Dernière mise à jour 27/05/2017

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Le nucléaire en Inde et les films de Pradeep Indulkar

Europe_2015_Tour.pngAncien chercheur du programme nucléaire indien devenu sonneur d’alerte, Pradeep Indulkar en tournée en Europe avec ses 2 films, High Power (27 mn) et Jaitapur live (33 mn), témoigne de la répression brutale que subissent les populations locales et de leur résistance, face au pouvoir nucléaire.

Il présentera ses films, en versions sous-titrées en français, à la Librairie du Monde libertaire - Librairie Publico, 145 rue Amelot, 75011 Paris - dimanche 20 septembre 2015 à 18 heures.

Précédentes projections :
18 septembre: la Grange de Montabot, la Bossardière, 50410 Montabot.
19 septembre: la Conjuration des Fourneaux, 149 rue Saint-Hilaire, 76000 Rouen.

Le nouveau gouvernement indien est actuellement l’un des plus actif au monde pour développer dans son pays des centrales nucléaires de “nouvelle génération”. Des partenariats ont été constitués avec la France, la Russie et, plus récemment, le Japon et les USA.

Ainsi, le plus gros projet électronucléaire mondial est indien. Il est prévu d’ériger, sur le site de Jaitapur (dans l’État du Maharashtra), à mi-chemin entre Bombay et Goa, sur la côte indienne de la mer d’Oman, pas moins de six unités de 1650 MW de centrales de type EPR (réacteur pressurisé européen), livrées clés en main par Areva, entreprise multinationale franco-allemande jusqu’à ce que, récemment, Siemens se désengage du consortium.

Ancien chercheur du programme nucléaire indien devenu sonneur d’alerte, Pradeep Indulkar en tournée en Europe avec ses 2 films, High Power (27 mn) et Jaitapur live (33 mn), témoigne de la répression brutale que subissent les populations locales et de leur résistance, face au pouvoir nucléaire.

Jaitapur_live_pic_04.jpg

Pradeep :

L’Inde compte officiellement vingt-deux réacteurs en service. Cela représente environ 3,5% de la production électrique de mon pays. Ce faible pourcentage est lié au fait qu’il s’agit de centrales de petites tailles car anciennes.

Mais le projet nucléaire actuel de Jaitapur est gigantesque. Il prévoit une puissance électrique de 9900 MW [plus de huit fois le projet de Superphénix, le surgénérateur qu’il était prévu d’implanter à Creys-Malville, ndlr]. Outre les six tranches de la centrale, des indices nous laissent penser que le site accueillera aussi une usine de retraitement des déchets radioactifs. Une installation du type de celle de la Hague, en France. Ce qui présente un risque supplémentaire de pollution radioactive.

Les habitants de cette région sont très inquiets. Ils suivent attentivement les problèmes à répétition de l’EPR de Flamanville, en France. Ils craignent des atteintes à l’environnement. La pêche est une ressource très importante pour ces populations. Or, ces six unités relâcheront 20000 MW de chaleur dans l’eau. La région est très réputée pour ses mangues. Or ce fruit est lui aussi très sensible aux variations de températures. Enfin, 750 hectares de terres arables ont déjà été soustraits à l’agriculture par la construction d’une muraille de protection autour du site, alors que de nombreux paysans refusent de vendre.

Le sous-sol sur lequel il est prévu de construire cette centrale est instable. Il est donc prévu d’abaisser tout le site de 25 mètres à 7 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cela le rend plus vulnérable à une vague géante. À cela, il faut ajouter que la région est très sensible du point de vue sismologique. Il y a eu 92 épisodes de tremblements de terre en vingt ans.[1]

Les paysans et les pêcheurs de la région, qui redoutent un changement radical de leur mode de vie, se sont regroupés en un vaste mouvement de protestation. Les manifestations ont été brutalement réprimées faisant notamment, en avril 2011, un mort et trente-cinq blessés par balles.

Le film Jaitapur live, réalisé en 2014, témoigne de la résistance qui se poursuit et il permet de développer les soutiens à l’étranger, notamment en Europe, pour briser la solitude des opposants en Inde.

Jaitapur live - 2014 (33 minutes) : Bande annonce de Jaitapur live en anglais

Jaitapur_live_pic_05.jpg

Il y a 30 ans, Pradeep Indulkar était ingénieur au Bhabha Atomic Research, près de Bombay - de 1983 jusqu’à sa démission en 1994. Par la suite, militant écologiste, il découvre Tarapur, au nord de Bombay, où fut implantée la première centrale nucléaire en Inde, mise en service en 1969 :

L’obscurité se répand sur la ville qui produit l’énergie pour le pays et cet état de fait semble être là pour durer. La centrale nucléaire de Tarapur fut démarrée à grand bruit de fanfares, il y a 40 ans. Tarapur, la ville qui lui a donné son nom, est à mille lieux du rêve que la centrale promettait…[2]

Des milliers de personnes déplacées y ont perdu leurs terres, leurs maisons, la pêche en mer et presque tout, sans aucune compensation convenable. Les habitants sont maintenant atteints de multiples nouvelles maladies. C’est ce dont rend compte son premier film High Power, réalisé en 2013, avec les témoignages bouleversants des habitants actuels de la région de Tarapur. High Power a été projeté une centaine de fois à Tarapur et primé “Meilleur documentaire” par le Festival international de l’uranium International Uranium Film Festival à Rio de Janeiro en 2013.

High Power - 2013 (27 minutes) : Bande annonce de High Power en anglais

Depuis 2013, Pradeep Indulkar a accompagné ses films à l’occasion de plusieurs tournées en Europe (Allemagne, France, Suisse…, notamment avec le soutien de Sortir du nucléaire), aux Amériques (USA, Mexique) et au Japon.

Chacun dans le monde devrait soutenir cette campagne de résistance. S’ils réussissent leur projet nucléaire à Jaitapur, ils se tourneront aussi vers d’autres pays. Quoique qu’il se passe à Jaitapur, les autres pays devraient faire entendre leur opposition.[3]

Jaitapur_live_pic_08.jpg

Notes

[1] Propos de Pradeep Indulkar à l’occasion de son interview par Le Courrier, publié le 6 mai 2015: Un film contre le projet d’Areva d’une mégacentrale à Jaitapur.

[2] Propos de Pradeep Indulkar à l’occasion de son interview par Philippe de Rougemont, en janvier 2015 à Pune, Maharashtra, publié dans la revue trimestrielle Sortir du Nucléaire Suisse N° 102.

[3] Ibid


Bonne lecture !


Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Évaluer ce billet

5/5

  • Note : 5
  • Votes : 3
  • Plus haute : 5
  • Plus basse : 5

Foumonde

Auteur: Foumonde

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (0)

Soyez le premier à réagir sur cet article

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet


À voir également

Le_port_de_Gaza_re_duit.jpg

Soirée pour les droits humains - Gens de Gaza - jeudi 4 juin à l'Espace Jean Dame, 75002

La Mairie du 2e arrondissement nous accueille le jeudi 4 juin de 19h à 22h30, à l’Espace Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan, 75002, métro Sentier, pour une projection-débat autour du film Gens de Gaza, de 52 minutes, tourné à Gaza en janvier 2013. Vous êtes les bienvenus. 19h : Présentation 19h30 : Projection 20h30 : Débat 48

Lire la suite

grece_fevrier_2012.jpg

Garde la paix, par Luciole

C’est une luciole qui chante la paix à côté d’un feu de bois, sur la ZAD du Testet.680

Lire la suite