Dernière mise à jour 22/11/2017

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Lézan 2011 : l'idée de convergence a fait le plein d'énergie

D’aucuns pourraient se demander ce que Netoyens a pu bien aller faire à cette « Convergence citoyenne pour une transition énergétique » et pourquoi cet événement et pas un autre alors que les événements politiques de cette nature désormais pullulent en période estivale. Comme les festivals de spectacles vivants, en effet, les universités d’été de ci et de ça se multiplient laissant apparaître un tourisme citoyen ou militant qui mériterait que l’on s’interroge sur notre rapport à la politique.

La réponse réside dans une certaine continuité de la réflexion et de l’élaboration des idées pour ne pas dire une certaine fidélité dans le campagnonage. Comme vous le savez, nous étions présents en juillet à Notre-Dame-Des-Landes et à cette occasion nous avions pu poursuivre la discussion avec les organisateurs de Lézan 2011 entamée à Nant en avril dernier. Nous y avons fait des propositions et à notre grande surprise, nous avons été invité quelques jours avant d’intervenir dans un atelier dont on découvrait tardivement l’intitulé :

« Approche systémique des luttes :
quelles mobilisations, quelle coordination ?
».
À Palassissi Takpilem

Pour nous, le titre montrait sans doute une incompréhension qui confinait au malentendu. Mais qu’à cela ne tienne, loin de vouloir refuser cette provocante invitation, nous préférions tenter l’inespéré. Les collectifs anti-gaz de schiste organisateurs de l’événement n’avaient apparemment pas froid aux yeux en nous engageant dans une telle voie de réflexion mais ils savaient sans doute ce qu’ils faisaient en situant cet atelier dans le cadre d’une session intitulée « Controverses » qui, de surcroît, allait se dérouler entre 14h00 et 15h30, c’est à dire en pleine digestion et en plein cagnard (plus de 40 même à l’ombre d’un chapiteau). Cet atelier allait tenir toutes ses promesses et apporter son lot de visages interloqués au delà de toute espérance.

La chair de poule avait l’odeur de grillé, je répète, la chair de poule avait l’odeur de grillé…

Personne n’a encore oublié Millau 2000 et Larzac 2003, deux événements sans précédent attribuables à ce que l’on appelle encore l’altermondialisme héxagonal. Plusieurs centaines de milliers de personnes ainsi réunies dont des figures médiatiques du mouvement social et du rock français qui avaient, par leurs présences, contribué à un véritable phénomène populaire laissant à chacun, au moment même où on se les remémore, les poils hérissés sur une chair de poule grillée par le soleil.

Cette fois-ci, les visages et les figures médiatiques brillèrent par leur absences et 15000 personnes sur toute la durée de l’événement ne font même pas plusieurs dizaines de milliers c’est à dire même pas vingt fois moins qu’il y a 8 ans. À commencer par Fabrice Nicolino qui fut à la fois le précieux lanceur d’alerte qu’on connaît et l’inventeur de cette Convergence énergétique mais aussi de José Bové dont on sait l’effet d’amplification médiatique de l’alerte et démultiplicateur de l’afflux des masses. Que s’est-il donc passé pour que les deux compères brillent autant par leur absences ?

L’enquête fait ressortir, il fallait s’en douter, que l’échéance de ces foutues Les Présidentielles 2012© pesait son poids de caca-huètes. Une grande différence qu’on qualifiera volontiers de fondamentale avait opéré tous ses effets. Depuis Millau 2000 et Larzac 2003 en effet, sieur JB avait pris sa carte auprès d’un parti politique écololow qui s’était doté, non sans mal, d’une candidate en la personne d’Eva Joly. On dira ce que l’on voudra mais il faudrait en effet être le dernier des idiots pour accepter d’organiser un événement pouvant rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes qui ne se ferait pas sous la bonne bannière, électorale dans le cas présent.

D’autant qu’en l’occurrence, l’idée de convergence que portait sieur Nicolino avait quelque chose de subversif aussi bien dans le périmètre « des-luttes-des-luttes-des-luttes-! » sociales et écolos que dans celui de l’électoralisme bon teint : si JB a finalement fait irruption dans le domaine politico-électoral c’est en dépit d’avoir pu entraîner avec lui le mouvement social comme il le souhaitait encore en 2007, un mouvement qui, voulant de plus en plus agir en politique, ne tombait pas pour autant dans le piège de l’électoralisme. À ce tarif, comment raccrocher les wagons des luttes quand, d’un coté, les catastrophes de toute nature se multiplient et s’emballent, et qu’on banalise, de l’autre, l’échéance électorale en l’annualisant et démultipliant les offres faussement concurrentielles. Mission impossible ? Certainement, même pour JB.

