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Rire jaune

Mabesoone_LM_05-01-12.jpgDemain, c’est « vendredi jaune » !

En souvenir de ce maudit vendredi 11 mars, il y a 300 jours, portons des vêtements jaunes ou des rubans jaunes, mettons-nous aux couleurs de l’antinucléaire japonais !

Ce matin, je me suis rendu, avec ma fille, à notre centre municipal pour jeunes enfants habituel afin de jouer avec elle mais aussi, pour apporter quelques documents à une amie sage-femme qui y travaille. Tout d’abord, le fameux graphique du très officiel ICRP, qui met en évidence qu’une ingestion chronique de 10 Bq de césium 137 par jour conduit, au bout de 600 jours, à 1400 Bq en permanence dans le corps [1].

Ensuite, l’article célèbre – traduit en japonais - du Pr Bandajevsky mettant en évidence les pathologies non-cancéreuses observées dans le cadre de ce type de contamination interne [2].

Mon amie sage-femme m’a promis de placer ces documents bien en vue, au «  coin documentation ».

Ensuite, je rencontre dans la salle de jeux, une vieille connaissance : le type même de « la mère de famille qui s’en fout » ou qui fait semblant de se moquer du problème de la contamination. Dès qu’on évoque le sujet, elle fait une drôle de tête puis repart sur un autre sujet. Ce genre de parent doit représenter un petit dixième des mères de l’Est du Japon. C’est la majorité des parents, en revanche, que l’on trouve dans l’Ouest et dans le Sud.

Elle commence par me dire :

« J’ai acheté une machine à faire le pain ! ».

Alors, je me surprends à rêver… Aurait-elle décidé, comme beaucoup de parents, comme nous-mêmes, de faire enfin son pain elle-même pour être sûre de ne pas consommer de la farine japonaise contaminée ?

Elle ajoute, à ma stupeur :

« Tu sais, nous, on tient absolument à ce que ce soit du pain 100% farine japonaise, c’est bien meilleur au goût ! Grâce à cette machine, les enfants (1 et 4 ans) raffolent du pain tous les matins »

Je ne savais comment réagir… entre le « rire jaune » et la tristesse.

Bien sûr, je ne veux surtout pas passer pour un « ayatollah » de l’antinucléaire et de l’anti-radiations. Je sais, par expérience, que c’est déjà assez fatigant d’être parents de jeunes enfants en travaillant tous les deux dans un contexte comme celui de 2011 à l’Est du Japon. Mais cette femme ne travaille pas et, surtout, elle a déjà trouvé le temps de faire son pain elle-même !

Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne jettera jamais un œil sur les documents que j’ai fourni au « coin documentation » du centre.

Je ne suis pas un « activiste ». Même si j’avais le temps de le devenir, je n’en ai pas le goût. J’essaie seulement de trouver un peu d’énergie pour aider mes amis parents, dans une période difficile pour le Japon. Et j’essaie aussi d’éviter un second accident ou un remake tragique à Fukushima - la piscine du réacteur 4 par exemple - pour nos enfants, en soutenant la dénucléarisation du Japon au travers de ce mouvement des vêtements jaunes et du ruban jaune.

Mais, parfois, on se sent bien désarmé face à « l’inertie du monde ».


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Laurent Mabesoone

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