Last site update 18/11/2019

To content | To menu | To search

Walter et le sacrifice des générations futures

Walter, retour en résistanceIl y a quelques jours de là j’aurais pu dire que je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer, ni de près ni de loin, un ambassadeur. Curieuse idée me direz-vous ? Et puis, c’est vrai, qu’est ce que cela pourrait bien faire après tout ? Qu’est ce que ce genre de rencontre pourrait bien changer dans la vie d’une femme ou d’un homme ? Sans doute rien ou pas grand chose. Et pourtant, il se trouve qu’en deux jours de temps, j’en ai rencontré deux d’un coup comme jamais auparavant. Deux ou plutôt… au moins deux.

Pour commencer, je me suis trouvé en présence de Mme l’Ambassadrice de L’État plurinational de Bolivie en France au cours d’une réunion publique qui a permis aux malchanceux comme nous qui n’ont pas pu aller à Cochabamba du 19 au 23 avril dernier, de recevoir la parole parfois critique de ceux qui ont pu être parmi les 35 000 citoyens venus de plus de 140 pays à avoir trouvé un intérêt - c’est le critère qu’il faut retenir de nos jours - à faire le déplacement. C’est trois fois plus que le nombre escompté de participants, c’est 5 ou 6 heures d’attente pour recevoir une accréditation. En outre, d’ordinaire ce n’est pas une mince affaire que d’aller dans cette ville de près d’un million d’habitants perchée à plus de 2 500 mètres d’altitude, mais rappelez-vous qu’en cette période d’avril, le fameux «nuage» islandais s’était aussi mêlé de tout faire pour que l’événement capote.

Il n’en fut rien et au final, c’est un ensemble de textes (compte-rendus d’ateliers, Accords et Déclaration Universelle) que nous nous employons en ce moment à traduire et que nous publierons ici dès la semaine prochaine. Bien d’autres notes ont été prises au cours de cette soirée qui s’est terminée en musique un verre de sangria à la main mais je ne retiendrai pour cette fois que la remarque faite par Mme Luzmila Carpio Sangueza en toute fin de son discours, une phrase que nous devrions méditer :

 « Nombreux sont ceux qui disent que nous sommes pauvres mais nous ne sommes pas pauvres.
Ce n’est pas que nous sommes pauvres, non, c’est qu’on nous a appauvri ».

Le lendemain soir, un peu par hasard et surtout sans me douter de rien, je suis allé voir un film dans mon petit cinéma de quartier. Il en reste encore mais celui-là, bientôt, comme de très nombreux autres, il sera démoli. Alors voyez-vous, j’en profite avant qu’un multiplexe vienne le remplacer. Et au cours de cette soirée organisée par Attac, on donnait dans la grande salle étrangement bondée un film sur la Résistance et pour être tout à fait précis, un film sur le programme du Conseil National de la Résistance. 

Au cours de ce film, on y voit des victimes mais aussi leurs bourreaux, des gens totalement inconnus qui laissaient pourtant le sentiment qu’on les avait déjà croisé quelque part. Et puis, on y retrouve des gens qui le sont plus, médiatique même, parfois connus jusqu’à la nausée comme notre pion-président perdu dans son grand manteau devant le monument aux morts du plateau des Glières, figure bouffonne et de l’insulte faite à ces anciens, morts de n’avoir pas supporté la médiocrité des fourbes et des tartuffes. Ou bien encore cet imbécile d’Accoyer connu pour être président du perchoir de l’Assemblée Nationale comme le fut l’autre cham-bêlant devenu depuis président (encore un !) mais du Conseil constitutionnel cette fois, Jean-Louis Debré. Cette autre chèvre d’Accoyer, figurez-vous, s’est senti obligé d’attenter à la liberté de l’artiste en proférant des menaces non dissimulées au réalisateur si son interview venait à être maintenue au montage du film.