Pas question de « convergence énergétique » !

Entre divergence de vue et conflit d’intérêt, chacun tirait à soi la bannière des urgences dont on sait qu’elle peut rendre fou :
- Pas le temps ! Trop compliqué ! Mais d’accord pour approfondir le mouvement anti gaz de schiste… rien que le gaz de schiste ! In my backyard, revendiquait pour finir le larzacois d’adoption.
- Si c’est comme ça que tu vois les choses, ce sera rien du tout ! Il n’y a pas que les intérêts d’EE-LV qui comptent. On ne peut pas faire l’impasse sur Fukushima et le problème que posent les agrocarburants, ici et ailleurs, que tu connais aussi bien que moi et dont tu ne parles jamais…. Et on ne peut pas tout miser sur Les Présidentielles 2012© !, répondait l’autre.

Incidemment, on oubliait donc au passage l’agriculture et les transports, on faisait l’impasse sur la nécessité de faire naître de véritables médias alternatifs (table ronde initialement prévue le jeudi 25 août) et on éludait toutes les autres luttes qui méritent tout autant que l’on s’y intéresse : la multiplication des projets d’extension de porcheries comme celle des autoroutes partout en France, la prolifération des algues sur les rives bretonnes, les 45 000 radiés par le Pôle Emploi, le surenchérissement des loyers, les délocalisations, etc… Le grand barnum du grand n’importe quoi et de la fuite en avant systématique, en somme. Mais on ignorait que tous les collectifs présents ne renonceraient pas à faire droit à ce désir tant chéri de convergence et pour certains, au désir d’avenir que cela pouvait signifier.

Ce fut donc sans les autres et surtout sans nos deux compères que l’événement allait s’organiser avec les moyens du bord et dans un temps record mais… dans les Cévennes. À contrario, avec eux, bien des irruptions culottées auraient été littéralement écrasées par leurs présences. Il aurait été dommage en effet de passer à coté de l’énergie libre et de la cameline sauvage présentées comme autant de solutions à tous nos problèmes excepté celui que pose justement l’idée tenace et tellement trompeuse que d’avoir de l’énergie gratuite à profusion serait LA solution.

De la convergence ! Oui mais pour aller où et pour quoi faire ?

Quand Netoyens a eu connaissance de l’initiative, nous nous sommes penchés sur le berceau de tous les désirs militants pour nous demander au fond ce qu’en l’occurrence, convergence pouvait bien vouloir dire. Très vite on se rend compte que la convergence, comme la roue qui tourne, peut avoir sa force centrifuge ou, comme les intérêts bien compris, sa force centripète. En clair, la convergence peut tout aussi bien être ouverte à l’altérité pour trouver sans a priori, sans idées préconçues et en tout cas sans idées arrêtées, un endroit de convergence jusque là inconnu comme elle peut être jalouse de son initiative et vouloir que tout converge vers elle pour ne pas dire à ses pieds. Et de se demander : de quel coté de la vergence faut-il aller pour que le « con » exulte ?

L’événement était en effet à l’initiative du grand mouvement des collectifs anti gaz de schistes. Grand, surprenant et suffisamment irruptant pour contenir un gouvernement adepte convaincu de l’efficacité des magouilles réglementaires et de l’omerta assumée mais un mouvement apparemment désarmé devant ce même gouvernement capable en outre de mensonges législatifs éhontés. Il fallait donc plus de monde, il fallait le renfort du grand nombre pour essayer de faire basculer le rapport de force avant de s’épuiser définitivement comme pouvait en témoigner les non moins courageux et tenaces membres du mouvement breton contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes… qui dure depuis 40 ans. Qua-ran-te-ans !

Des luttes et des désirs pour des réalités

C’était donc sans compter sur le désir de convergence centripète des anti-nucléaires dont le mouvement ne parvient pas, même après Tchernobyl et Fukushima à percer le mystère de la nucléocratie française, suffisamment en tout cas pour parvenir à le faire battre en retraite comme on a pu le faire en allemagne ou en italie. Eux aussi ont grand besoin de renfort à l’instar des travailleurs du nucléaire qui étaient venus à Lézan réclamer fort courageusement et sans aucune peur du paradoxe, qu’on les aide à obtenir de nouvelles embauches au nom de l’amélioration légitime de leurs conditions de travail et de la sécurisation des centrales. C’était aussi sans compter sur les gens de NOPALME dont le mouvement peine à décoller alors que le projet de raffinerie de Port-La-Nouvelle continue sa course folle, à bas bruit, à la faveur d’une stratégie de coups tordus et diviseurs à peine dissimulés. De même pour ceux de Notre Dame des Landes. La liste des désireux pourraient ainsi s’allonger longtemps. On s’en tiendra là.

