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De la caco-télé-phonie

Il fallait s’y attendre. La téléphonie mobile en France, plus que dans bien d’autres pays «civilisés», est un tel fléau qu’elle est devenue une aliénation. Aliénation parce qu’elle contribue à la réclusion des utilisateurs-consommateurs dans un univers de communications tordues par les appareils, détournées par les écrans et les écouteurs. Quelque soit l’endroit, quelque soit l’instant qui mérite pourtant d’être vécu pour ce qu’il est, on préfère l’illusion de l’ubiquité, le blabla téléphoné et le SMS, pour un oui, pour un non… et tirer la langue en fin de mois, étranglé par la corde mensuelle des forfaits de plus en plus ruineux. Le prix à payer sans doute pour être libre de rester en permanence…. pendu au téléphone.

L’engraissement des bourreaux

Aux États-Unis, la même industrie est dépassée. Le phénomène est devenu une telle habitude que les réseaux saturent et ne suivent plus la demande tant et si bien que les opérateurs reviennent sur les contrats réglementant les forfaits «illimités» (la blague !). Cette régulation par l’offre du marché ne tardera pas à venir en France. Vive le marché… de dupes !

Mais le pire ce n’est pas tant l’obésité qui guette les actionnaires de plus en plus goinfrés par le produit de la traite assidue du capital réticulaire de la téléphonie mobile. Il faut bien plus craindre les effets socialement et psychiquement destructeurs d’une communication interpersonnelle qui se réduit aux échanges bidirectionnels et compulsifs, ceux-là même qui envahissent l’espace public au point de rendre invivable le moindre déplacement par les moyens d’un transport en commun ou un autre.

La ménagère de moins de 50 ans…. ringardisée

Pire encore, c’est de comprendre que ce ping-pong communicationnel effréné qui donne l’illusion d’être informé, sur le coup et partant l’illusion de rester dans le coup (1), s’opère par de plus en plus de messages courts dans un charabia sans doute très inventif.

140 caractères maximum ! C’est la limite imposée par le modèle du SMS que l’on pousse désormais sur le devant de la scène des pratiques pour des impératifs d’économie en arguant d’une très hypothétique gratuité. Il caractérise de plus en plus des usages reléguant la vie commune, la vie partagée, la vie collective aux chiottes de la ménagère de moins de 50 ans dont le lexique si précieux au modèle économique de TF1 s’avère désormais totalement dépassé, racorni, ratatiné.

TF1 est ringardisé et ses parts de marché plongent dans les tréfonds de l’audimat, faut-il s’en plaindre ? Certainement pas. Mais il eu fallu dans le même temps s’en méfier. Car la logique des affaires aux dents longues et aux appétits insatiables n’a pas d’autre borne que le coût de l’implantation d’un émetteur d’ondes carrées indispensable à la dernière mode - l’UMTS - qu’ils appellent le «3G» pour rendre la mauvaise blague plus sexy. Le consommateur maintenant, veut et exige, de l’interactif et du multimédia. C’est ce que les opérateurs disent et finissent par obtenir par la force d’un “marketage” toujours plus assidu, la coupe du monde de Coca Soda en ligne de mire.

Qu’à cela ne tienne, la filiale télécom de Bouygues et ses principaux complices de la téléphonie mobile - SFR et Orange - sont là pour tirer les marrons de ce feu électromagnétique.

Des micro-ondes que l’on ajoute aux micro-ondes

On pensait avoir fait le tour de la question et avoir décrit l’enfer social et la charge psychique qu’un lâché sauvage d’opérateurs de téléphonie mobile aura causé en à peine plus d’une décennie. Eh bien non, le marché toujours à l’affût observe maintenant les outrances de la caco-télé-phonie mobile ambiante et, pour en tirer un nouveau profit, l’industrie civile prend exemple sur l’industrie militaire pour fournir l’outil de contre-mesure qui va bien : le brouilleur.

Et aux excédés naïfs de tomber dans le panneau de la fuite en avant technophile. À l’heure de la sortie des classes, coincé derrière un 4x4 stationné en triple file devant l’école du coin, on préfèrera s’armer du « tazer téléphonique » et viser sans quitter son volant la malotrue de moins de 50 ans, le mobile calé sur l’oreille gauche et le clope, tour à tour, au bec ou au bout de la main droite. La com’ une fois interrompue, la ménagère étonnée voire énervée amusera le retraité impatient en offrant en prime le spectacle de son agacement.

