Dernière mise à jour 21/06/2018

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Antimanuel d'écologie - extraits

Antimanuel d’écologie d’Yves Cochet (Bréal, 2009)

Crise éner­gé­ti­que, chan­ge­ment cli­ma­ti­que, pol­lu­tions chi­mi­ques, OGM : est-il rai­son­na­ble d’être alar­miste ? On peut choi­sir de s’enfouir la tête dans le sable du déni col­lec­tif. On peut choi­sir de s’enfouir la tête dans le sable du déni col­lec­tif. On peut aussi se poser les ques­tions qui font mal pour mieux com­pren­dre et réa­gir. Le dérè­gle­ment cli­ma­ti­que est-il iné­luc­ta­ble ? Quelle est la res­pon­sa­bi­lité de l’être humain dans la dis­pa­ri­tion des espè­ces ? Devons-nous crain­dre la raré­fac­tion du pétrole et des matiè­res pre­miè­res ? Quel­les con­sé­quen­ces aurait la relance du nucléaire dans le monde ? Bref, que va-t-il nous arri­ver ?
Pour répon­dre à ces ques­tions, Yves Cochet n’y va pas par qua­tre che­mins. Avec le cou­rage poli­ti­que et le franc par­ler qui le carac­té­ri­sent, il dresse un por­trait inquiet de notre pla­nète. Pré­cur­seur dans la pen­sée éco­lo­giste, il est pour l’ins­tant le seul homme poli­ti­que fran­çais à défen­dre la notion de “décrois­sance”. Si l’heure est grave, la catas­tro­phe en mar­che n’est pas une fata­lité. Ce n’est pas la fin du monde, c’est un chan­ge­ment de civi­li­sa­tion.
Avec cet Anti­ma­nuel, il s’agit de pren­dre cons­cience des grands enjeux pla­né­tai­res pour réin­ven­ter le monde. Le XXe siè­cle sera éco­lo­gi­que ou ne sera pas. Anti­ma­nuel d’éco­lo­gie d’Yves Cochet (Bréal, 2009) - Pré­sen­ta­tion par l’édi­teur

1. L’éco­no­mie bio­phy­si­que

L’éco­no­mie que nous vou­lons esquis­ser – appe­lons-là l’éco­no­mie bio­phy­si­que – part de l’hypo­thèse que l’éner­gie et les matiè­res requi­ses pour fabri­quer biens et ser­vi­ces doi­vent être tout autant pri­ses en compte que les inte­rac­tions entre humains. Pour­quoi, en effet, l’éco­no­mie actuelle est-elle deve­nue une science sociale en excluant le monde bio­phy­si­que ? Parce que, depuis deux siè­cles, l’abon­dance et le fai­ble prix de l’éner­gie nous ont per­mis d’igno­rer la nature. Cette pro­fu­sion éner­gé­ti­que seule a été capa­ble d’engen­drer d’énor­mes riches­ses au XXe siè­cle pour une part déri­soire de nos salai­res et de notre temps. Les éco­no­mis­tes offi­ciels répè­tent à satiété que le coût de l’éner­gie dans le PIB est d’envi­ron 5 %, et que de cette façon nous n’avons pas à nous inquié­ter. A quoi nous rétor­quons que si l’on sous­trayait ces 5 % de l’éco­no­mie, les 95 % res­tants n’exis­te­raient plus. Il faut envi­ron 100 mil­lions d’années pour « pro­duire » du pétrole ; si la nature était une mar­chande capi­ta­liste, à com­bien nous offri­rait-elle le litre de super ? Con­trai­re­ment à l’éco­no­mie éco­lo­gi­que, l’éco­no­mie bio­phy­si­que ne cher­che pas à quan­ti­fier en euros le coût des ser­vi­ces four­nis par les éco­sys­tè­mes, elle ne  cher­che pas à faire entrer la nature à l’inté­rieur du cadre de l’éco­no­mie néo­clas­si­que, elle s’efforce de créer un nou­veau para­digme. Le tra­vail de la nature pos­sède en effet une valeur si incom­men­su­ra­ble avec tout ce que l’on peut chif­frer en euros qu’il paraît absurde de ten­ter même de le faire.

