Last site update 18/09/2020

To content | To menu | To search

Don Quichotte et poudre de perlimpinpin

Mabesoone_LM_06-01-12.jpgAujourd’hui fut un « vendredi jaune » bien rempli pour moi et ma fille…

Le pull jaune de ma petiote n’était pas sec, donc elle était en gris, mais je pense avoir défendu les « couleurs antinucléaires » pour deux !

Tout d’abord, avec ma petiote sur le siège-bébé du vélo, je me suis rendu, par les routes enneigées, à une école maternelle un peu éloignée du centre de Nagano afin de rencontrer une amie puéricultrice que je n’avais pas revue depuis plusieurs mois. Je voulais lui remettre un des tout derniers exemplaires de notre recueil de « haïkus antinucléaires » APRES FUKUSHIMA. 

Cette puéricultrice est particulièrement sensible à la question car sa soeur est avocate dans l’étude de Me Hiroyuki KAWAI, le plus célèbre avocat « antinucléaire » au Japon - sorte de « Don Quichotte » le plus craint par la Tepco - qui est aussi « l’homme qui a réussi à faire stopper la centrale de Hamaoka », comme on l’appelle ici.

Seulement, depuis que Me Kawai a remporté plusieurs procès contre le lobby nucléaire, il ne voit plus venir à lui aucun contrat de la part des grandes sociétés japonaises : presque toutes sont plus ou moins liées au nucléaire. Si vous demeurez à Tokyo et que vous avez besoin d’un avocat en droit des affaires, utilisez donc les services de Me Kawai : il est excellent et c’est justement à cause de cela qu’il manque de travail !

Ensuite, je suis rentré à la maison : ma poudre de pectine de pomme était enfin arrivée ! La pectine végétale a pour vertu d’ « enrober » les radionucléides de césium radioactifs absorbés par le corps et de contribuer à leur élimination. Elle est reconnue par de nombreux scientifiques depuis au moins dix ans (Nesterenko, Bandajevsky, Fernex, etc) , mais il est difficile de lancer un protocole pharmaceutique sur ces questions [1]

Cela faisait trois semaines que j’attendais la livraison par mon fournisseur trouvé sur internet : il doit y a voir une « ruée sur la pectine », depuis que la télévision publique NHK a consacré une émission à ce nutriment (Cf. la photo du jour) [2] .

Les délais semblent encore plus longs pour ceux qui tiennent à se procurer de la pectine de pommes certifiée d’Aomori, région normalement assez peu contaminée. La mienne est « sans mention de provenance », mais il s’agit d’un nutriment consommé en peu de quantité, sachant par ailleurs que presque toutes les pommes japonaises viennent de Aomori ou Nagano, alors… 

Bref, 1 à 3 grammes par jour suffisent mais c’est du long terme. Cette cure coutera environ 5000 yens (50 euros) par an et par enfant, ce qui est acceptable pour nous. Une petite cuillère de cette « poudre de perlimpinpin » naturelle, inodore, acide et visqueuse, sera désormais dans la tasse de thé indien (!) de notre fille à chaque petit déjeuner.

Ce qui m’a beaucoup fait rire, c’est le « cadeau » qui était joint à l’envoi : un sachet de tubercules de lotus (renkon) frits. Fabriqué dans une zone contaminée au Nord de Gunma à partir de tubercule de lotus dont 90% de la production de ce légume provient du « hot spot de radioactivité » de Tsuchiura (département d’Ibaraki), « capitale des racines de lotus ! » où l’on mesure entre 60 000 et 100 000 Bq de césium au m2 dans le sol.

On nous envoie donc un nutriment pour éliminer le césium accompagné de confiseries pleines de césium en « cadeau » ! Ceci symbolise bien l’attitude des « Japonais moyens » dans cette période étrange : «  on ne change rien même si tout a changé par amour de la paix sociale ».