La tendance est lourde et vraiment fâcheuse. Comme il est acquis que les micro-ondes de la téléphonie mobile ne sont toujours pas officiellement nocives, il n’y a donc pas d’objection à laisser apparaître sur le marché un engin qui n’aurait aucune utilité si on avait un usage raisonné du téléphone et partant, si les gens trouvaient bien plus simple et bien moins couteux de se parler directement, sans artifice de médiation… ce genre d’artifice qui peut vous valoir 450 euros d’amende si votre manie de brouiller venait à déranger le business des opérateurs. Au lieu de ça, les micro-ondes des « cell phone jammers » s’ajoutent aux micro-ondes des « cell phones » et le brouillard des radiations s’épaissit chaque jour un peu plus pour vous embrouiller la tête bien plus que pour la libérer.

Cette modernité de la béquille technologique sur laquelle une industrie mortifère prélève sa dîme à chaque seconde qui passe, touchera comme d’autres auparavant, tôt ou tard, son point d’obsolescence et de ringardise. En attendant, comme devant l’école, dans les classes, on ne rigole plus, on s’électro-bastonne.

L’école et le dernier cri technologique

Que sont devenus les adultes responsables de l’avenir du monde ? On ne sait plus trop. Épousant la doctrine bienfaitrice du consumérisme, ils ont trouvé que coller une laisse électronique à leurs enfants était «une bonne chose». Pour leur sécurité bien sûr, comme l’indiquaient les prospectus et la doxa journaleuse spécialisée dans le High-Tech nourrie par les commanditaires de ces mêmes prospectus.

Si les adultes que sont censés être les parents trouvent ainsi la paix de l’âme, grand bien leur fasse. On est en droit d’en douter. La loi du boomerang et du retour de l’âne bâté que l’on croyait prodigue de la famille ne tardera pas à produire ses effets. Dans la classe, en effet, leur progéniture trouve dans le micro-onde portatif un dérivatif qui dilapide les énergies les plus positives et les chances qui nous restent de voir le monde sauvé un jour de la bêtise humaine.

Fatigués de devoir passer de plus en plus de temps à créer les conditions normales de l’étude en classe, un nombre croissant d’enseignants semble désormais refuser d’aller au conflit avec les élèves surtout s’il est promis à la dérive physique. Le contraire leur vaudraient de toute manière les pires ennuis. Résignés devant tant d’aberrations, ils renoncent à l’acte éducatif élémentaire et finissent eux aussi par investir avec leur propre argent dans un brouilleur pour tenter de reprendre le cours normal de l’exercice de leur métier, celui pour lequel nous les payons.

Devant cette nouvelle anomalie, que feront les autorités de l’Éducation Nationale et, au premier chef, le ministre Chatel ou son prochain successeur alors que le gouvernement est en train de supprimer 16 000 postes d’enseignants ? Puisera t-il en outre dans les caisses de nos impôts ou creusera t-il encore la dette de l’État pour financer de plus en plus de barbelés, de caméras de surveillance et de présences policières dans les écoles et, cette fois, en vue d’équiper chaque enseignant de «l’arme fatale anti-portables» ?

La solution semble se trouver du coté des options choisies par l’administration pénitentiaire. Elle consiste à disposer un émetteur capable de brouiller - en continue - l’ensemble des communications passées dans tout l’établissement. Mais comme « pour l’instant personne ne sait ce qui se passe réellement avec les ondes  », on préfère coupler l’émetteur à un détecteur d’appel qui déclenchera les fonctions de brouillage dès que nécessaire.

Devant autant de précautions on rêverait presque du même traitement pour nos enfants si on ne comprenait pas dans le même temps que la motivation ici tient à ce qu’il serait préjudiciable qu’un détenu décède d’avoir trop reçu de radiations électromagnétiques. Préjudiciable certes, mais quand on voit l’état des prisons et le taux de suicide des détenus, ce serait préjudiciable pour qui ?


  1. Brouilleurs : l’arme fatale antiportables - rue89.com
  2. À propos de «la blessure d’information [ce] vieux mensonge qui se transmet depuis l’aube des civilisations : Être informé modifierait le cours de la vie.» in Les médias et l’indifférence,  Jacques Gonnet - PUF 1999

Dernières nouvelles (04 août 2010) :
  1. Téléphonie, la dure réalité du business - Next-Up.org

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Éric Jousse

Author: Éric Jousse

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Comments (4)

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  14 September 2013, 01h16
« Les brouilleurs d’ondes se vendent bien auprès des particuliers », explique la responsable d’un magasin en ligne. Les acheteurs s’en procurent pour différentes raisons : « pour une utilisation dans les transports en commun ou les lieux publics. On rencontre également des parents qui souhaitent que leurs enfants ne puissent plus communiquer lorsqu’il est l’heure de dormir ou encore des professeurs qui veulent éradiquer le portable des classes. » Lire la suite
Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  05 April 2014, 17h07

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