2. Le troi­sième fac­teur, l’éner­gie

L’appro­che clas­si­que par les seuls « tra­vail » et  « capi­tal » comme fac­teur de pro­duc­tion omet que c’est l’éner­gie qui est à l’ori­gine de toute richesse. La pro­duc­tion dans les socié­tés indus­triel­les est pro­por­tion­nelle à l’uti­li­sa­tion de l’éner­gie. Cette obser­va­tion ne nie pas qu’ensuite il faille tenir compte des « pré­fé­ren­ces des con­som­ma­teurs » ou des choix de la meilleure allo­ca­tion de res­sour­ces, elle exprime le fait qu’en temps de rareté et de cherté éner­gé­ti­que nous devons nous con­cen­trer sur la source des biens et des ser­vi­ces : l’éner­gie. Bien sûr cette éco­no­mie bio­phy­si­que débu­tante ne pos­sède pas encore les con­cepts, les équa­tions et la majesté de l’éco­no­mie con­ven­tion­nelle. La théo­rie éco­no­mi­que néo­clas­si­que con­tem­po­raine mas­que sous une élé­gance mathé­ma­ti­que son indif­fé­rence aux lois fon­da­men­ta­les de la bio­lo­gie, de la chi­mie et de la phy­si­que, notam­ment cel­les de la ther­mo­dy­na­mi­que. Cette théo­rie est hégé­mo­ni­que dans les ensei­gne­ments sco­lai­res et uni­ver­si­tai­res, et il est stu­pé­fiant de cons­ta­ter qu’elle ignore com­plè­te­ment les pro­ces­sus qui gou­ver­nent la bio­sphère, les matiè­res et l’éner­gie que nous extra­yons du sous-sol, les déchets que nous reje­tons dans les milieux, et l’envi­ron­ne­ment dans son ensem­ble. La fable de l’éco­no­mie telle que l’expose la quasi-tota­lité des manuels de scien­ces éco­no­mi­ques en fait un sys­tème cir­cu­laire d’échan­ges de valeurs entre la sphère des entre­pri­ses et la sphère des ména­ges. C’est un sys­tème con­cep­tuel­le­ment clos, une sorte de machine intel­lec­tuelle réa­li­sant le mou­ve­ment per­pé­tuel à l’inté­rieur d’un grand parc amé­nagé pour la satis­fac­tion des humains.

3. La con­tre-vérité du déve­lop­pe­ment dura­ble

La der­nière trou­vaille de la théo­rie éco­no­mi­que est sa muta­tion publi­ci­taire en « déve­lop­pe­ment dura­ble », sou­vent repré­senté par trois cer­cles sépa­rés – figu­rant l’éco­no­mi­que, le social et l’envi­ron­ne­men­tal (mais assez pro­ches pour qu’ils aient des inter­sec­tions com­mu­nes cen­sées indi­quer les rela­tions entre ces trois domai­nes). Lorsqu’un arbi­trage doit avoir lieu entre ces trois con­cep­tions pour pren­dre une déci­sion, c’est l’éco­no­mi­que qui l’emporte aux dépends des deux autres. Cette repré­sen­ta­tion est une con­tre-vérité dans la mesure où elle sug­gère une auto­no­mie de l’éco­no­mi­que par rap­port au social et à l’envi­ron­ne­ment. Elle n’est qu’une des nom­breu­ses moda­li­tés de la pro­pa­gande du pro­duc­ti­visme pour per­pé­tuer l’illu­sion du cycle pro­duc­tion-con­som­ma­tion. Une plus juste repré­sen­ta­tion des domai­nes éco­no­mi­que, social et envi­ron­ne­men­tal eût été celle de trois cer­cles con­cen­tri­ques : le petit cer­cle éco­no­mi­que au milieu, inclus dans le moyen cer­cle du social, lui-même con­tenu dans le grand cer­cle de l’envi­ron­ne­ment natu­rel.

4. Libé­ra­lisme, marxisme, bio­sphère

Curieu­se­ment, depuis le début de l’ère indus­trielle en Occi­dent, les pen­seurs du pro­duc­ti­visme n’ont jamais envi­sagé les dégra­da­tions subies par la nature en amont de la pro­duc­tion, pas plus que les dom­ma­ges de rejets en aval de la con­som­ma­tion. Qu’ils soient libé­raux ou marxis­tes, leurs pen­sées et leurs débats se sont foca­li­sés sur les ques­tions de pro­priété des moyens de pro­duc­tion et des rap­ports affé­rents, de la crois­sance éco­no­mi­que mesu­rée au chif­fre d’affai­res ou au PIB, et des moda­li­tés de la redis­tri­bu­tion, tou­tes con­si­dé­ra­tions étroi­te­ment humai­nes qui oublient com­plè­te­ment les rela­tions que les socié­tés entre­tien­nent néces­sai­re­ment avec la bio­sphère. Mais il n’y a pas de repas gra­tuit dans la nature. Il nous faut aujourd’hui payer l’addi­tion.

5. La con­tre-pro­duc­ti­vité du pro­duc­ti­visme

Munis de ces deux notions éco­no­mi­ques – la loi de l’uti­lité mar­gi­nale et les exter­na­li­tés -, nous pou­vons mieux éva­luer la con­tre-pro­duc­ti­vité du pro­duc­ti­visme. Aux pre­miers sta­des de déve­lop­pe­ment d’une société, la satis­fac­tion (l’uti­lité totale) pro­gresse rapi­de­ment, tan­dis que les coûts éco­lo­gi­ques (les exter­na­li­tés tota­les) crois­sent peu. Puis la dif­fé­rence entre la satis­fac­tion sociale et les coûts éco­lo­gi­ques – le béné­fice net de la société – passe par un maxi­mum (satis­fac­tion forte, coût éco­lo­gi­ques rai­son­na­bles). Enfin, la satis­fac­tion sociale par habi­tant gran­dit de moins en moins, tan­dis que les coûts éco­lo­gi­ques aug­men­tent de plus en plus. La con­tre-pro­duc­ti­vité glo­bale d’une société com­mence lors­que son béné­fice net dimi­nue. L’effon­dre­ment de cette société est pro­che lors­que son béné­fice net devient nul.

