Dernière mise à jour 24/09/2017

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Demain le monde ? - 1

« Ne pas se rési­gner pas­sera par le renon­ce­ment à un monde
au béné­fice d’un autre à inven­ter.»

France Inter-Débat entre Susan George et Henri Guaino, 15 sept 09

On entend de plus en plus sou­vent dire que l’alter­mon­dia­lisme n’est plus. Il est vrai qu’on en entend plus vrai­ment par­ler. Est ce que les médias bou­dent ce mou­ve­ment poli­ti­que inter­na­tio­nal ? Est-il réel­le­ment en phase de déclin comme on le laisse enten­dre ? Rien est moins sûr.

On l’a vu encore ces der­niers jours notam­ment avec l’inter­ven­tion dans le 7/10 de France Inter de Susan George (Pré­si­dente d’hon­neur d’Attac) dans un débat avec Henri Guaino, con­seiller spé­cial de mon­sieur Nico­las Sar­kozy, pré­si­dent lui aussi mais de la Répu­bli­que Fran­çaise. Ce débat cher­chant à faire le bilan au terme d’une année de crise fut inté­res­sant parce qu’il a pu met­tre en évi­dence l’impor­tance de l’ana­lyse alter­mon­dia­liste, ces pré­vi­sions mais aussi ces pro­po­si­tions.

À tra­vers une entre­vue en plu­sieurs volets dont nous publions ici le pre­mier, nous vous pro­po­sons d’illus­trer si l’en est besoin la richesse de ce mou­ve­ment poli­ti­que mon­dial. Nous situons la réflexion autour d’un débat qui a cours en son sein depuis quel­ques mois enga­geant une ana­lyse his­to­ri­que du mou­ve­ment et sur­tout sa mise en pers­pec­tive.

Valé­rie Duviol pour Netoyens.info : On peut bien dire que per­sonne n’a jamais entendu par­ler de ce débat qui met en oppo­si­tion la notion d’alter­mon­dia­lisme avec l’alter­mon­disme. Pour­tant, ce débat même con­fi­den­tiel nous inté­resse dans la mesure où, nous cher­chons à oeu­vrer uti­le­ment à l’éla­bo­ra­tion col­lec­tive et démo­cra­ti­que d’un nou­veau para­digme. Ce débat per­met de se pro­je­ter dans l’ave­nir tout en tenant compte de toute la com­plexité du moment et de ces urgen­ces. De ce point de vue, nous pen­sons que ce sujet mérite d’être sorti des lieux étroits du mili­tan­tisme que l’on appe­lera «Alter» pour aller vite.


Du capi­ta­lisme d’État et de la glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale : la fin d’un sys­tème ?


Valé­rie Duviol :
Avant de ren­trer dans le vif du sujet, on est bien obligé de s’inter­ro­ger sur le monde dans l’état où nous le trou­vons actuel­le­ment et dont la carac­té­ris­ti­que sans doute la plus mar­quante, avec le dérè­gle­ment cli­ma­ti­que et l’effon­dre­ment de la bio­sphère, est ce que l’on appelle la «glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale». Quand on lit ici ou là ou quand on parle de « la mon­dia­li­sa­tion » n’est ce pas une forme par­ti­cu­lière du capi­ta­lisme que l’on veut décrire ? Dans ce cas, est ce d’une nou­velle forme de capi­ta­lisme que l’on a cher­ché à impo­ser au monde ces 30 der­niè­res années ?

Eric Jousse : Je pense que l’actuelle mon­dia­li­sa­tion qu’on appelle néo­li­bé­rale est en fait la forme la plus abou­tie du capi­ta­lisme. Je crois que Raoul Marc Jen­nar et d’autres par­lent de capi­ta­lisme finan­cia­risé afin de le dis­tin­guer de ce qu’on a pu con­naî­tre avant guerre, le capi­ta­lisme « à papa », un capi­ta­lisme indus­triel pater­na­liste for­te­ment con­noté ensuite par le For­disme. La finan­cia­ri­sa­tion de l’éco­no­mie, sa libé­ra­li­sa­tion, sa déré­gu­la­tion et son cor­tège de déré­gle­men­ta­tions auront pro­duit et décliné le capi­ta­lisme dans sa forme la plus abou­tie, très cer­tai­ne­ment.

