Dernière mise à jour 22/08/2018

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Dans le monde du haïku

Mabesonne_LM_07-11-11.jpgLe printemps dernier, j’ai eu le malheur d’écrire trois ou quatre articles dans des revues et magazines de haïku, plaidant pour la fin du nucléaire au Japon. Depuis, je n’ai plus une seule demande d’article. Autrefois, on me demandait deux ou trois articles par mois pour la presse littéraire ou généraliste.

Dans le monde du haïku, ici, règne l’influence du ministère de l’éducation, des fonctionnaires issus de l’Université de Tokyo et des grands groupes industriels. Cependant, la revue Kaitei, dirigée par le vieux Maitre progressiste Kaneko Tota, m’a enfin demandé « quinze petites lignes » de commentaire d’œuvres contemporaines de mon choix. Voici mon texte où je parle d’œuvres de deux femmes de Fukushima et du nucléaire à la lumière du shintoïsme.

Sur mon ombrelle,
Ils se collent, ils me suivent,
Les radionucléides.
Miki SHIMIZU (Fukushima)

Pour l’instant, il est encore possible d’ignorer la réalité, pour ceux qui ne veulent la connaître, même si les radionucléides sont déjà présents partout autour de nous. Nous pouvons encore les ignorer quelque temps, parce que leurs effets maléfiques ne se sont presque pas manifestes. Pourtant, pour une habitante de Fukushima, telle cette auteure, il y a déjà une présence palpable. Est-ce une intuition féminine, ou cette « sensibilité animiste » développée dans le shintoïsme, qui nous donne à sentir chaque souffle de la Nature ? Le démon est là. Et c’est justement la « sensibilité animiste » de ce pays qui peut le sauver in extremis.

J’ai beau te jeter,
Belle pêche, j’aime toujours
Fukushima.
Rhin NAKAMURA (Fukushima)

Au moins, grâce aux habitants de Fukushima, il nous est possible maintenant de nous remémorer le sens profond d’un mot qui n’existe qu’en japonais : Mottainai. « Mottainai » ne veut pas seulement dire : « Quel gâchis » ! Cela veut aussi dire que : « traiter des objets ou des êtres vivants de façon brutale, c’est un manque de respect envers les dieux et les ancêtres ». Quand l’Homme fabrique de l’électricité en cassant de la matière et en laissant des atomes estropiés, c’est l’extrémité du « mottainai ». On ne peut s’empêcher de penser que les innombrables dieux du shintoïsme en ressentent une sorte de colère. Après tout, aimer chaque fruit du pêcher comme on aime son prochain, c’est peut-être la solution pour en finir avec le nucléaire ?


Post-scriptum

Comment parler de la vie et de l’avenir quand on a vécu une catastrophe nucléaire ? Au Japon, des auteurs ont publié en septembre un recueil collectif de haïkus, ces poèmes japonais extrêmement brefs, pour exprimer leur ressenti, leurs peurs, leurs espoirs. Voici la préface de ce recueil, intitulé « Après Fukushima ».

(Re)lire l’article « Raconter le monde après Fukushima »


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Laurent Mabesoone

Auteur: Laurent Mabesoone

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