6. L’inte­rac­tion spé­cu­laire

Mal­heu­reu­se­ment, et bien qu’effec­tué avec des outils éco­no­mi­ques issus de l’ortho­doxie néo­li­bé­rale, le dis­cours sur l’effon­dre­ment ne peut être tenu par les res­pon­sa­bles éco­no­mi­ques et poli­ti­ques, qui, à la place qu’ils occu­pent, sont sou­mis aux con­train­tes de l’inte­rac­tion spé­cu­laire (ndlr : spé­cu­laire, rela­tif au miroir). Ni par les res­pon­sa­bles éco­no­mi­ques parce qu’ils n’ont d’autre hori­zon que la ren­ta­bi­lité, de plus en plus finan­cière, de leur entre­prise, et la con­cur­rence féroce pour les parts de mar­ché dans leur sec­teur. Ni par les res­pon­sa­bles poli­ti­ques parce qu’ils n’ont d’autre hori­zon que leur pro­chaine réé­lec­tion et la con­cur­rence féroce pour les pla­ces de pou­voir dans les ins­ti­tu­tions.  Les uns et les autres ten­tent de con­tre­car­rer la baisse des béné­fi­ces de la société par une fuite en avant dans la com­plexité éco­no­mi­que (restruc­tu­ra­tion, délo­ca­li­sa­tion, plans sociaux, crois­sance externe…) ou poli­ti­que (plé­thore de niveaux ins­ti­tu­tion­nels, de lois, de régle­men­ter, de rap­ports, de com­mis­sions…) au détri­ment du bien-être social et de la santé éco­lo­gi­que.

7. L’effon­dre­ment des civi­li­sa­tions

L’archéo­lo­gue Joseph A.Tain­ter a exa­miné la crois­sance et le déclin de nom­breu­ses civi­li­sa­tions afin de décou­vrir ce qu’il y a de com­mun dans leurs tra­jec­toi­res fata­les. Sa thèse prin­ci­pale est que con­fron­tées à de nou­veaux pro­blè­mes, ces civi­li­sa­tions accrois­saient la com­plexité de leur fonc­tion­ne­ment en inves­tis­sant plus encore dans les mêmes moyens qui avaient per­mis leur éclo­sion. Par « accrois­se­ment de la com­plexité », il faut enten­dre la diver­si­fi­ca­tion des rôles sociaux, éco­no­mi­ques et poli­ti­ques, le déve­lop­pe­ment des moyens de com­mu­ni­ca­tion et la crois­sance de l’éco­no­mie des ser­vi­ces, le tout sou­tenu par une forte con­som­ma­tion d’éner­gie. L’empire romain, par exem­ple, fut con­fronté à l’aug­men­ta­tion de sa popu­la­tion, à la baisse de sa pro­duc­tion agri­cole et au déclin de l’éner­gie par habi­tant. Il tenta de résou­dre ces pro­blè­mes en élar­gis­sant encore son ter­ri­toire par de nou­vel­les con­quê­tes afin de s’appro­prier les sur­plus éner­gé­ti­ques de ses voi­sins (métaux, céréa­les, escla­ves…). Cepen­dant cette exten­sion ter­ri­to­riale engen­dra une mul­ti­pli­ca­tion des coûts de main­te­nance et des com­mu­ni­ca­tions, des gar­ni­sons, au point que les inva­sions bar­ba­res ici, ou les mau­vai­ses récol­tes là, ne purent plus être réso­lues par une nou­velle expan­sion ter­ri­to­riale. La solu­tion non inten­tion­nelle de l’empire fut de se frag­men­ter en de plus peti­tes uni­tés socia­les.

8. Le coût de la com­plexité

Le gain mar­gi­nal d’une com­plexité crois­sante décline jusqu’à deve­nir néga­tif. Lors­que le taux mar­gi­nal devient néga­tif, tout accrois­se­ment de la com­plexité (et de ses coûts) entraîne la dimi­nu­tion des béné­fi­ces sociaux. L’effon­dre­ment éco­no­mi­que et social est alors pro­ba­ble. Pour­quoi une société gagne-t-elle de moins en moins alors que ses inves­tis­se­ments sont de plus en plus grands ? Parce que toute société résout d’abord les pro­blè­mes les plus faci­les. En 1950, il fal­lait un baril de pétrole pour ache­mi­ner cent barils de car­bu­rant dans les réser­voirs des auto­mo­bi­lis­tes euro­péens ; aujourd’hui le même baril en amont ne nous pro­cure que quinze barils en aval. De même on cul­tive d’abord les meilleu­res ter­res ara­bles ; éten­dre l’agri­cul­ture sur des ter­res ingra­tes coûte plus cher pour de moin­dres récol­tes. En poli­ti­que aussi, une com­plexité crois­sante signi­fie plus de bureau­cra­tie, accom­pa­gnée de dépen­ses à la hausse.