Mais le capi­ta­lisme a jusqu’ici tou­jours cher­ché à tirer pro­fit de cha­que situa­tion et cha­que phase d’adap­ta­tion a trouvé son abou­tis­se­ment avant de rebon­dir à nou­veau face à une situa­tion nou­velle. C’est l’idée que l’on a com­mu­né­ment de lui. Cette plas­ti­que, cette sou­plesse adap­ta­tive mérite cepen­dant qu’on l’inter­roge car, loin d’être natu­relle, il se trouve aussi une loi his­to­ri­que qui veut qu’il n’y a pas d’orga­ni­sa­tion sociale qui ne per­dure ad vitaem. Pour­quoi notre bonne vieille “5ème Rep” comme le capi­ta­lisme “der­nier cri” feraient excep­tions ?

Arrivé en ce début de mil­lé­naire, ce qui me sem­ble sou­hai­ta­ble, c’est de ne pas lais­ser une chance au capi­ta­lisme «Gore» de s’y essayer. Pour­tant le Gre­nelle dont Al Gore veut une édi­tion mon­diale aura servi à son pro­chain renou­vel­le­ment.


V.D.
 : Tiens tiens ! Al Gore, l’écolo-libé­ral, serait aussi alter-mon­dia­liste ?

E.J.  : C’est une bonne ques­tion.


V.D.
 : Ce que nous venons tout juste de dire revient pour moi à se poser la ques­tion sui­vante : est ce que l’alter­mon­dia­lisme est fon­da­men­ta­le­ment anti­ca­pi­ta­liste ? On sait, par exem­ple, que cer­tains «Alters» sont favo­ra­bles à une réforme de l’OMC mais pas à sa sup­pres­sion. Si être alter­mon­dia­liste c’est vou­loir une autre forme de mon­dia­li­sa­tion, la réponse tend à être néga­tive : l’alter­mon­dia­lisme n’est pas anti­ca­pi­ta­liste.

E.J. : C’est une ques­tion qu’on peut se poser mais que je ne me pose plus vrai­ment tant elle me paraît ina­dap­tée à la situa­tion non pas immé­diate mais en puis­sance. Je ne veux pas pour autant l’élu­der.
On vou­drait dire par là que «l’autre mon­dia­lisme» serait aussi la quête d’un autre capi­ta­lisme ? Pour­quoi pas. À ce compte là, il sera néces­sai­re­ment accom­pa­gné d’une dyna­mi­que colo­ni­sa­trice (un autre modèle pour le monde) et dans la pra­ti­que, cet autre capi­ta­lisme ne peut être que celui tirant pro­fit d’une ruée vers l’or vert. Je n’en vois pas d’autre. Et tel que je le vois venir, il n’a rien de salu­taire. Il est même à pros­crire. D’ailleurs, je me demande s’il est seu­le­ment pos­si­ble et c’est parce que je n’y crois pas vrai­ment - sauf à som­brer dans un néo­féo­da­lisme et la bar­ba­rie fut-elle moderne - que cette ques­tion pour moi n’est pas pre­mière.


V.D.
 : Néo­co­lo­nia­lisme, néo­féo­da­lisme, bar­ba­rie «der­nier cri »… mais pour­quoi la mon­dia­li­sa­tion se pro­lon­ge­rait néces­sai­re­ment par un capi­ta­lisme «vert» ou «Gore» ?

E.J. : Il est vrai que la mon­dia­li­sa­tion ne se réduit pas au capi­ta­lisme même si elle y a puisé sa force et son abou­tis­se­ment pour pren­dre une revan­che sur les «30 glo­rieu­ses» : réta­blis­se­ment des taux de pro­fits notam­ment par le trans­fert de 12% de PIB des salai­res vers les divi­den­des entre bien d’autres cho­ses. Cet exem­ple est pris dans la réa­lité éco­no­mi­que et fis­cale de la France mais c’est une carac­té­ris­ti­que évi­dente de la Révo­lu­tion con­ser­va­trice que d’avoir tout fait pour répar­tir les riches­ses issues des PIB en favo­ri­sant les plus riches. C’est aussi une aug­men­ta­tion sans pré­cé­dent de la pro­duc­tion de riches­ses sur le dos du plus grand nom­bre et de la pla­nète. C’est cette ampli­fi­ca­tion dou­blée d’une accé­lé­ra­tion de la pro­duc­tion qui nous met face à une situa­tion de grand dan­ger. Il faut bien com­pren­dre que ce que nous con­nais­sons de plus clin­quant, ici en France, est loin d’être vala­ble par­tout. Ce que nous vivons, nous le savons depuis long­temps, n’est pas géné­ra­li­sa­ble nulle part, ni en France, ni ailleurs : pour ne par­ler que de trans­port, ima­gine t-on seu­le­ment pos­si­ble de faire rou­ler tous les jours 2 ou 3 mil­liards d’auto­mo­bi­les en plus des camions, des avions et des super tan­ker ? Ce gas­pillage plé­tho­ri­que n’a d’égal que la pré­ca­rité de son mode de réa­li­sa­tion et par­tant de sa réa­lité même. Il est bien plus pro­ba­ble de le voir dis­pa­raî­tre sans qu’on n’y puisse rien que de l’éten­dre en cha­que point du globe et pour tout le monde. C’est d’ailleurs ce qui va se pro­duire très vite.


