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Intuitions

Tu n’avais pas eu besoin des scien­ces cog­ni­ti­ves pour savoir que sans intui­tions ni affects il n’y a ni intel­li­gence ni sens. Tes juge­ments reven­di­quaient imper­tur­ba­ble­ment le fon­de­ment de leur cer­ti­tude vécue, com­mu­ni­ca­ble mais non démon­tra­ble. L’auto­rité - appe­lons-la éthi­que - de ces juge­ments n’a pas besoin du débat pour s’impo­ser. Tan­dis que l’auto­rité du juge­ment théo­ri­que s’effon­dre s’il ne peut empor­ter la con­vic­tion par le débat. 

p 49 (Années 50), Let­tre à D. - His­toire d’un amour, André Gorz, Folio-Gal­li­mard 2008 et Édi­tions Gali­lée, 2006.

Tous, tou­tes et tous som­mes nom­breux à espé­rer une société dif­fé­rente, une société où nous aime­rions vivre et vivre mieux, beau­coup pré­ten­dent avoir des solu­tions, des idées sur ce qu’elle pour­rait être, per­sonne n’en donne une image envia­ble, une idée à laquelle nous aime­rions con­tri­buer pour la ren­dre réa­li­sa­ble. 

Bien sûr il ne peut pas être ques­tion de pro­po­ser un pro­jet tout ficelé, réputé « bon pour le peu­ple » sans que ce peu­ple lui-même n’ait par­ti­cipé à  son éla­bo­ra­tion d’autres, déjà, s’y sont essayés.  

Com­ment alors ouvrir les por­tes au plus grand nom­bre pos­si­ble, qu’ensem­ble nous par­ta­gions nos désirs, nos intui­tions et nous don­nions les moyens de leur réa­li­sa­tion. 

Cer­tes nous ne nous pas­se­rons pas du savoir, de l’ana­lyse de tous ceux qui con­nais­sent, tra­vaillent sur dif­fé­rents sujets, les étu­dient, les dis­sè­quent pour mieux nous les pré­sen­ter, ils nous appor­tent tout leur savoir cog­ni­tif ; ils sont les piliers qui nous per­met­tront d’étayer, de ren­dre plau­si­ble, de con­cré­ti­ser et de don­ner corps à nos aspi­ra­tions, s’ils ont les moyens de tra­vailler en toute indé­pen­dance. 

Cepen­dant, comme sou­vent en recher­che fon­da­men­tale, pou­vons-nous exclure de notre démar­che tout ce qui relève de l’intui­tion du res­senti, par­fois même de l’irra­tion­nel ; poser des hypo­thè­ses nées de notre ima­gi­naire pour ten­ter de les démon­trer par la suite, de trou­ver les moyens, les idées pour les faire vivre… 

Les échecs et les réus­si­tes des expé­rien­ces actuel­les et pas­sées doi­vent  être pris en compte, nous ins­pi­rer tout en se pré­ser­vant de  pri­vi­lé­gier un modèle en par­ti­cu­lier, il y a tant à revoir. 


Par­tons sim­ple­ment du cons­tat que si nous évo­quons qu’il serait sou­hai­ta­ble de vivre autre­ment, c’est que vrai­sem­bla­ble­ment nous som­mes con­vain­cus que tout ne va pas pour le mieux. 

Il est pour moi des cho­ses into­lé­ra­bles, la peur, la misère, les iné­ga­li­tés… Com­ment sup­por­ter que des humains comme nous meu­rent quo­ti­dien­ne­ment à man­quer de l’essen­tiel quand d’autres crou­lent sous leurs riches­ses à ne savoir qu’en faire. 

Com­ment sup­por­ter, tolé­rer cette vio­lence dans l’indif­fé­rence, ne pas se sen­tir atteint par ces injus­ti­ces au plus pro­fond de soi ; et que l’on ne parle sur­tout plus de mérite, de tra­vail… STOP ! Il y a trop d’iné­ga­li­tés à la base, qui peut encore sou­te­nir que « le fils de … » né une cuillère en or dans la bou­che a les mêmes chan­ces que l’enfant né au Bur­kina, à Haïti, dans une cité d’Ile de France, un bidon­ville de Rio…


Nous som­mes comme repliés dans nos coquilles espé­rant vai­ne­ment nous abs­traire de la peur ; pas dans la peur de la délin­quance, ni celle du « jeune de ban­lieue », ni même celle du ter­ro­risme, cel­les là ne ser­vent que d’éten­dards aux oppres­seurs, mais dans la peur de ne plus pou­voir sub­ve­nir à nos besoins vitaux, à ceux de nos pro­ches, prêts à sup­por­ter le pire pour éloi­gner ce ris­que, à accep­ter ce qui nous tue, nous empê­che de vivre, nous réduit à l’escla­vage fut-il sala­rié. 