9. La con­tre-pro­duc­ti­vité des sys­tè­mes sociaux

Dans les années 1970, Ivan Illich avait déjà réflé­chi à l’inef­fi­ca­cité de cer­tains sys­tè­mes sociaux. A la dif­fé­rence de Joseph A.Tain­ter, qui envi­sage plu­tôt le col­lap­sus des socié­tés dans leur ensem­ble, Ivan Illich a étu­dié cer­tai­nes ins­ti­tu­tions socia­les par­ti­cu­liè­res. Il déve­loppe la notion de « con­tre-pro­duc­ti­vité » pour ren­dre compte des con­sé­quen­ces néfas­tes de cer­tai­nes ins­ti­tu­tions lors­que leur fonc­tion­ne­ment dépasse cer­tains seuils au-delà des­quels ces ins­ti­tu­tions pro­dui­sent l’effet inverse de leur but ini­tial : alors l’école abru­tit, la méde­cine rend malade, les com­mu­ni­ca­tions ren­dent sourd et muet, l’indus­trie détruit et l’Etat étouffe la société civile, les trans­ports immo­bi­li­sent. Par exem­ple la « vitesse géné­ra­li­sée » d’un mode de trans­port n’est pas le sim­ple rap­port entre la dis­tance par­cou­rue et le temps du par­cours. Elle ajoute à ce temps de par­cours le temps passé à gagner de quoi se payer l’usage d’un mode de trans­port. Jean-Pierre Dupuy a cal­culé que la vitesse géné­ra­li­sée d’un auto­mo­bi­liste est de 7 kilo­mè­tres à l’heure, soit un peu plus que celle d’un pié­ton. La con­tre-pro­duc­ti­vité des trans­ports auto­mo­bi­les fut ren­for­cée depuis cin­quante ans par une poli­ti­que d’urba­nisme et d’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire con­çue autour de l’auto­mo­bile. La cons­truc­tion du mythe de la vie heu­reuse en pavillon avec jar­din entraîna un éta­le­ment urbain beau­coup plus impor­tant que la sim­ple crois­sance démo­gra­phi­que. Si bien que dans les pays de l’OCDE, le temps passé entre le domi­cile et le tra­vail n’a pas dominé depuis 1850, mal­gré la pré­ten­due aug­men­ta­tion de la mobi­lité et de la vitesse de la moder­nité auto­mo­bile. Le gain de vitesse des engins fut inté­gra­le­ment absorbé par l’éta­le­ment des fau­bourgs, l’éloi­gne­ment géo­gra­phi­que des lieux d’habi­ta­tion et de tra­vail, des éco­les et des hyper­mar­chés.

10. L’illu­sion élec­tro­ni­que

Cer­tains obser­va­teurs du chan­ge­ment de para­digme ont cru déce­ler une tran­si­tion en cours entre l’ancienne civi­li­sa­tion pro­duc­ti­viste et une nou­velle civi­li­sa­tion ren­due pos­si­ble par les avan­cées de l’élec­tro­ni­que. Mais l’ère de la con­ver­gence des tech­no­lo­gies infor­ma­ti­que, trans­gé­ni­que et nano repose sur un sol maté­riel, éner­gé­ti­que et indus­triel à l’ave­nir bien fra­gile. Ces nou­vel­les tech­no­lo­gies sont les symp­tô­mes de la pen­sée et de l’action tech­nos­cien­ti­fi­que les plus con­for­mes au modèle pro­duc­ti­viste. Elles ne repré­sen­tent aucune alter­na­tive maté­rielle, spi­ri­tuelle, éco­no­mi­que ou sociale, phi­lo­so­phi­que ou poli­ti­que, au pro­duc­ti­visme. Elles sont une sim­ple évo­lu­tion moderne de celui-ci. Lors­que le baril sera à 300 dol­lars et le super à 5 euros le litre, quel­les seront les con­sé­quen­ces sur la cons­truc­tion et la main­te­nance des satel­li­tes de com­mu­ni­ca­tion, des relais de télé­pho­nie mobile, des câbles sous-marins et des fibres opti­ques ter­res­tres qui cons­ti­tuent l’infra­struc­ture de notre Inter­net ? Fini. Ter­miné. Ima­gi­nez le monde sans mail et sans Web.

11. L’illu­sion tech­no­lo­gi­que

L’éner­gie est la seule res­source qui donne les moyens de faire. Tou­tes les autres res­sour­ces natu­rel­les ou fabri­ca­tions inter­mé­diai­res ne peu­vent être uti­li­sées par les humains qu’au moyen d’une ou plu­sieurs sour­ces d’éner­gie acces­si­ble. Plu­sieurs auteurs ont tenté de modé­li­ser la cul­mi­na­tion puis le déclin de l’éner­gie en géné­ral, tou­tes sour­ces con­fon­dues. Au vu des don­nés publi­ques sur l’ensem­ble des sour­ces d’éner­gie, il est pro­ba­ble que le pic éner­gé­ti­que pla­né­taire advien­dra vers 2025, l’éner­gie totale dis­po­ni­ble décli­nant con­ti­nû­ment ensuite. Ceux qui rêvent d’une nou­velle source d’éner­gie abon­dante et à bon mar­ché – tels les déli­rants du pro­jet ITER (Inter­na­tio­nal Ther­mo­nu­clear Expe­ri­men­tal Reac­tor) de fusion nucléaire – com­met­tent une erreur d’appré­cia­tion sur l’espèce humaine. Les exem­ples de ce que nous avons fait avec les éner­gies fos­si­les et le nucléaire devraient nous inci­ter à plus de pru­dence. Nous avons épuisé le sous-sol, pol­lué les ter­res, les mers et l’atmo­sphère, fait fon­dre les gla­ciers, déré­glé le cli­mat et exter­miné des mil­liers d’espè­ces. Et l’on vou­drait que tou­jours plus d’éner­gie change ce com­por­te­ment !

