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Le capitalisme en robe de bure

Geneviève Confort-Sabathé

La con­ver­sion poli­ti­que par­ti­cipe du même fonc­tion­ne­ment men­tal que la con­ver­sion reli­gieuse. Rien d’intel­lec­tuel, seu­le­ment des méca­nis­mes affec­tifs, de pri­va­tion, de peur, de cul­pa­bi­lité, de ras­su­rance et d’abso­lu­tion.

Grâce au G20, Lon­dres fut la capi­tale de la Révé­la­tion. Cette fois, c’est sûr, le capi­ta­lisme est solu­ble dans l’eau béni-oui-ouite. Le lavage de cer­veau pla­né­taire peut com­men­cer.

Le lavage de cer­veau s’arti­cule autour de deux prin­ci­pes : la déstruc­tu­ra­tion de la per­son­na­lité anté­rieure, par la pri­va­tion de con­tacts exté­rieurs, et la recons­truc­tion de la per­son­na­lité autour d’une idéo­lo­gie nou­velle, façon­née par les con­tacts retrou­vés.

Qu’importe que l’idéo­lo­gie soit erro­née ! La foi est plus belle que Dieu. Les médias fana­ti­sés auraient fini par voir Bill Gates mar­cher sur l’eau.

Ray­mond Aron avait cru démon­trer que l’idéo­lo­gie com­mu­niste était de ces opiums dont on fait les pipeaux. Mais il avait feint d’igno­rer, en bon  pro­phète libé­ral, que l’idéo­lo­gie du Mar­ché triom­phant, si elle n’était pas la fin de l’His­toire, tenait de la para­bole pour enfants bien nour­ris. 

Le pro­blème du lavage de cer­veau, c’est l’entre-deux. Entre l’ancienne et la nou­velle croyance, l’angoisse règne. 

Les bons apô­tres du G20 n’avaient que cela en tête : cal­mer l’angoisse des peu­ples. En mora­li­sant le capi­ta­lisme, dénon­çant les infâ­mes para­dis fis­caux, les icô­nes ver­tueu­ses et sou­rian­tes avaient à coeur de nous faire oublier leur res­pon­sa­bi­lité dans le désas­tre qui embrase le vil­lage glo­bal. 

“Après tout, faute avouée est à moi­tié par­don­née” susur­rent les diri­geants des vingt pays les plus riches, dési­reux de négo­cier les indul­gen­ces de la popu­lace. “A moi­tié, seu­le­ment !” hur­lent les peu­ples exas­pé­rés devant cet acte de con­tri­tion média­tisé à outrance. 

Car enfin, les papes du Grand Capi­tal ne se fus­ti­gent, ne s’auto-fla­gel­lent, ne se mou­char­dent qu’avec élé­gance et devant les camé­ras de télé­vi­sion du monde entier. Tant pis, si cette élé­gance de bazar méprise les mil­lions d’affa­més qui suc­com­bent à la crise du suren­det­te­ment des gavés.

Devant les actes de rési­pis­cence des éli­tes mor­ti­fiées, les peu­ples éber­lués s’inter­ro­gent sur cer­tai­nes mesu­res sus­cep­ti­bles de doper l’ave­nir. Et sur­tout la plus emblé­ma­ti­que d’entre elles : publier une liste des para­dis fis­caux et sanc­tion­ner ceux qui ne res­pec­tent pas le code de bonne con­duite. On ne sait rien des sanc­tions : deux Ave, trois Pater, qua­tre Je vous salue, Pro­fit ? 

La pla­nète off­shore devrait logi­que­ment choi­sir l’Evan­gile selon Saint-Tho­mas, un tra­der maté­ria­liste qui ne croyait que ce qu’il pal­pait. 

Taper un bon coup de règle sur les doigts des pro­fi­teurs ne suf­fi­sant pas à res­tau­rer la con­fiance des peu­ples furi­bonds, les apô­tres du G20 se sont fen­dus d’un coup de pouce au FMI, his­toire de flui­di­fier le dia­lo­gue social.

Le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal qui s’est employé, pen­dant vingt ans, à met­tre en faillite les pays les plus pau­vres en appli­quant les métho­des des suren­det­tés du Nord, dis­pose, désor­mais d’un gros bud­get. Que va-t-il en faire ? S’occu­per de déman­te­ler le crime orga­nisé trans­na­tio­nal, s’atta­quer avec féro­cité aux exploi­teurs des res­sour­ces miniè­res des pays les plus fra­gi­les, rem­pla­cer le sala­riat par le revenu dis­tri­bué ?.

Les éco­no­mis­tes qui avaient prévu l’effon­dre­ment du capi­ta­lisme, s’inquiè­tent du temps néces­saire pour impo­ser une vraie régu­la­tion au mons­tre froid. Des années. au mini­mum!

En atten­dant, les peu­ples seraient bien ins­pi­rés de main­te­nir la pres­sion sur les poli­ti­ciens. Les peu­ples de l’Union euro­péenne, eux, vont être appe­lés aux urnes dans quel­ques mois. Qu’ils boy­cot­tent et refu­sent le mar­ché de dupes d’une élec­tion, basée sur l’omni­puis­sance de la Com­mis­sion et de la Cour de Jus­tice, et la donne peut en être dura­ble­ment chan­gée. 


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