En définitive, le constat était, avouons le, un peu effrayant car, si on poussait l’exercice de ces Convergences énergétiques un peu plus loin, on se demanderait très vite où est passé le catalogue des innombrables luttes de France et de Navarre - mais existe t-il seulement ? - dans lequel, en ces temps de consumérisme effréné, chacun pourrait puiser selon ses intérêts, ses affinités ou tout simplement ses moyens pour repartir avec son propre plan de lutte(s)… et bientôt sa sélection de convergences (?). Absurde sans doute mais pourtant terriblement logique, suffisamment pour qu’avec un peu de patience, on finisse par y venir.

« Pour résoudre un problème, il faut élever le niveau de conscience de ce problème » Albert Einstein

Face à une telle situation, le système en vigueur joue sur du velours et au nom de la Résistance - dont nous sommes les héritiers impénitents - tellement indispensable pour arrêter les forages en tout genre, de Bretagne ou du Larzac, mais qui laisse le «progrès» aux adversaires et aux ennemis, on ne pouvait prétendre à rien d’autre que d’obtenir de chacun une meilleure conscience des enjeux de la lutte portée par son voisin venu… converger.

On était là, citoyens et militants aux pieds nus déambulant sur un sol brûlant qu’on découvrait riche de gaz et de pétrole, dans une campagne cévenole irradiée de soleil du levant - Fukushima !… mon amour ! - au couchant - Plogoff !… reviens ! -, au bord d’un Gardon chétif et assoiffé, nous étions tous las à des années lumière d’une prise de conscience collective élevée au niveau du problème que pose la complexité d’un système sénile paradoxalement endurci par la démultiplication de vieilles luttes qu’il sait endurer depuis environ deux siècles et qui ne sont que les symptômes décomposés d’un seul et même interminable déclin. No pasaran en 1936 est devenu No gazaran en 2011. Résistance ! Ne lâchons rien ! So watts ?! Tesla ?

En définitive, l’inévitable synthèse aura conclu au mieux sur la nécessité d’une synergie voire d’une intégration des luttes sans se risquer à dire comment elles peuvent être mise en œuvre autrement qu’à l’énergie. Mais laquelle au fait ? Une revendication parmi d’autres, sans doute velléitaire quand on voit ce qu’attend les citoyens poussés et dopés au militantisme une fois retourné sur le terrain glorieux des innombrables batailles qui se joueront de plus en plus dans des prétoires, nous prédit-on.

Comme dirait l’autre, à force d’approfondir les luttes, on va bien finir par trouver du pétrole ! Gaz de schiste, huile de palme raffinée ou fusion de MOX tout aussi bien, ce qui serait, pour les collectifs organisateurs de Lézan 2011, absolument contre-productif. En attendant, le procès en intellectualisme a de nouveau eu lieu mais l’idée - non idéologique ! - de convergence a fait le plein d’énergie. C’est toujours ça de pris pour organiser la prochaine Convergence.

Attention tout de même à ce que le syndrome des Restos du coeur ne vienne pas vous frapper vous aussi… les ami-e-s.




Lire aussi :
Citations :

Nous n’avons fait que fuir
Nous cogner dans les angles
Nous n’avons fait que fuir
Et sur la longue route
Des chiens resplendissants
Deviennent nos alliés.

> Nous n’avons fait que fuir - Bertrand Cantat - 21 juillet 2002

Le Monde, à tour de roue

Frôle un but après l’autre
Misère ! dit la Hargne
Où le fou nomme un Jeu
> Nietzsche - Gai savoir - poème dédié à Goethe

Là où croît le péril
Croît aussi ce qui sauve…
> Hölderlin

Notes:

[1

(…) Cette réalité nouvelle a fait évoluer les grands questionnements, comme le souligne Eric Jousse, présent à ces rencontres « le slogan « un autre monde est possible » est obsolète », il convient aujourd’hui de dire «  un autre système est nécessaire ».
En effet refuser l’exploitation des gaz de schiste, exiger de sortir du nucléaire c’est faire le choix d’un autre avenir. C’est faire le choix d’une autre société qui ne peux pas se satisfaire d’aménagements à la marge.
Consommer, produire différemment de l’énergie c’est vivre autrement. Ca passe forcément par consommer moins d’énergie, donc gaspiller moins à tous niveaux, donc consommer moins aussi. C’est se déplacer autrement, c’est se chauffer autrement, etc ;, etc ; la liste est longue.


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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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Commentaires (1)

Dindon de la farce Dindon de la farce ·  25 mai 2012, 13h37

Dépuis le 18 mai, un appel à l’aide est lancé pour… recenser au mieux les luttes « contre les grands projets inutiles » : http://forum-gpii-2012-ndl.blogspot…
Logique !

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