12. Le méca­nisme de l’entro­pie

Sans l’éner­gie solaire et sans ce pro­ces­sus impro­ba­ble qu’est la vie, nous ne serions que des assem­bla­ges aléa­toi­res d’ato­mes sou­mis à la dis­per­sion entro­pi­que. L’éner­gie ne peut être  créée ou détruite, mais seu­le­ment trans­for­mée ; lors de ces trans­for­ma­tions, quel­que chose se dégrade irré­ver­si­ble­ment. Ce quel­que chose est l’« uti­li­sa­bi­lité » de l’éner­gie, et la dégra­da­tion se nomme entro­pie. Les sys­tè­mes sociaux n’échap­pent pas à l’ana­lyse ther­mo­dy­na­mi­que. Une ville, par exem­ple, exige des con­cen­tra­tions mas­si­ves d’éner­gie fos­sile et de maté­riaux qui la dotent d’une énorme empreinte éco­lo­gi­que. Bref, l’éco­no­mie réelle d’une ville, d’un pays, d’un con­ti­nent doit s’inté­res­ser autant aux mou­ve­ments d’éner­gie et de maté­riaux qu’aux tran­sac­tions humai­nes. S’inté­res­ser, au sens de pren­dre en compte, et non de cal­cu­ler les coûts des ser­vi­ces publics de la nature à l’inté­rieur de l’éco­no­mie néo­clas­si­que, bien qu’il soit par­fois éclai­rant « d’inter­na­li­ser ces exter­na­li­tés » (le voca­bu­laire même de l’éco­no­mie con­ven­tion­nelle tra­hit l’exclu­sion qu’elle fait de la nature).

13. Pic éner­gé­ti­que et démo­gra­phie

Les ani­maux con­som­ment essen­tiel­le­ment des flux renou­ve­la­bles de nour­ri­ture, les humains con­som­ment essen­tiel­le­ment des stocks non renou­ve­la­bles d’éner­gie. C’est cette dis­po­ni­bi­lité à bon mar­ché des éner­gies fos­si­les qui, jusqu’à aujourd’hui, a per­mis à l’huma­nité de vivre au-des­sus de la capa­cité de charge de la pla­nète. C’est-à-dire avec un si grand nom­bre d’humains pour un niveau de vie moyen. Cette épo­que s’achève avec l’arri­vée du pic de pétrole, et vers 2025, du pic éner­gé­ti­que géné­ral. Les modè­les cou­rants de l’INED ou de la divi­sion des popu­la­tions de l’ONU nous ras­su­rent par des scé­na­rios de « tran­si­tion démo­gra­phie » douce. Ils pré­voient que la popu­la­tion se sta­bi­li­sera vers 2050 autour de 9 à 10 mil­liards. Tout cela est irréa­liste. Il existe une cor­ré­la­tion his­to­ri­que entre la quan­tité totale d’éner­gie dans le monde et, d’un autre, le niveau démo­gra­phi­que et le niveau de vie. Cette cor­ré­la­tion est si forte qu’on peut émet­tre l’hypo­thèse d’une cau­sa­lité : moins il y aura d’éner­gie dis­po­ni­ble, moins la pla­nète pourra accueillir d’indi­vi­dus à un cer­tain niveau de vie. Si cette hypo­thèse est vraie, comme je le crois, le nom­bre maxi­mal d’humains sur terre, au niveau de vie moyen actuel, décli­nera d’envi­ron 7 mil­liards vers 2025 à envi­ron 5 mil­liards en 2050, puis 2 à 3 mil­liards en 2100. En résu­mant dans l’expres­sion « niveau de vie moyen » de la Terre le rap­port entre la con­som­ma­tion d’éner­gie par per­sonne et le nom­bre de la popu­la­tion, on pour­rait énon­cer que plus le niveau de vie est élevé, moins la pla­nète peut accueillir de per­son­nes. L’expé­rience d’une telle des­cente éner­gé­ti­que après 2025 est une pre­mière abso­lue dans l’his­toire de l’huma­nité. Quel­les seront les réac­tions des popu­la­tions dans les pays de l’OCDE lors­que leur niveau de vie moyen dimi­nuera pour tou­jours ? Pis, lors­que par­tout dans le monde le nom­bre des habi­tants décroî­tra mas­si­ve­ment en rai­son des fami­nes, des mala­dies et des guer­res ?

14. Gali­lée aujourd’hui

Qu’en est-il du déni de la catas­tro­phe éco­lo­gi­que à l’éche­lon des déci­deurs ? La dyna­mi­que spé­cu­laire s’exerce inexo­ra­ble­ment. Celle–ci décrit les croyan­ces et les actions des acteurs poli­ti­ques, for­gées dans l’inte­rac­tion avec leurs rivaux pour les pla­ces. La pro­pa­ga­tion des croyan­ces en l’immi­nence de la catas­tro­phe éco­lo­gi­que ne peut être que lente au sein d’un monde poli­ti­que obsédé par la riva­lité. Con­nue de cha­cun, leur croyance ne serait cepen­dant pas une con­nais­sance com­mune. Et encore moins une action com­mune puisqu’il s’agi­rait de modi­fier radi­ca­le­ment les modes de pro­duc­tion et de con­som­ma­tion des socié­tés indus­tria­li­sées. Ce qui sup­po­se­rait que les citoyens eux-mêmes accep­tent les con­sé­quen­ces en ter­mes de modi­fi­ca­tion radi­cale de leur mode de vie. Le déni de la crise envi­ron­ne­men­tale n’est donc pas dans la tête de cha­cun en tant qu’il serait un être dérai­son­na­ble ou insuf­fi­sam­ment informé, c’est un effet de sys­tème qui émerge de la com­bi­na­toire spé­cu­laire. Le rap­port à la vérité n’est pas d’ordre ration­nel, il est d’ordre social. On ne peut avoir rai­son tout seul, Gali­lée en sait quel­que chose.

