de reporter la fermeture des centrales. Méprisant le vote démocratique de la population, les atomistes voyaient là la preuve du caractère indispensable de leur chère énergie.

Après qu’une catastrophe nucléaire ait été frôlée à la centrale de Forsmark en juillet 2006, le gouvernement conservateur décide en février 2009… de s’asseoir une bonne fois pour toute sur le référendum de 1980 et d’autoriser la construction de nouveaux réacteurs ! Mais voilà, depuis, c’est la débandade atomique. En janvier 2015, l’opérateur national suédois Vatenfall annule tout nouveau projet et, en mai 2015, décide d’arrêter prochainement deux réacteurs pourtant autorisés à fonctionner jusqu’en 2025. Explication de ce revirement : du fait de la baisse de la consommation d’électricité, du développement rapide des énergies renouvelables, et de l’augmentation continue du coût de production de l’électricité nucléaire, les réacteurs ne sont plus rentables.

Il y a donc fort à parier que les 8 derniers réacteurs suivront le même chemin, d’autant que de coûteuses mesures « post-Fukushima » sont censées être mise en place entre 2020 et 2025 : fermer les réacteurs sera plus simple et moins cher. Et pas de risque de pénurie : l’hydroélectricité couvre à elle seule 50 % des besoins du pays, le développement d’autres filières renouvelables et la coopération avec les pays voisins feront l’affaire. Les Suédois s’aventureront peut-être aussi sur le chemin de la décroissance, qui sait ?

Le désastre de l’EPR

Traversons le Golfe de Botnie pour nous rendre en Finlande, ce malheureux pays qui s’est sabordé en 2003 en achetant à la France le tout premier exemplaire du fameux EPR. Ce réacteur, implanté à Olkiluoto à côté de deux autres déjà présents, devait entrer en service en 2009. Or, à ce jour, il est loin d’être terminé et il serait question d’une mise en service au mieux en 2018 : pratiquement dix ans de retard, quinze ans de chantier. Un désastre industriel.

Pourtant, faisant preuve d’autant de « pertinence » que leurs homologues suédois, les dirigeants finlandais décidèrent en 2010… d’autoriser la construction d’un réacteur supplémentaire à côté de l’EPR. Ne doutant de rien, Areva répondit à l’appel d’offre en proposant… un EPR !

Mais toutes ces atomeries viennent d’être balayées : le producteur d’électricité finlandais TVO, commanditaire du premier EPR, a annoncé le 13 mai qu’il ne déposerait finalement pas de permis de construire avant la date limite. Il se dit même que les Finlandais ne seraient pas fâchés que l’EPR en construction ne soit pas achevé, ou ne puisse jamais entrer en service. Il faut dire que, chez eux aussi, la consommation d’électricité baisse et tout ce petit monde s’est habitué à vivre sans la production de l’EPR qui fait défaut depuis 2009.

Attention, tout n’est pas merveilleux en Scandinavie : les Finlandais ont aussi commandé un réacteur aux Russes. Mais ces derniers ont annoncé ces derniers mois de multiples chantiers dans divers pays… sans avoir les capacités industrielles nécessaires, sans parler des financements. Or la construction d’un réacteur nucléaire coûte des sommes si astronomiques que peu de pays peuvent encore s’offrir un tel joujou, malgré la mégalomanie de nombreux chefs d’État, souvent des dictateurs d’ailleurs. Les Russes proposent donc de payer eux-mêmes les réacteurs et de se rembourser dans la durée par la vente de l’électricité. Mais Moscou a vu ses réserves financières s’effondrer avec la chute brutale du prix du pétrole. Car c’est bien l’argent (sale) du pétrole qui devait financer l’énergie (tout aussi sale) nucléaire. Badaboum, tout s’effondre.

Continuons notre petit tour du Nord en évoquant le Danemark et la Norvège, pays heureux où ne sévit pas l’atome. Le Danemark est lui aussi mis en exergue par les pronucléaires… qui y dénoncent la production éolienne massive : l’intermittence des vents obligerait à utiliser souvent des centrales thermiques. Mais voilà : les Danois avancent méthodiquement et le recours à ces centrales se réduit inexorablement.

Enfin, la Norvège se signale par le fait que 95 % de son électricité est renouvelable, issue des barrages hydroélectriques. Ce pays s’est enrichi en vendant du pétrole, c’est un fait, mais une bonne partie de l’argent ainsi gagné a été et est encore investi dans les diverses énergies renouvelables.

La décroissance du nucléaire est en marche inéluctable partout où cette énergie maudite a été imposée, malgré les effets d’annonce des nucléocrates, principalement français et russes. Et encore, nous ne croyons pas si bien dire au vu de ce qui ne manquera pas de se produire… d’ici le mois prochain !


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Stéphane Lhomme

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