Dernière mise à jour 19/11/2017

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Pour pouvoir s'abstenir, il faut s'inscrire !

vote-abstention.jpgOn l’a dit maintes fois déjà ici et ailleurs, comme tout autre vote qu’il soit nul, blanc ou pas, l’abstention est un droit !  Certains conservateurs antilbéraux, ordolibéraux ou protofascistes, comme jadis l’Abbé Seyes le théorisait, voudraient en faire une obligation sous peine d’amende. Ce serait une régression majeure dans le cheminement vers cette démocratie toujours en projet et sans cesse menacée. Pour autant, faut-il ne pas apparaitre ou disparaître aussi des listes électorales ? Voir !

Les abstentionnistes ont bien des motifs pour ne plus vouloir déposer un bulletin dans une urne électorale ou une autre. Pour autant, alors qu’ils sont de plus en plus nombreux et de plus en plus souvent majoritaires parmi les citoyens - c’est-à-dire en l’occurrence parmi les personnes qui ont acquis le droit de voter - il est bien évident que pour être aussi nombreux “à ne pas daigner se déplacer”, ils ne sont pas moins déterminés politiquement pour se rendre à cette supposée passivité ou indifférence que les importants de la caste des oligarques, politiciens corrompus, chiens de garde médiatiques et autres donneurs de leçons démocratoïdes veulent bien leur prêter.

Que peut bien valoir de plus, en effet, le choix au hasard du bulletin qui sera glissé dans la boite les yeux fermés, le nez pincé et le souffle coupé après avoir pris une grande respiration ? Combien de votes par défaut, combien de vote contre ? Combien de votes exprimés sous la dictée de la contrainte économique ou celle d’un argument d’autorité ? Combien de votes dans l’inconscience d’un acte pur et simple de légitimation sans poids politique réel ?

Cependant, pour que le vote abstention soit pris réellement par le décompte électoral, il faudrait qu’un quorum soit exigé c’est-à-dire qu’un nombre minimal de voix soit obligatoirement recueilli sans quoi l’élection pourrait être annulée et reconduite. Or, et c’est bien ici que réside le véritable problème, le code électoral en vigueur ne prévoit qu’une seule contrainte réelle : pour emporter une élection, un candidat doit avoir convaincu plus de la moitié non pas des inscrits sur les listes électorales mais la moitié des votes considérés comme exprimés. Tout un micmac électoral éloignant d’autant la perspective d’une démocratie réelle puisque en l’état actuel, des élections sont validées donc considérées comme démocratiques alors que l’élu.e a parfois recueillie l’assentiment de moins de 20% des inscrits soit une ultra-minorité d’électeurs potentiels (36% pour Hollande aux Présidentielles 2012 ©).

Que soit dit ici en passant, si les votes nuls et blancs sont bien dénombrés séparément au terme de chaque scrutin électoral, ils ne sont pas mieux considérés que l’abstention puisqu’ils ne participent pas au calcul permettant de déterminer cette fameuse “moitié plus une voix” décisive dans l’élection d’un candidat. Autrement dit, ils ne servent à rien d’autre que légitimer l’élection du gagnant ou de la gagnante. C’est d’ailleurs une différence majeure avec l’abstention : bien que les votes nuls et blancs ne pèsent rien, ils apportent quand même toute la caution des votes prononcés au système électoral en vigueur et au régime qui ne manque pas de s’en repaître. L’abstention, elle s’en défend.

C’est donc bien là l’importance de l’abstention : ne plus légitimer tout un système, en l’occurrence, celui que la 5ème République accepte encore de soutenir en l’organisant. Et, qu’on se le dise, ne plus le légitimer du tout, c’est aussi se résoudre à ne plus se déplacer même lors du premier tour.

Si, comme il faut bien l’admettre, l’abstention comme le vote nul ou blanc n’ont absolument aucun poids en ce bas monde électoral, il a une valeur certaine et est porteur d’un potentiel politique réel du fait même qu’il se refuse, pour le moins, à légitimer tout un système. Mais cela ne peut advenir que s’il ne renonce pas à sa condition citoyenne et travaille en conscience à la portée politique dont il peut être le levier. Pour cela, il faut encore que les citoyens désireux de s’abstenir le jour d’un scrutin soient tout de même inscrits sur les listes électorales.

Pour le dire plus simplement, le vote abstention n’existe que par sa citoyenneté c’est-à-dire notamment par le désir et la volonté préservée d’une participation qu’initie l’inscription sur les listes électorales. L’inscription est la condition nécessaire de cette expression politique assumée qu’est l’abstention sans laquelle elle disparaitra complètement des radars notamment médiatiques et donc disparaitra aux yeux du monde.

Que qui peut puisse !

Pour s’inscrire : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/R16396

http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/approfondissements/droit-vote-obligation-pour-certains-pays.html

 


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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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Commentaires (4)

edrobal edrobal ·  02 février 2017, 09h52

L’abstention est un signe de désespoir, faut-il s’en réjouir et en rajouter ?

Ericj Ericj ·  04 février 2017, 10h30

1) Désespérant de ne voir jamais que la bouteille à moitié vide. S’inscrire, n’est ce pas comme qui dirait… “un point de départ” ?
2) 50% de désespérés, sur longue période, dans toutes les démocraties libérales du monde, ça n’existe pas.

Stop ou encore ?

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  18 février 2017, 00h11

Ça donne quand même pas mal à réfléchir de voir ça !

Lecteur vidéo intégré
Suri4 Suri4 ·  23 février 2017, 01h48

Désespérés, unissez-vous ! (avec les naïfs)

Source : La-bas si j’y suis

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