15. La décrois­sance comme des­tin

Un seuil a été dépassé, un seuil de liai­son entre le capi­ta­lisme fondé sur le cré­dit et les res­sour­ces natu­rel­les qui sont la base de toute richesse réelle. L’espoir d’une nou­velle phase A du Kon­dra­tieff (ndlr : reprise éco­no­mi­que), cet espoir est vain. Nous ne som­mes pas à l’aube d’une nou­velle crois­sance maté­riel­les, nous som­mes dans la phase ter­mi­nale du capi­ta­lisme. Les pro­duc­ti­vis­tes pro­cla­ment que la crois­sance est un moyen d’amé­lio­rer le niveau de vie de l’huma­nité. Cepen­dant on peut sou­te­nir que le sort du quart le plus pau­vre de l’huma­nité aujourd’hui n’est pas meilleur que celui du même quart il y a cent ans. La recher­che inces­sante de la crois­sance, seri­née à lon­gueur d’années par la majo­rité des poli­ti­ques et des médias, n’est donc pas la solu­tion à la catas­tro­phe éco­lo­gi­que, elle est au con­traire une aspi­ra­tion au pire. La catas­tro­phe éco­lo­gi­que impli­que une con­clu­sion fatale : la décrois­sance est notre des­tin. La décrois­sance n’est même plus une alter­na­tive au pro­duc­ti­visme libé­ral, et qu’il s’agi­rait de pro­mou­voir par quel­ques pers­pec­ti­ves sou­rian­tes et déma­go­gi­ques. En outre, le temps dont nous dis­po­sons pour pré­pa­rer ce nou­veau monde se compte en années, non en décen­nies. Nous ne som­mes plus dans le pro­jet de société dési­ra­ble, nous som­mes dans le compte à rebours pour essayer de réduire les con­sé­quen­ces dra­ma­ti­ques de l’iné­luc­ta­ble catas­tro­phe. Quel est donc l’objec­tif moné­taire que nous devons attein­dre ? Que les ban­ques ten­dent vers l’hori­zon de 100 % de réser­ves. Lors­que tout euro investi sera gagé par un euro préa­la­ble­ment déposé, alors seu­le­ment sera réta­bli l’équi­li­bre et la con­fiance.

16. Vers un ration­ne­ment

Je me con­ten­te­rai d’énon­cer quel­ques orien­ta­tion pour la France, dans les domai­nes les plus cru­ciaux pour la sur­vie de la démo­cra­tie, de la paix et de la soli­da­rité. Le prin­cipe ini­tial est sim­ple : dimi­nuer l’empreinte éco­lo­gi­que des pays de l’OCDE. Rapi­de­ment, dras­ti­que­ment, équi­ta­ble­ment. La plus effi­cace des mesu­res est l’implé­men­ta­tion d’un sys­tème de ration­ne­ment des car­bu­rants. C’est aussi la plus juste socia­le­ment puis­que le quota men­suel dis­tri­bué à cha­cun ne dépen­dra pas de ce qu’il gagne. Les quo­tas ainsi alloués à cha­cun dimi­nue­raient tous les ans, en pro­por­tion de la réduc­tion annuelle d’impor­ta­tion de pétrole en France. Une autre mesure nor­ma­tive con­sis­te­rait à inter­dire les dépla­ce­ments auto­mo­bi­les non pro­fes­sion­nels le diman­che. J’entends déjà les cris de cel­les et ceux qui qua­li­fient ces mesu­res de liber­ti­cide, voire d’éco­fas­ciste : « On res­treint mon droit à la mobi­lité ! » Oui, C’est cela, ou la guerre civile. Une troi­sième mesure serait la réduc­tion des vites­ses maxi­ma­les auto­ri­sées sur auto­rou­tes, rou­tes, et en ville, res­pec­ti­ve­ment à 90 kilo­mè­tres à l’heure, 60 km/h et 30 km/h. D’autres mesu­res con­cer­ne­raient les véhi­cu­les eux-mêmes : bri­dage des moteurs, limi­ta­tion du poids et de la sur­face au sol des engins.

