Dernière mise à jour 13/11/2018

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Énergie : «Il faut que tout change pour que rien ne change»

Ces derniers mois, les noms d’Orano, Enedis et Engie ont respectivement remplacé les marques Areva, ErDF et GDF-Suez, ringardes ou déconsidérées. On ne peut que penser à la célèbre réplique “Il faut que tout change pour que rien ne change” de Tancrède dans le roman “Le Guépard”, popularisé par Luchino Visconti dans le film éponyme sorti en 1963.

L’idée, vieille comme le monde, est de changer les apparences pour continuer à s’en mettre plein les poches tout en trompant, volant, polluant (au choix ou, le fin du fin, en faisant les trois en même temps).

Les géants de l’énergie ne sont pas précurseurs à ce jeu de bonneteau : on se souvient par exemple de la Compagnie générales des eaux, célèbre pour avoir distribué du liquide tant sous les tables que dans les tuyaux, qui s’est renommée Vivendi puis Véolia.

Ces nombreux changements de nom n’ont pas seulement pour conséquence d’enterrer les errements des dirigeants industriels, ils embrouillent aussi les citoyens qui ont très logiquement du mal à suivre.

Ainsi, aujourd’hui, Vivendi ne s’occupe plus que de “communication et divertissement”, c’est-à-dire de décérébrer la population, laissant à Véolia les activités de “distribution” et de “valorisation des déchets” (et des ordures !).

De son côté, plombée par les incommensurables échecs de sa “grande prêtresse” Anne Lauvergeon (cf par exemple La Décroissance du mois dernier [1]), Areva s’appelle désormais Orano, une sorte de rapprochement avec la saltimbanque (Nadine) Morano, tout aussi ridicule que l’ex “géant du nucléaire”.

Attention, accrochez-vous, cela va devenir plus compliqué. Souvenez-vous de l’époque pas si lointaine où les choses étaient claires pour tout le monde et faciles à retenir : Électricité de France (EDF) s’occupait de l’électricité et Gaz de France (GDF) du gaz. Ces deux structures n’étaient alors pas des entreprises mais, depuis 1946, de véritables services publics même si, hélas, EDF été ensuite dévoyée et transformée en organisation atomique.

Aujourd’hui, tout a changé. Les grandes manœuvres ont commencé en 2004 : sous la houlette du ministre de l’économie de l’époque, le regrettable Nicolas Sarkozy, Gaz de France est transformée en société anonyme, sous prétexte de la moderniser. En 2008, l’entreprise est fusionnée avec Suez et devient donc GDF-Suez, tandis qu’une entreprise est créée pour gérer la distribution de gaz : Gaz réseau distribution France (GrDF). En 2015, GDF-Suez prend le nom d’Engie.

De son côté, toujours sous l’impulsion du futur mari de Carla Bruni, EDF est transformée en 2005 en une société anonyme, EDF SA, propriétaire des moyens de production (centrales, barrages, etc) et vendeuse d’électricité. C’est peut-être encore aujourd’hui votre fournisseur d’électricité si vous n’avez pas eu la bonne idée de la quitter comme le font désormais plus de cent mille personnes chaque mois.

En 2008, comme précédemment pour le gaz, un distributeur d’électricité est créé, nommé dans un premier temps ErDF (Électricité réseau distribution France) et qui s’appelle depuis peu Enedis.

Le principe de séparation (l’électricité à EDF, le gaz à GDF) est alors supprimé : les deux géants se font face dans les deux énergies et divers concurrent apparaissent comme Enercoop, Direct énergie, des entreprises étrangères, et même d’étranges fournisseurs virtuels qui ne produisent rien mais sont autorisés par la loi à acheter de l’énergie en gros aux grands producteurs pour la revendre ensuite au détail sous leurs propres noms.

Notons déjà une curiosité : les distributeurs GrDF et Enedis sont censés traiter de façon égalitaire tous les concurrents mais ils appartiennent respectivement à Engie et à EDF, lesquels sont logiquement accusés par tous les autres d’être privilégiés.

Autre singularité : l’ancienne entreprise historique du gaz a changé de nom puisque GDF a laissé place à Engie, le distributeur de gaz gardant le nom de GrDF. Mais, dans l’électricité, c’est l’inverse : le producteur historique a conservé son nom (EDF) alors que c’est l’entreprise de distribution qui a été renommée (Enedis). Résultat des courses, sans surprise, la plupart des gens n’y comprennent plus rien et ne savent plus qui est qui et qui fait quoi.

Par exemple, c’est le distributeur d’électricité Enedis qui tente actuellement d’infliger les compteurs communicants (espions et malfaisants) Linky à l’ensemble de la population qui, d’ailleurs, se révolte contre ce programme totalitaire.  Mais beaucoup de gens confondent Enedis et Engie ! Pourtant, l’un est distributeur d’électricité alors que l’autre est principalement producteur de gaz (mais aussi d’électricité, vous suivez ?)

En clair, tout a changé mais rien n’a changé : les noms et les logos ont valsé, mais ce sont toujours les dirigeants qui font n’importe quoi et les citoyens qui comblent les factures.

D’ailleurs, la Cour des comptes vient de publier un rapport tonitruant qui dénonce le fait que le distributeur Enedis va gagner des milliards sur notre dos grâce aux compteurs Linky qui sont donc encore plus nuisibles que nous le pensions.

Ce scandale a été rendu possible par la félonie de la Commission de régulation de l’énergie, une autorité administrative dite “indépendante”. Les membres de cette commission, de véritables parasites au sens biologique du terme, sont très grassement payés pour faire le sale boulot. On trouve même parmi eux une ancienne activiste de Greenpeace : l’époque est médiocre, on a les Tancrède que l’on peut.

 

[1] N° 146 – Enfance en péril

Pages 16 : La chronique antinucléaire de Stéphane Lhomme : Chinoiseries radioactives de Sarkozy à Macron


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Auteur: Stéphane Lhomme

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