Tou­jours plus pres­sés, plus stres­sés, nous ren­trons érein­tés, décou­ra­gés, angois­sés que ce soit après une jour­née de tra­vail ou une jour­née sans tra­vail, ce tra­vail devenu la norme qui nous ren­voie à la crainte de l’exclu­sion sui­vant que nous en ayons ou pas. Egoïs­tes, non, je ne le pense pas, juste qu’il est dif­fi­cile, voire impos­si­ble de se déta­cher de ces exi­gen­ces, de se libé­rer, pren­dre le temps de vivre, le temps de créer, de rêver, de pen­ser, le temps d’aimer…  Alors, dans de tel­les con­di­tions nous nous refer­mons, nous enfer­mons, il devient très com­pli­qué de pen­ser soli­da­rité, col­lec­tif…. Un grand sen­ti­ment de frus­tra­tion nous enva­hit qu’aucun bien dit de con­som­ma­tion ne peut com­bler et pour­tant c’est tou­jours l’envie de se rap­pro­cher de ceux qui en pos­sè­dent le plus qui anime nos socié­tés.  (« Com­ment les riches détrui­sent la pla­nète. H.Kempf). 

Comme Lotaire  dans son com­men­taire, je pense que nous devons com­men­cer à poser des jalons, des bri­bes, des fila­ments…. Qui petit à petit feront syn­thèse si nous fai­sons en sorte de les faire con­ver­ger, c’est bien l’un des objec­tifs de Netoyens

Nous libé­rer de nos peurs me paraît essen­tiel à l’avè­ne­ment d’une société moins injuste ; assu­rer à cha­cun de la nais­sance à la mort les moyens de vivre vrai­ment décem­ment et non pas de sur­vi­vre ; un toit, une nour­ri­ture saine et suf­fi­sante, la santé, l’édu­ca­tion, l’accès aux biens com­muns. Ne nous y trom­pons pas, c’est bien plus de cela qu’il s’agit que de pou­voir d’achat. 

J’ose pen­ser que cette assu­rance de pou­voir vivre digne­ment en tou­tes cir­cons­tan­ces nous libé­re­rait de bien des peurs, de bien des pou­voirs. Quel patron pour­rait alors nous impo­ser des con­di­tions de tra­vail inac­cep­ta­bles, qui pour­rait faire pres­sion sur nous pour nous impo­ser une vie qui ne nous con­vient plus, comme par exem­ple lors de sépa­ra­tions dif­fi­ci­les ; ne plus voir sur la pla­nète ni un vieux, ni un jeune à la rue con­tre son grès, plus une femme seule n’arri­vant pas à sub­ve­nir aux besoins de ses enfants…  

Nous avons besoin de temps pour nous épa­nouir, nous cul­ti­ver, notre tech­no­lo­gie nous per­met des tra­vaux moins durs, de moins tra­vailler con­trai­re­ment aux dires de la ten­dance actuelle qui en abuse pour dimi­nuer les coûts au pro­fit d’une mino­rité, retire les sour­ces de reve­nus du tra­vail à beau­coup en les fai­sant cul­pa­bi­li­ser et tra­vailler encore plus ceux qui res­tent employés; ce n’est pas dans le tou­jours plus de biens maté­riels que nous trou­ve­rons satis­fac­tion, mais bien dans la réap­pro­pria­tion de notre créa­ti­vité. 


Osons sor­tir de la cha­rité octroyée du bout des doigts, pour plus de soli­da­rité, lar­ge­ment répar­tie sans con­tre­par­tie ni con­trô­les en tout genre. Don­ner à tous des moyens décents plu­tôt que de dépen­ser des mil­lions en aumône mal accep­tée par ceux qui meu­rent à petit feu iso­lés, rétré­cis dans leur coquille. Tous soli­dai­res pour que les riches­ses, les res­sour­ces soient suf­fi­san­tes et acces­si­bles à tous, parce que suf­fi­san­tes c’est pos­si­ble si nous le déci­dons ensem­ble, acces­si­bles ? C’est aujourd’hui une autre affaire !  

Accep­ter de se par­ta­ger les biens, comme le tra­vail néces­saire à leur pro­duc­tion, réduire de manière signi­fi­ca­tive (dras­ti­que ?) les échel­les de salai­res, s’il en est encore ques­tion, revoir leur par­ti­tion en ne lésant pas les « tra­vaux péni­bles » dont per­sonne ne veut mais sans qui la vie en société devien­drait impos­si­ble, sor­tir de l’engre­nage de la spé­cu­la­tion, des pro­fits moné­tai­res, de la capi­ta­li­sa­tion ;  pou­voir ne pas se sala­rier tout le temps ou moins et retrou­ver le che­min d’un tra­vail plus per­son­nel d’une part : lire, écrire, pein­dre, écou­ter, fabri­quer, jar­di­ner, cui­si­ner, réa­li­ser, se réa­li­ser… et par­ti­ci­per à la col­lec­ti­vité par ailleurs : aider, par­ti­ci­per, échan­ger, dis­cu­ter, s’infor­mer, réflé­chir, déci­der….   


Uto­pie, illu­sion, rêve j’entends déjà les quo­li­bets et j’attends avec une cer­taine impa­tience de lire les pro­po­si­tions des railleurs pour nous sor­tir des rails  impo­sés. 

Sans pas­ser par un état auto­ri­taire, sans un pro­jet imposé par un groupe ou parti, sans une dis­tri­bu­tion uni­forme, des « bons d’achat », des car­tes « codes bar­res »; car cette vie décente, soli­daire ne doit pas s’ima­gi­ner, non plus, pour tous pareil, mais pour tous autant ; en lais­sant, tant qu’il est peut-être encore pos­si­ble de le faire  le choix à cha­cun de dis­po­ser libre­ment de ces biens ; le choix à tous de défi­nir démo­cra­ti­que­ment l’essen­tiel décent. 





    


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Anne Flambard

Author: Anne Flambard

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