17. Pour une éco­no­mie de guerre

Ne nous cachons pas la vérité, nous par­lons de la mise en place d’une éco­no­mie de guerre com­pa­ra­ble à ce qu’avait décidé le pré­si­dent Frank­lin Roo­se­velt en 1942, après Pearl Har­bor. Alors pourra se déployer la redis­tri­bu­tion de la terre, du tra­vail et des reve­nus. Redis­tri­buer la terre en vue d’une agri­cul­ture pay­sanne, bio­lo­gi­que, plus res­pec­tueuse des éco­sys­tè­mes, plus intense en main d’œuvre. Redis­tri­buer le tra­vail par les trente-deux heu­res, par la recon­ver­sion des acti­vi­tés socia­le­ment ou éco­lo­gi­que­ment dan­ge­reu­ses vers les « emplois verts », l’éco­no­mie soli­daire… Redis­tri­buer les reve­nus entre riches et pau­vres, notam­ment par l’ins­tau­ra­tion d’un revenu maxi­mal auto­risé et d’un revenu d’exis­tence. La « des­cente éner­gé­ti­que » iné­luc­ta­ble qui nous attend n’est pas néces­sai­re­ment syno­nyme de pri­va­tion, de mal­heur et d’effon­dre­ment, mais de renais­sance des com­mu­nau­tés loca­les. Décroî­tre pour vivre mieux.

18. Solu­tion poli­ti­que

Dans le domaine poli­ti­que, les cons­truc­teurs du para­digme pro­duc­ti­viste se sont foca­li­sées autour de l’Etat-nation. Afin de pro­té­ger les popu­la­tions de la catas­tro­phe éco­lo­gi­que et d’éta­blir plus d’éga­lité entre les humains, les for­mes poli­ti­ques émer­gen­tes devront être de type fédé­ra­tif, fon­dées sur des socié­tés ter­ri­to­ria­les plu­ra­lis­tes de petite exten­sion, ten­dues vers l’auto­suf­fi­sance éner­gé­ti­que et ali­men­taire des bio­ré­gions, cen­trées sur l’humain dans tou­tes ses dimen­sions, de moin­dre empreinte éco­lo­gi­que, et pro­té­geant l’inté­grité de la bio­sphère et des éco­sys­tè­mes locaux. Je m’efforce de vous entraî­ner vers la croyance qu’il est pos­si­ble d’agir, de trou­ver des issues, ensem­ble, au moins à l’éche­lon local.

19. Solu­tion éco­no­mi­que

Dans le domaine éco­no­mi­que, ce sont les valeurs « pro­duc­tion » et « con­som­ma­tion » qu’il s’agit de faire recu­ler dans nos ima­gi­nai­res, tan­dis que doi­vent pro­gres­ser les valeurs « temps libéré » ou « auto­no­mie ». Dans le voca­bu­laire d’Ivan Illich, est « auto­nome » une acti­vité que je ne suis pas payé pour faire, ou une acti­vité que je ne fais pas pour être payé. Sont ainsi auto­no­mes les pra­ti­ques de la médi­ta­tion, du soin des enfants, de l’émer­veille­ment devant les beau­tés de la nature, du béné­vo­lat asso­cia­tif, de l’entraide, et de bien d’autres encore selon les rai­sons et les pas­sions de cha­cun. Mais les rai­sons et les pas­sions des humains se tra­dui­sent aussi par des acti­vés moins nobles, de la cré­ti­ni­sa­tion télé­vi­suelle à la beu­ve­rie col­lec­tive, de la cra­pu­le­rie de quar­tier à la cor­rup­tion géné­ra­li­sée, du sexisme ordi­naire à la chasse aux immi­grés. Faute de pou­voir effa­cer des esprits humains l’inte­rac­tion spé­cu­laire, la riva­lité mimé­ti­que, l’envie et la jalou­sie, nous pou­vons ten­ter d’orien­ter le sys­tème de ces inva­riants anthro­po­lo­gi­ques vers d’autres attrac­teurs que ceux des valeurs du pro­duc­ti­visme.

20. Solu­tion sociale

Dans le domaine social, l’espace fermé de l’auto­mo­bile dis­pa­raî­tra pour lais­ser la place à l’espace de mar­cheurs et de flâ­neurs, de cyclis­tes et de dan­seurs. Il n’y a pas de cri­ti­que plus radi­cale de la moder­nité pro­duc­ti­viste que d’affir­mer cette dua­lité entre l’illu­sion de l’illi­mité fon­dée sur les éner­gies fos­si­les et la recon­nais­sance des limi­tes que nous impo­sent la puis­sance de nos mus­cles et la fini­tude de nos corps. L’être humain post­car­bone est tout à la fois cons­cient de la sobriété néces­saire à l’égard des res­sour­ces natu­rel­les et habité par les dépen­ses de son corps. Il est un être libre, non de con­su­mer des fos­si­les, mais de dépen­ser sans comp­ter ses éner­gies vita­les. Avec la déplé­tion des fos­si­les, la com­mu­ni­ca­tion sociale se réa­li­sera moins dans l’ano­ny­mat des objets indus­triels que l’on achète, et plus dans des ren­con­tres et des inte­rac­tions phy­si­ques.