V.D. : On vient de fêter (façon de par­ler) le pre­mier anni­ver­saire de la plus impor­tante crise mon­diale, une crise finan­cière d’abord mais sans doute aussi sys­té­mi­que. L’OMC, le FMI, la Ban­que Mon­diale, L’OCDE, tou­tes ces ins­ti­tu­tions qui ont oeu­vré à la der­nière mon­dia­li­sa­tion en date, à cette Révo­lu­tion con­ser­va­trice dont cer­tains béné­fi­cient et la plu­part endure, toute cette orga­ni­sa­tion est-elle réfor­ma­ble ?

E.J. : Je ne le crois vrai­ment pas. Deux socia­lis­tes sont à la tête des deux plus fameu­ses d’entre elles, sans doute les plus influen­tes. L’Orga­ni­sa­tion Mon­diale du Com­merce est diri­gée par Pas­cal Lamy et le Fond Moné­taire Inter­na­tio­nal par DSK, deux ex-mem­bres socio-libé­raux du Parti Socia­liste fran­çais . On ne les pré­sente plus. Sérieu­se­ment, que nous est-il pos­si­ble d’espé­rer ?

Les débats au sujet de la réforme de ces ins­ti­tu­tions me sem­blent vains et sur­tout le temps presse. L’OMC et le FMI ont fabri­qué de toute pièce cette mon­dia­li­sa­tion. On n’oubliera pas au pas­sage la Ban­que Mon­diale ainsi que l’OCDE et le G8. Rien de démo­cra­ti­que dans tout ça, soit dit en pas­sant. La finan­cia­ri­sa­tion de l’éco­no­mie a fait en sorte que cette mon­dia­li­sa­tion là se soit tota­le­ment affran­chie de toute moda­lité de régu­la­tion qui assu­rait une répar­ti­tion des riches­ses jadis socia­le­ment tena­ble. Lamy et DSK ne pour­ront éven­tuel­le­ment modi­fier ce fonc­tion­ne­ment qu’à la marge avec peu ou pas d’effet étant donné l’échelle d’appli­ca­tion. Mais, le plus grave, c’est que ces ins­ti­tu­tions ont été mises au ser­vice d’une mon­dia­li­sa­tion qui a mon­tré ses limi­tes. Elle est main­te­nant abso­lu­ment con­tes­tée, pour ainsi dire, de l’inté­rieur. Je pense à Sti­glitz, pour ne citer que lui.

Mon pro­pos est le sui­vant. Quand un modèle est à ce point domi­nant, tota­li­taire et imprè­gne cul­tu­rel­le­ment les socié­tés jus­que dans l’inti­mité de cha­que indi­vidu même les plus défa­vo­ri­sés. Quand on cons­tate qu’il est inca­pa­ble de se sor­tir de sa «dia­go­nale du fou», il faut voir dans quel mer­dier - pour par­ler vul­gai­re­ment - il nous met­tra à terme quand sa course folle finira dans le mur. Ce dont il est ques­tion c’est de trou­ver la voie pour l’en empê­cher. Je crois que ce qui est devant nous est sans pré­cé­dant même s’il y a des res­sem­blan­ces fla­gran­tes avec ce que notre civi­li­sa­tion a déjà subit entre les années 1920/30 et les années 1940/50, cri­ses aux­quel­les désor­mais il fau­drait arti­cu­ler les con­sé­quen­ces de la fin du pétrole bon mar­ché, c’est à dire avant même son épui­se­ment défi­ni­tif et de manière immi­nente si l’on en croit l’ASPO et même depuis peu l’AIE, les effets du dérè­gle­ment cli­ma­ti­que et l’effon­dre­ment de la bio­di­ver­sité. N’élu­dons pas les con­sé­quen­ces socia­les, socié­ta­les, cul­tu­rel­les et démo­cra­ti­ques. C’est en cela que nous voyons venir une crise sys­té­mi­que. Cer­tains par­lent même d’une crise anthro­po­lo­gi­que.

