Dernière mise à jour 26/04/2017

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Le TAFTA et ses critiques

un_autre_capitalisme_Marianne_cr_cr.jpgLa critique du traité transatlantique TAFTA ne va jamais plus loin chez les « citoyens » (ATTAC, la gauche de la gauche,...) que la critique des multinationales qui empêcheraient ( d’après eux ) les États de faire le travail qui est le leur, à savoir défendre les intérêts de la population qu’ils représentent. Il semble quand même nécessaire de réfléchir jusqu’au bout pour éviter de prendre ce genre de propos pour argent comptant.

Commençons par dire que, bien entendu, il y a une part de vérité dans leur point de vue. Il est vrai que la voracité des firmes contribue parfois à ce que les États puissent se présenter comme les défenseurs des peuples. Mais est-ce que cette situation doit être pour autant comprise comme essentielle ? Est-ce que, par exemple, la situation des paysans colombiens qui subissent les brimades physiques de leur État en conséquence du traité que celui-ci a signé avec les USA correspond à ce modèle ? Rappelons que l’État colombien a envoyé nombre de ses flics surarmés brûler les récoltes, frapper les paysans. La raison étant qu’ils n’avaient pas acheté leurs semences aux semenciers mais utilisé les graines issues de leur récolte. Le traité colombo - états-unien mentionnait que ceux-ci devaient s’approvisionner auprès des grandes entreprises productrices (américaines bien sûr !). Les semences traditionnellement utilisées devenant interdites ![1]. Ce n’est pas là l’agissement d’une firme qui s’en prend directement aux populations mais bien d’un État qui utilise son pouvoir coercitif vis-à-vis de sa propre population. Par ailleurs, s’il est vrai que l’État français a interdit les OGM et la fracturation hydraulique, à la lecture des événements, peut-on en conclure que l’État a agi spontanément selon l’intérêt de ses populations ? Est-ce que l’État aurait fait voter une interdiction sans l’intervention des populations et la peur du désordre qui s’en est suivi ? Pour finir : Est-ce que la situation des divers émissaires envoyés par les États européens pour négocier en secret le TAFTA correspond au modèle de l’État qui protège ses citoyens alors même que nombre de discussions sur le sujet ont été organisées par ces mêmes États ...avec les multinationales ?

Quand on évoque ce genre de situation les tenants de la critique « citoyenne » répondent en général de deux façons. Ils avancent soit que les États sont gérés par des idiots bernés par les grosses entreprises soit, d’autres fois, par de ’bien méchants hommes’ à la solde de ces mêmes firmes. En somme les États sont gérés par des idiots ou des salauds. Dans tous les cas, les États tels qu’ils sont réellement sont « transparents ». En théorie ils sont les garants de l’intérêt général. En pratique, ce ne sont pas eux qui sont les véritables acteurs mais les grosses boites qui agissent à travers eux.

En fait, ce sont bien ces « citoyens » là qui veulent mettre entre les firmes et les États la distance qui les arrange. De façon à sauver l’image de l’État qui protège, même s’il n’y a plus grand monde pour adhérer à ce point de vue.
Car cette distance entre les firmes et les États est tout à fait illusoire. Le personnel des États est très souvent le même que celui des firmes : on sort d’un ministère pour entrer dans un conseil d’administration. Et réciproquement. Les décisions importantes au niveau de l’État sont souvent (même formellement) prises par les deux ensemble. On a vu à plusieurs reprises en France les interventions de dernière minute des grosses boites (CEA, EDF, par exemple ) changer celles que les gouvernants avaient prises. Inversement, les conseils d’administration sont influencés par les gouvernements, ne serait-ce que par les subventions multiples qu’ils reçoivent. Les États sont, en outre, les organisateurs et maîtres d’œuvre de vastes politiques économiques dans lesquelles se moulent les firmes qui finissent par y trouver leurs intérêts. Même l’État américain, pourtant chantre du libéralisme économique, agit sur ses entreprises notamment par les fonds gigantesques qui sont attribués à l’armée. Et répercutés sur les entreprises employées par celle-ci.
Dans ces conditions on voit mal comment on peut dissocier les deux aspects d’une même réalité : les États et les firmes marchent la main dans la main. A chacun son travail. Si les États sont plus regardants vis à vis du peuple, c’est simplement qu’ils y cherchent et caressent dans le sens du poil leur clientèle électorale. Et les firmes sont dans leur rôle quand elles accumulent le capital. Chacun son rôle. Mais les deux sont indissociables. Il n’y a aucun sens à dissocier le pôle nord du pôle sud d’un aimant, ils font tous deux parties de la même réalité !

Bien sûr, les citoyens qui voudraient faire leur nid à l’intérieur de l’État – nous parlons de ceux qui veulent ’changer le monde’ en se déclarant hostiles au capitalisme – n’ont aucun intérêt à montrer la réalité sous cet aspect. Ils préfèrent nous raconter une autre histoire : quand la ’vraie’ gauche ( ...par exemple) sera au pouvoir ça sera différent ! comme c’est différent au Brésil depuis que Lulla et le parti des Travailleurs se retrouvent au pouvoir... Demandez aux gens des favellas qui se sont faits déplacés et expulsés de leur maisons – ou pire trucidés – par la flicaille que les Dilma Roussef ont envoyée pour cause de Mundial s’ils voient bien la différence !     

Notes:

[1]  Colombie : Gardienne des semences
paru dans CQFD n°122 (mai 2014), par Nicolas Arraitz, illustré par Caroline Planche, illustré par Samson mis en ligne le 17/06/2014

En 2010, le président Santos a vendu le Traité de libre commerce (TLC) aux Colombiens avec cet argument : « Il apportera un demi-million de postes de travail d’ici cinq ans. » Il n’en fut rien. De son côté, Obama promit à ses électeurs d’inonder le marché sud-américain en pleine expansion de biens et services provenant majoritairement des États-Unis. Et pour cela, il serait sans pitié dans « la lutte contre la piraterie ». Et il ne s’agit pas seulement d’intercepter les copies frauduleuses des CDs de Beyoncé ou du dernier film des frères Coen, mais aussi les graines non homologuées. Trois trusts semenciers dominent 70 % du marché mondial : Monsanto, Syngenta et Dupont, qui considèrent toute utilisation ou échange de graines traditionnelles comme une concurrence déloyale ou une violation de la propriété intellectuelle. Cela prêterait à rire si Washington, puis Bogota, et bientôt Bruxelles, ne leur donnaient raison, et surtout, ne fournissaient les armes légales pour imposer cette folie.


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