Des visages connus, il s’en trouvait heureusement des biens plus respectables voire même admirables comme celui de John Berger, artiste complet mais surtout romancier et écrivain engagé que l’on a pu lire à l’occasion dans le Monde diplomatique. L’autre personnage, tout aussi magnifique, c’est celui de Stephane Hessel, ancien résistant, déporté puis évadé, co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et Ambassadeur de France qui, malgré ses 93 ans, se trouvait ce soir là devant le premier rang de la salle, dressé comme “i”, d’une dignité impressionnante et aussi plein d’humour, encore debout et refusant à 23 heures passées la chaise qu’on venait de lui proposer, sémillant le micro en main, désireux de conduire le débat d’après film et pour finir, disposé comme un jeune écolier au cours d’une réunion de famille, à nous dire parfaitement et entièrement La balade des Pendus, le poème bien connu de François Villon (extrait) :

Frères humains qui après nous vivez

N’ayez les coeurs contre nous endurciz,

Car, se pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tost de vous merciz.

Vous nous voyez cy attachez cinq, six

Quant de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est pieça devoree et pourrie,

Et nous les os, devenons cendre et pouldre.

De nostre mal personne ne s’en rie :

Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre! 

La suite…

Parmi les visages inconnus, un ici ou là qui peut en rappeler d’autres plus familiers comme celui de son grand-père, il y a le personnage tout à fait réel de Walter, Monsieur Walter Bassan - ambassadeur aussi à sa manière - dans le rôle titre du film, « Walter, retour en résistance ». 

Et puis, il y a la question que l’on n’a pas pu poser ni à Walter Bassan ni à Stéphane Hessel : « Monsieur Hessel, après ce film, après ce débat où l’on a abordé tous les sujets ou presque suscitant de nos jours l’indignité, que pensez-vous des Accords qui ont été rédigés par des représentants de peuples et d’ONG du monde entier au cours de la Conférence Mondiale des Peuples qui s’est déroulée à Cochabamba en avril dernier ?».

Et pour finir, cette question qui revient sans cesse : Cette fois, combien faudra t-il encore de sacrifices pour qu’on obtienne justice, pour pallier l’attitude peureuse et moutonnière qui jadis a fait l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et la France pétainiste ? Combien faudra t-il encore de sacrifiés collés au poteau ou réduits en cendres ? Combien ?



Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Rate this entry

4.67/5

  • Note: 4.67
  • Votes: 3
  • Higher: 5
  • Lower: 4

Éric Jousse

Author: Éric Jousse

Stay in touch with the latest news and subscribe to the RSS Feed about this category

Comments (0)

Be the first to comment on this article

Add a comment This post's comments feed


You might also like

Europe_2015_Tour.png

Le nucléaire en Inde et les films de Pradeep Indulkar

Ancien chercheur du programme nucléaire indien devenu sonneur d’alerte, Pradeep Indulkar en tournée en Europe avec ses 2 films, High Power (27 mn) et Jaitapur live (33 mn), témoigne de la répression brutale que subissent les populations locales et de leur résistance, face au pouvoir nucléaire. Il présentera ses films, en versions sous-titrées en français, à la Librairie du Monde libertaire - Librairie Publico, 145 rue Amelot, 75011 Paris - dimanche 20 septembre 2015 à 18 heures. Précédentes projections : 18 septembre: la Grange de Montabot, la Bossardière, 50410 Montabot. 19 septembre: la Conjuration des Fourneaux, 149 rue Saint-Hilaire, 76000 Rouen. 13

Continue reading

Le_port_de_Gaza_re_duit.jpg

Soirée pour les droits humains - Gens de Gaza - jeudi 4 juin à l'Espace Jean Dame, 75002

La Mairie du 2e arrondissement nous accueille le jeudi 4 juin de 19h à 22h30, à l’Espace Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan, 75002, métro Sentier, pour une projection-débat autour du film Gens de Gaza, de 52 minutes, tourné à Gaza en janvier 2013. Vous êtes les bienvenus. 19h : Présentation 19h30 : Projection 20h30 : Débat 48

Continue reading