L’hypo­thèse d’une réforme de ce sys­tème - par exem­ple par sa mora­li­sa­tion - équi­vau­drait à de l’achar­ne­ment thé­ra­peu­ti­que appli­quée à une civi­li­sa­tion occi­den­tale domi­nante, domi­na­trice, qui voit poin­dre sa fin logi­que, le fameux mur. L’hypo­thèse pour moi la plus pro­ba­ble est qu’il n’est pas donné aux humains de pou­voir arrê­ter ce sys­tème devenu dément et sénile. Je veux dire par là que les pen­seurs et acteurs res­pon­sa­bles de la glo­ba­li­sa­tion sont mar­qués par une cécité quant à l’état du monde et d’un aveu­gle­ment idéo­lo­gi­que de plus en plus incom­pré­hen­si­ble sauf à obser­ver que les fon­de­ments sont main­te­nant datés et ana­chro­ni­ques, obso­lè­tes si l’on pré­fère. Ces défen­seurs et ser­vi­teurs zélés, par­fois même achar­nés, sou­tien­nent que ces res­sorts sont natu­rels. C’est au moins une erreur de le pen­ser. C’est sou­vent et sur­tout un men­songe. Mais ce que l’humain ne saura pas faire ou bien plu­tôt ici défaire, la nature est en voie de le pro­vo­quer, avec per­tes et fra­cas. Ce sys­tème est en train de péri­cli­ter. Il aura vécu 30 ans toute sa splen­deur. La fête est finie.


V.D. : À ce moment, une ques­tion d’ordre plus phi­lo­so­phi­que peut être abor­dée. De la même manière qu’on pour­rait se deman­der si l’homme peut être son pro­pre sau­veur, la nature peut-elle l’être aussi ? Pré­ci­sons : Les dérè­gle­ments cli­ma­ti­ques peu­vent être tels, qu’au final, ils ne per­met­tent qu’à la nature et seu­le­ment à elle de sub­sis­ter. Au bout du compte, la nature se sau­ve­rait donc elle-même ?

E.J. Même une fois déna­tu­rée par les acti­vi­tés anthro­pi­ques moder­nes encore en vigueur, ces acti­vi­tés de “fau­teur d’entro­pie” comme les qua­li­fiait Claude Lévi-Strauss, pour se don­ner lui-même comme cause d’une dégra­da­tion irré­mé­dia­ble des cho­ses, acti­vi­tés que l’on cher­che par tous les moyens à relan­cer, la nature n’aura jamais besoin des humains pour quoi que soit. Elle existe et nous en fai­sons par­tie. Si on la laisse tran­quille, si on ne fait rien pour l’en empê­cher, là où nos acti­vi­tés ont entrainé sa dété­rio­ra­tion même avan­cée, à plus ou moins long terme, elle se régé­nère. Si la vie a rendu l’exis­tence des êtres humains pos­si­ble ça ne signi­fie pas pour autant qu’elle n’est pas pos­si­ble sans nous. Bien au con­traire. Depuis trois siè­cles nous la mal­trai­tons jusqu’à excé­der sa pro­di­ga­lité et ce fai­sant, nous mena­çons nous même l’espèce humaine. Je ne doute pas que si l’espèce humaine dis­pa­rais­sait, la nature serait à même de se refaire une santé sans nous vivants.

Par ailleurs, je ne vois pas en effet que la nature nous enlève quoi­que ce soit. Je ne fais pas d’anthro­po­mor­phisme con­trai­re­ment à cer­tains éco­lo­gis­tes. Elle ne cher­che pas à nous punir même de tant d’excès à ses dépens. Pour ne pren­dre que cet exem­ple, il res­tera tou­jours dans un coin des mers quel­ques thons en nom­bre suf­fi­sant pour régé­né­rer l’espèce même si elle est suf­fi­sam­ment en voie de dis­pa­ri­tion pour que nous ne puis­sions plus en pêcher pour nous en nour­rir.

Nous som­mes, nous les humains, res­pon­sa­bles des con­di­tions de vie que nous choi­sis­sons et pour être plus exact, parmi nous, il se trouve une petite cli­que mal­fai­sante, un poten­tat de plou­to­cra­tes déments et for­ce­nés, qui por­tent cer­tai­ne­ment la res­pon­sa­bi­lité pri­mor­diale du sort qui nous attend. Nous ne som­mes pas obli­gés ni de les sui­vre ni de les subir et il est grand temps que nous le réa­li­sions car beau­coup va se jouer dans la décen­nie qui vient.