Je me suis rendu ensuite à mon « centre pour les jeunes enfants » habituel, au coeur de Nagano. J’y ai retrouvé mon amie Mme I., avec laquelle je travaille à la préparation du premier centre de mesures citoyennes de radioactivité alimentaire à Nagano. Nous avons beaucoup échangé sur des sujets techniques très importants dont le choix du deuxième moniteur de becquerel de notre centre. Ce sera certainement un appareil de conception japonaise très récente, très performant mais aussi très couteux : 20 000 euros !. Nous prévoyons aussi sa participation prochaine à un stage de formation technique sur ce sujet.

Tout en jouant à la dinette avec sa fille de 2 ans et la mienne de 3 ans, nous parlions césium 134, 137, Kalium 40, logiciels spécialisés, indices de calculs, durée de vie des radionucléides, épaisseurs de couvercles de plombs anti-rayons gamma, etc. Tout à fait surréaliste ! Mais j’ai senti, au fond de mon coeur que nous étions tous deux fermement décidés à nous battre, même modestement, pour chaque enfant qui mérite d’être sauvé de la maladie.

Notes :

[1]  http://www.dissident-media.org/infonucleaire/pectine.html

[2]  http://www.amazon.co.jp/gp/product/B0058MLJXW


Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Rate this entry

4.89/5

  • Note: 4.89
  • Votes: 9
  • Higher: 5
  • Lower: 4

Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

Stay in touch with the latest news and subscribe to the RSS Feed about this category

Comments (2)

Etienne servant Etienne servant ·  06 January 2012, 18h22

Le bleu de Prusse contre le césium radioactif
Moins connu que le comprimé d’iode, le bleu de Prusse est un colorant composé de fer et de cyanure. En cas d’accident nucléaire, cet élément chimique est « susceptible de complexer le césium 137 », explique François Chast, chef du service de pharmacologie-toxicologie de l’Hôtel-Dieu, à Paris. En d’autres termes, « comme les griffes d’un félin, il peut enserrer la structure de l’isotope radioactif. Ainsi, l’organisme ne fixe pas la substance dangereuse ce qui permet d’annuler ou au moins de minimiser ses propriétés toxiques ».

Je ne connais pas les quantité nécessaires mais c’est le seul traitement efficace…

Janek Janek ·  07 January 2012, 13h52

Le seul traitement efficace…
C’est pas très rassurant parce que le bleu de Prusse n’est disponible que sur ordonnance médicale.
Et heureusement ce n’est pas très juste non plus puisque la pectine de pomme est réellement efficace pour purger le corps du cesium radioactif. ^^

Au passage, il existe un article scientifique sur les effets du bleu de Prusse (ou ferric hexacyanoferrate) sur les vaches de Chernobyl:
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?…
Il y a quelque chose qui m’a interpellé dans cet article: pendant trois jours, les selles des vaches se chargent en cesium radioactif. Pas de problèmes, il y a bien excrétion. Mais 9 jours plus tard, les scientifiques mesurent une élévation de la radioactivité dans le plasma, le sang et le CO2 excrété. Je me demande ce que ça veut dire et quels sont les effets sur la santé. Est-ce que le cesium commence à dégorger des cellules au bout de 9 jours?

En tout cas si vous savez où se procurer du bleu de Prusse, je suis preneur!

Add a comment This post's comments feed


You might also like

EPR-consomme-milliards.jpg, mar. 2020

EPR : le gouvernement profite de la crise du Coronavirus pour accorder quatre ans de plus à EDF

Un décret publié au Journal officiel accorde un nouveau délai à EDF pour tenter de mettre en service le réacteur maudit en chantier à Flamanville depuis 2008

Continue reading

Fukushima-ruban_jaune-Seegan.jpg

Énergie : «Il faut que tout change pour que rien ne change»

Ces derniers mois, les noms d’Orano, Enedis et Engie ont respectivement remplacé les marques Areva, ErDF et GDF-Suez, ringardes ou déconsidérées. On ne peut que penser à la célèbre réplique “Il faut que tout change pour que rien ne change” de Tancrède dans le roman “Le Guépard”, popularisé par Luchino Visconti dans le film éponyme sorti en 1963.

Continue reading