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Débrancher ?

Mabesoone_LM_07-01-12.jpgAujourd’hui, avec ma femme et ma fille, je me suis rendu a une station de ski de la banlieue nord de Nagano-ville – Iizuna, site des compétitions de ski « free-style » aux JO de Nagano en 1998.

La luge de la petite était jaune, couleur antinucléaire, bien sûr !

Ensuite, nous sommes allés nous détendre auprès d’une source thermale volcanique toute proche. Mais je ne peux pas dire que j’étais vraiment détendu. Motif ? Le tableau qui figure à gauche de la photo du jour.

Le professeur Kunihiko TAKEDA qui exerce à l’Université du Chubu a été exceptionnellement alarmant hier soir sur son célébrissime blog [1].

Il est un ancien directeur de centrale nucléaire « repenti » et ses analyses - de moins en moins relayées par la télévision - sont très suivies sur internet. M. TAKEDA est très inquiet du fait que les données officielles de la préfecture de Fukushima – reprises par le Ministère des sciences et de l’éducation – atteste une recrudescence des rejets radioactifs dans l’air par la centrale de Fukushima Daiichi.

Depuis l’automne jusqu’à la fin du mois de décembre on relevait, pratiquement chaque jour, un « Non Détecté » ou bien quelques Méga Becquerels de césium au km carré. Or, tout d’un coup, on est revenu aux niveaux de l’été dernier. Avec, le 2 janvier, plus de 400 Mbq/km2 de césium 134 & 137… en une journée !

Il semble que le niveau soit redescendu depuis mais il est toujours très au-dessus du niveau de ces derniers mois. Le plus inquiétant, c’est que le Ministère a annoncé jeudi soir que les données ne seraient désormais plus disponibles les samedi et dimanche ainsi que les jours fériés. La raison invoquée ?  « Il n’y a plus de changements importants dans le volume des rejets » ! On croit rêver !

Bref, lundi prochain étant un jour férié, la Tepco et le gouvernement se sont donnés trois jours pour « arranger un problème », sans que cela ne se voit trop.

Quel problème ?

Sur internet, on parle beaucoup bien sûr du séisme de niveau 4 qui a frappé la centrale le 1er janvier dernier. La piscine du réacteur 4, déjà chancelante, serait peut-être en train de s’effondrer à la suite de ce nouveau séisme. On pense aussi aux révélations de Tomohiko SUZUKI et la piste d’une fuite des canalisations de refroidissement provisoires est possible : on sait quelles sont en plastique, il fait -6 degrés en ce moment le matin à Fukushima et on sait que les tubes en plastique explosent quand ils gèlent…

M. Hiroaki KOIDE de l’Université de Kyoto, nous met en garde depuis plusieurs mois : la piscine du réacteur 4 peut s’effondrer à tout moment. Alors, si le niveau de l’eau de refroidissement baisse, les barres de combustible qui y sont stockés se retrouveront vite au contact de l’air, fondront et disperseront des quantités de radionucléides plusieurs fois supérieures à tout ce que nous avons connu jusqu’à présent.

M. TAKEDA, dans son blog, a déjà démontré qu’aucune centrale nucléaire n’avait résisté sans accident à un séisme de niveau 6 ou plus à l’instar du séisme de 2007 à Kariwa [2] .

Dans le cas d’une piscine déjà très délabrée, le séisme de niveau 4 du premier de l’an pourrait avoir suffit. Sinon, dans l’avenir au moins, un séisme de niveau 5 suffirait largement, toujours selon TAKEDA.

Alors, réfléchissons de façon posée. Le démantèlement du réacteur 4 et sa piscine prendra au moins 30 ans aux dires de la Tepco. Dans les 30 années à venir, est-il possible d’éviter une seule secousse de niveau 5 (shindo 5) à Fukushima Nakadori ? C’est absolument impossible. Conclusion : le scénario évoqué par M. KOIDE, plus haut, est pratiquement inévitable.

Voilà ce à quoi je pensais, en jouant à la luge avec ma fille. Le portable toujours a portée de main pour obtenir des informations rapidement en cas d’effondrement de la piscine du réacteur 4.

Il nous reste deux jours de « week-end long » ; je ne sais pas si je ne ferais pas mieux de débrancher mon portable de temps en temps…


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Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

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Comments (5)

ardr ardr ·  07 January 2012, 21h48

A la lecture de cette nouvelle chronique, mon esprit ma rappelle celle, où il y a plusieurs jours, vous écriviez les raisons qui vous ont poussé à faire le choix de demeurer vivre au Japon. Même si celles ci sont naturellement respectables et compréhensibles, ne craigniez vous pas une existence soumise à autant de risques, et qui peut parfois vous priver de cette tranquillité d’esprit si précieuse lorsqu’il s’agit de consacrer sa journée, son weekend, à son enfant ?

Embrassez bien fort votre petite Line, et recevez tout mon courage.

Janek Janek ·  08 January 2012, 07h10

Je rejoins Ardr sur son commentaire.
Cette situation atroce me fait beaucoup trop penser au journal de Anne Franck. A l’histoire de cette famille juive qui a choisit d’ignorer la monté du fascisme et de vivre comme si de rien n’était… jusqu’à sa déportation. Même les juifs qui ont résisté, comme dans Mila 18, n’ont pas réussit à survivre au massacre.
Je sais que je ne resterai pas plus d’une année au Japon. J’espère qu’aucune catastrophe ne se produira d’ici là. Vous en avez déjà parlé dans un autre billet, je sais que vous ne quitterez pas le Japon. Mais pourquoi ne pas aller vous installer dans le Kansai? Ou sur l’île de Kyushu? Autant d’endroit qui sont mieux protégés contre la radioactivité. D’un autre côté je vous dis ça, mais moi aussi je suis bloqué à Tokyo pour mon travail et je ne pourrai pas bouger facilement.
En tout cas merci encore de publier ces billets réguliers. Et bon courage pour la suite!

edrobal edrobal ·  08 January 2012, 15h07

“Le démantèlement du réacteur 4 et sa piscine prendra au moins 30 ans aux dires de la Tepco”
Je pense que c’est le démantèlement du réacteur 4 qui prendra au moins 30 ans. Vider la piscine prendra moins longtemps mais combien ?

Janek Janek ·  08 January 2012, 16h00

Combien de temps pour vider la piscine? Si tu parles de l’eau, je crois hélas que c’est déjà fait:
http://fukushima-diary.com/2012/01/…

Octopus Octopus ·  08 January 2012, 17h19

Le Japon pour moi c’est fini ” - 08/01/2012 05:46
Haruko Sakaguchi, professeur de français près de Fukushima, témoignait hier sur son vécu du nucléaire à Saint-Gervais.

Courage !

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