V.D. : Reve­nons à cette crise d’ordre sys­té­mi­que. Face au vide d’orga­ni­sa­tions adé­qua­tes, face au vide même que notre civi­li­sa­tion pour­rait lais­ser, ne fau­drait-il pas se deman­der ce qui peut pren­dre la suite et anti­ci­per tout ce qui peut encore l’être dans cette pers­pec­tive ?

E.J. : Je crois avoir déjà décrit ce que l’on pou­vait crain­dre mais pour être un peu plus pré­cis encore, don­nons l’exem­ple de ce qui me sem­ble être vain. Cela con­sis­te­rait non pas à se poser la ques­tion du “Com­ment chan­ger le monde dans le capi­ta­lisme ?” ce qui n’a pas de sens mais éven­tuel­le­ment l’inverse : “Com­ment chan­ger le capi­ta­lisme dans un monde qui impose à nou­veau ses limi­tes ?”. Hor­mis le fait qu’il essaie déjà de sor­tir de la crise dans laquelle le capi­ta­lisme s’est fourré lui même, notam­ment par le déver­se­ment de cen­tai­nes de mil­liards d’euros sur les mar­chés moné­tai­res par les ban­ques cen­tra­les ou équi­va­lents, un tel pro­jet est-il seu­le­ment sou­hai­ta­ble ? Je ne le crois vrai­ment pas.

D’un point de vue social d’abord, on ne voit pas pour­quoi il chan­ge­rait les équi­li­bres acquis ces 30 der­niè­res années, des équi­li­bres lar­ge­ment en sa faveur gagnés au béné­fice d’un chô­mage de masse dura­ble, un niveau de chô­mage (années 80) qui est qua­si­ment aussi ancien que la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale (1973, le pré­si­dent Allende alerte le monde lors d’un dis­cours à l’ONU). Et quand je parle ici d’acquis je veux faire remar­quer que durant cette période le capi­ta­lisme, tout en con­tes­tant par tous les moyens ce que l’on appelle les acquis sociaux, a réussi à ren­ver­ser la logi­que de telle sorte qu’il faut réa­li­ser main­te­nant que les acquis ont changé de camp. Il faut savoir en tirer les con­sé­quen­ces.

Du point de vue éco­lo­gi­que, on ne peut pas dou­ter qu’il pui­sera dans les res­sour­ces jusqu’à la lie en détrui­sant au pas­sage le cli­mat et en épui­sant la bio­di­ver­sité. Il ne sait, n’a jamais su et ne saura jamais faire autre­ment. C’est con­gé­ni­tal et pour par­ler plus juste c’est dans la logi­que pro­pre d’un capi­ta­lisme indus­triel et pro­duc­ti­viste mû et poten­tia­lisé par une éco­no­mie finan­cia­ri­sée et glo­ba­li­sée. Le résul­tat est une catas­tro­phe sys­té­mi­que et pla­né­taire que nous voyons se dérou­ler sous nos yeux si on veut bien la voir.

Quant à l’éco­no­mie fon­dée sur les ser­vi­ces et la déma­té­ria­li­sa­tion dont on entend de plus en plus par­ler, c’est pour le moins pure fumis­te­rie, pure fou­taise. C’est de la dés­in­for­ma­tion, de la pro­pa­gande, un moyen de con­di­tion­ne­ment pour nous faire accep­ter la bagnole élec­tri­que éti­que­tée “verte” et le mode de vie qui va de paire, c’est à dire au fond, rien de bien dif­fé­rent que ce que nous vivons depuis les années 60/70. Au lieu d’une déma­té­ria­li­sa­tion il s’agit bien au con­traire d’une hyper­ma­té­ria­li­sa­tion dopée par les nano­tech­no­lo­gies, cette illu­sion qu’en fai­sant plus petit on con­som­mera moins de res­sour­ces fos­si­les ou non renou­ve­la­bles. Ces tech­no­lo­gies du micro­sco­pi­que relè­vent de la même logi­que et enga­gent les mêmes res­sorts éco­no­mi­ques que le nucléaire et les OGM. Dire cela n’est pas fait pour faire peur mais il n’empê­che que ça fait peur. Un trait com­mun entre les trois, c’est que ce sont des tech­no­lo­gies de l’invi­si­ble, de l’ino­dore et de l’inco­lore. Elles échap­pent à tous nos sens. De quoi ren­dre para­noïac, c’est cer­tain. Mais il est bien plus pro­ba­ble que nous les subis­sions sans rien en savoir et sans rien y com­pren­dre. Posons-nous la ques­tion. Qui les déve­lop­pent et qui a les moyens de leur con­trôle ? Encore une ques­tion adres­sée à la démo­cra­tie.


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