Dernière mise à jour 17/12/2017

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Vieilles urgences

Les exemples ne manquent pas surtout à l’approche de nouvelles élections. Encore récemment, Yannick Jadot, ex-Greenpeace entré en politique chez les Verts après avoir été floué par le Sarko-grenelle de l’environnement, a annoncé au cours d’une intervention en vue des élections européennes de 2009 que son parti voulait « coaliser tous ceux qui se retrouveront sur l’urgence écologique, sociale et démocratique ». L’urgence, nous dit le dictionnaire, c’est une situation à laquelle on doit remédier… sans délai.

Mises à jour :
15/05/2008 : Denis Pingaud, vice-président exécutif d’Opinion Way (strategies.fr)
24/08/2010 : Eva Joly : une candidature “Opinionway” ? (arretsurimages.net)

De l’urgence à l’unité…

On connaît la ficelle propagandiste des appels en «urgence» qui veulent discipliner des forces disparates. Quand elle apparaît en dehors d’un contexte ad hoc, l’urgence devient une métaphore prête à servir d’outil d’aliénation.
On trouvera pléthore de témoignages pour dire combien cette injonction fut nuisible à la seule campagne présidentielle «unitaire» s’il en fut, soutenue par les collectifs du même nom. Elle scandait qu’«un autre monde est possible» à grand renfort de coquelicots. Des crysanthèmes en fait.
Pilotée par un petit groupe de personnalités issues d’appareils de la gauche de gauche écolo ou anticapitaliste (1), la campagne des «antilibéraux» se voulait alternative et populaire. En réalité elle fut anti-démocratique, poussive et confidentielle, au contraire de la collecte de parrainages citoyens (2) qui l’a rendue possible.
Unisavecbove.org et les 43000 signataires voulaient d’une autre campagne, «festive et rebelle» comme prévue initialement. Elle devait être portée par un autre slogan : un autre monde est en marche. Mais des faussaires auront usé et même abusé de l’urgence permanente, à première vue pour motiver les troupes et plus sûrement pour étouffer un message semble t-il devenu gênant : possible oui, en marche : stop !
Le jour même de l’officialisation de la candidature «Bové», un nouveau site (josebove2007.org) fut créé et la candidature unitaire ruinée. Résultat : 1,32% (483 076 voix). Un véritable fiasco marketé en coulisse en 2007 par ceux-là même qui portent une responsabilité dans l’échec d’avril 2002.
«Un autre monde est en marche» ? Assurément ! Il suffisait d’allumer le poste et de s’installer confortablement, votre temps de cerveau disponible embrumé par la mousse des produits Ushuaïa, pour voir combien il courait déjà, la gauche rouge-verte derrière et lui, devant les caméras.

Urgences ! What else ?

C’est donc une opération «Grenelle 2» qui s’annonce avec ce projet de liste des écologistes réunis. Nous trouvons-nous dans les meilleures dispositions pour prendre nos responsabilités citoyennes quand un doigt inquisiteur nous enjoint de rallier toujours les mêmes ? Que nous est-il donné d’espérer alors que les méthodes restent antédiluviennes ?
Toutes ces urgences invoquées n’en sont plus depuis longtemps. Il suffit de considérer leur ancienneté. Toutes ces urgences toutes plus urgentes les unes que les autres font des gens de bonne volonté, citoyens actifs, militants sincères et volontaires, de bien piètres brancardiers.
En réalité, nous avons à faire à un processus ancien, complexe et lourd de dénaturation de la vie, amplifié depuis 30 ans par la globalisation d’une économie délirante, une machine systémique désormais entrée en phase d’autodestruction. Au nom d’un «salut» minimal de la planète au service de quelques priviligiés, un néocapitalisme «Gore» s’apprête à regarder effrontément mourir son humanité.
On ne l’arrêtera pas facilement, nous le savons bien. Et pourtant, on invoque sans désarmer le vocabulaire de la trousse de secours. Est ce bien ainsi, dans l’urgence encore, dans l’urgence toujours, que l’on peut arrêter un ouragan comme Katrina, la crise financière des «subcrimes» et suites, la fonte d’un énième glacier du Groenland ou du Tibet, la disparition de dizaines d’espèces animales ou végétales et partant l’effondrement de la biodiversité, les guerres de l’eau, les guerres pour le pétrole et les cités qui s’enflamment ?
Se débarrasser de ce fantasme du bel urgentiste incarné par George Clooney dans la série «Emergency» prêt à tailler la chair du seul geste qui sauve, ne veut pas dire pour autant qu’il faille nier ce phénomène à la fois de convergence et d’emballement des catastrophes dont nous sommes les témoins avertis et par trop incrédules.
Contre cette métaphorisation qui enterre la nécessaire prise de conscience politique sous l’angoisse légitime de lendemains qui déchantent, nous, peuples terriens, n’avons pas d’autres choix que de trouver les ressorts d’une réappropriation du cours de l’histoire.
Il existe des alternatives plus efficaces et plus durables que la prédation et il n’y a pas de fin de l’histoire qui tienne tant que nous sommes vivants.

Démocratie ? D’urgence !

Confronté à l’échec de la financiarisation de l’économie, les financiers réclament maintenant la nationalisation de leurs dettes et, sous couvert d’urgence bien entendu, les politiciens promettent un retour du politique… pour les éponger. Des politiques de choc en l’occurrence (3). De ce point de vue, le discours de Toulon augure d’une sarkocratie aggravée où «prendre ses responsabilités» équivaut à décider chaque jour un peu plus loin des peuples.
Pouvoir répondre à cette menace exige une audace sans précédent, une autre analyse et d’autres moyens que ceux adoptés par l’urgentisme ambiant. Il ne s’agit plus de repousser les débats de fond au profit d’urgences médiatiques sous prétexte d’élections à venir.
Il s’agit de déployer la démocratie sans attendre ni le matin du grand soir ni l’avènement d’un leader, homme ou femme providentiel, fut-il issu de la gauche de gauche. La seule prise de conscience en marche n’y suffira pas. Une véritable bataille pour reconquérir des espaces de liberté et de solidarité doit mobiliser le plus grand nombre.
 Certes il faut faire vite, mais il faut aussi faire mouche. Nous lèverons les hypothèques posées sur notre avenir, à n’en pas douter. La démocratie, la laïcité comme la modernité n’ont rien de commun avec le «dernier cri» du bling-bling.


  1. José Bové tente de structurer ses réseaux politiques pour 2007
    (…) Christophe Aguiton, du syndicat SUD, Yves Salesse, président de la Fondation Copernic, Francine Bavay, des Verts, et Denis Pingaud, proche de Laurent Fabius, vont s’efforcer de structurer une équipe de campagne. Article paru dans l’édition du 25.06.06.
    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-787628,0.html
  2. Relayés par les médias sous le nom de «pétition Bové», plus de 43 000 «parrainages citoyens» recueillis contre toute attente en 10 semaines, ont permis de relancer la candidature unitaire aux Présidentielles de 2007.
  3. La stratégie du choc - La montée d’un capitalisme du désastre, Naomi Klein, Leméac/Acte Sud, 2008.
  4. «Démocratie, direct !», par Minga à paraître dans Le Sarkophage.



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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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Commentaires (2)

Christophe84 Christophe84 ·  27 janvier 2009, 15h56

Oui, Bové "l'anti libéral" aura l'impression d'être utile et bon s'il fait 10% en étant DERRIERE le libéral Conne Bandit sur la liste dont tu parles...Pitoyable :)

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  21 novembre 2017, 00h53

Urgence : que faut-il comprendre ? Que faut-il en faire ?

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