21. Modu­la­rité crois­sante

La modu­la­rité dési­gne la façon selon laquelle les élé­ments du sys­tème sont reliés. Une Région telle que l’Ile de France, par exem­ple, ne pré­sente pas une diver­sité glo­bale suf­fi­sante : son poids démo­gra­phi­que et ses acti­vi­tés éco­no­mi­que, admi­nis­tra­tive et  cul­tu­relle, sont dis­pro­por­tion­nés par rap­port à ses  capa­ci­tés en éner­gie, en ali­men­ta­tion et en eau. Plus de 80 % de la nour­ri­ture des 500 mil­lions d’habi­tants de l’Union euro­péenne pro­vient des gran­des chaî­nes agroa­li­men­tai­res. Il n’existe aucune modu­la­rité dans ce sys­tème, très sen­si­ble aux aléas du trans­port mon­dial. Com­ment ini­tia­li­ser la tran­si­tion vers la des­cente éner­gé­ti­que ? Il est pos­si­ble de trou­ver des issues, ensem­ble, au moins à l’éche­lon local. Une ferme moyenne de 50 hec­ta­res peut four­nir l’essen­tiel de la nour­ri­ture pour 300 per­son­nes…

22. L’édu­ca­tion

La cos­mo­lo­gie de l’édu­ca­tion dans le monde indus­triel est impli­ci­te­ment fon­dée sur la domi­na­tion et l’exploi­ta­tion, l’uti­lité et le con­trôle, au béné­fice de l’huma­nité (enten­dez par là pour le pro­fit capi­ta­liste). Une vision éco­lo­giste de l’édu­ca­tion repose sur la mul­ti­dis­ci­pli­na­rité et la pen­sée sys­té­mi­que, la cri­ti­que des valeurs sous-jacen­tes du pro­duc­ti­visme, la com­pré­hen­sion des pen­sées sym­bo­li­ques au même titre que la pen­sée scien­ti­fi­que. Les valeurs du pro­duc­ti­visme sont une croyance sociale, non pas un fait de nature. Les valeurs alter­na­ti­ves du para­digme éco­lo­giste sont tout autant une cons­truc­tion sociale. Néan­moins, face à la catas­tro­phe éco­lo­gi­que qui s’avance, ces valeurs cons­ti­tuent un refuge pour l’esprit qui  cher­che un autre monde pos­si­ble.

23. Résumé

Si nous vou­lons con­ser­ver les valeurs car­di­na­les de l’Europe que sont la paix, la démo­cra­tie et la soli­da­rité, la tran­si­tion vers cette société de sobriété doit sui­vre qua­tre orien­ta­tions prin­ci­pa­les que je résume :

  • la ten­dance vers l’auto­suf­fi­sance locale et régio­nale en matiè­res éner­gé­ti­que et ali­men­taire ;
  • la ten­dance à la décen­tra­li­sa­tion géo­gra­phi­que des pou­voirs ;
  • la ten­dance à la relo­ca­li­sa­tion éco­no­mi­que ;
  • la ten­dance à la pla­ni­fi­ca­tion con­cer­tée et aux quo­tas, notam­ment en matiè­res éner­gé­ti­que et ali­men­taire.

Faute d’un tel plan d’urgence, je crains que notre con­ti­nent euro­péen tra­verse bien­tôt des épi­so­des trou­blés dont nous per­ce­vons déjà les pré­mi­ces. Les dif­fé­rents « plans de relance » amé­ri­cain et euro­péen, fon­dés sur un modèle pro­duc­ti­viste mori­bond, ne feront hélas qu’accé­lé­rer l’effon­dre­ment. Le seul objec­tif aujourd’hui réa­liste est un enga­ge­ment immé­diat dans la décrois­sance équi­ta­ble. Je plaide pour la vérité, c’est à-dire pour une pos­ture chur­chil­lienne d’annonce de len­de­mains qui ne chan­te­ront pas avant long­temps, pour un pro­jet poli­ti­que de réduc­tion équi­ta­ble des con­som­ma­tions de matière et d’éner­gie, pour une mobi­li­sa­tion géné­rale de la popu­la­tion autour d’une sorte d’éco­no­mie de ration­ne­ment orga­nisé et démo­cra­ti­que.

24. Ouver­ture sur l’éco­lo­gie pro­fonde

Cer­tai­nes thè­ses anti-anthro­po­cen­tri­ques de l’éco­lo­gie pro­fonde rédui­sent l’huma­nité à une espèce parmi les autres. J’affirme plu­tôt que la coévo­lu­tion de la nature et de la cul­ture ne peut s’accom­plir au détri­ment de la pre­mière, comme nous le cons­ta­tons dans les réa­li­sa­tions du modèle pro­duc­ti­viste. Que donc nous devons res­pec­ter l’inté­grité envi­ron­ne­men­tale et la bio­di­ver­sité. Autre­ment dit, la nature pos­sède à la fois une valeur intrin­sè­que (éco­lo­gie pro­fonde) et une valeur ins­tru­men­tale (anthro­po­cen­trisme). Notre iden­tité humaine n’aurait aucun sens  si elle n’incluait pas, comme une part indis­pen­sa­ble d’elle-même, celle des ani­maux et des plan­tes, des éco­sys­tè­mes et de la Terre. La domi­na­tion entre humains a les mêmes raci­nes que la domi­na­tion de la nature. Le patriar­cat, le sexisme, le racisme et l’eth­no­cen­trisme doi­vent lais­ser la place à une vision par­te­na­riale des rela­tions inter-humai­nes. En dégra­dant ou en détrui­sant des non-humains, nous dis­qua­li­fions aussi notre iden­tité humaine. Plus géné­ra­le­ment, la Terre que nous habi­tons, n’est pas qu’un sup­port maté­riel, non plus qu’une sim­ple bio­sphère, c’est notre écou­mène. C’est la Terre en tant qu’elle est habi­tée par l’huma­nité, et c’est aussi l’huma­nité en tant qu’elle habite la Terre. L’écou­mène est une réa­lité rela­tion­nelle.


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