Dernière mise à jour 24/10/2018

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Fukushima made in France

On y parle d’eau, de vent, de burn-out, de dettes pharaoniques, de fluence, de fissures (en tout genre), de barrages menaçants, de sous-traitances maltraitées, de diésels défaillants, de LAM décapité, d’indépendance énergétique et de thermosensibilité, d’Enercoop, de ZAD, de Bure et Cigeo, de CLER aussi, de TEPOS et enfin, d’autoconsommation.
C’est tout une histoire de risques, de menaces… et de temps qui vient à manquer.

 

À lire absolument :

Nucléaire Danger Immédiat

(et ça se passera près de chez vous)

Thierry Gadault & Hugues Demeude

Flammarion Enquête - février 2018

En voici un court extrait.

Pages 158-161

Quand il succède à Proglio en novembre 2014, Jean-Bernard Lévy, qui a longtemps dirigé le groupe Vivendi, est effondré par ce qu’il constate. Il le reconnaîtra volontiers en public, notamment en marge du séminaire-presse organisé le 19 septembre 2017, confirmant que la situation financière [d’EDF] est très compliquée et que ses prédécesseurs ont fait preuve d’inventivité pour que ça se remarque le moins possible…

Lui a commencé à mettre au clair les choses. En février 2016, en présentant les comptes annuels de l’électricien, il appelle au secours l’État : EDF a besoin d’une recapitalisation urgente et l’État doit arrêter de pomper dans la caisse 2 milliards d’euros par an sous forme de dividendes.

Il sera entendu. Le gouvernement accepte d’organiser une augmentation de capital : elle a été réalisée en mars 2017 et a permis à l’électricien de lever 4 milliards d’euros, dont 3 versés par la France. En 2016, l’État prend également l’engagement de ne plus toucher son dividende en cash, mais sous forme d’actions, pour éviter de trop peser sur la trésorerie de l’entreprise . Ces décisions ont eu un impact positif sur les comptes du premier semestre, avec une hausse de la trésorerie à 3,8 milliards. Mais on voit bien que la situation demeure très compliquée.

En fait, tous les éléments semblent se liguer contre EDF pout empêcher son redressement financier. Depuis trois-quatre ans, les hivers sont doux : catastrophe, les français consomment moins d’électricité pour se chauffer, donc EDF encaisse moins de revenus. En fait, contre toutes les prévisions de l’électricien qui s’attendait à une croissance soutenue de la demande portée par la forte démographie du pays et la multiplication des usages, la consommation nationale d’électricité stagne depuis le début de la décennie, comme dans le reste de l’Europe.

De plus, si la France a peu investi dans le développement des énergies renouvelables, comme le solaire et l’éolien, pour protéger les revenus d’EDF, ce n’est pas le cas de nombreux pays européens, notamment l’Allemagne et les pays scandinaves. Résultat, des surcapacités de production ont été créées, pesant fortement sur les prix du marché, maintenu à un niveau faible (autour de 35-40 euros le MWh). Une très mauvaise nouvelle pour EDF : ce niveau de prix ne permet donc pas de couvrir qu’une partie de ses coûts.

Autre mauvaise nouvelle : depuis le début de l’année 2017, l’électricien ne peut plus affirmer que le nucléaire en exploitation en France est la moins chère de toutes les énergies. Deux appels d’offres dans l’éolien terrestre, lancés en Allemagne et au Danemark, ont été attribués à des opérateurs, qui n’ont pas demandé le versement de subventions publiques. En clair : les prix de marché actuels leur permettent d’être rentables sur la durée de vie de leur parc éolien ! Pour le solaire (photovoltaïque), les coûts de revient des derniers appels d’offres attribués en Europe tournent autour de 50 euros par MWh, faisant aussi de cette énergie renouvelable une offre tout à fait concurrentielle par rapport au nucléaire français. Il n’y a donc aucune raison de voir les prix de marché se redresser significativement.

Pour le moment, l’absence de volonté politique en France pour développer les énergies renouvelables et mettre en œuvre un grand plan de rénovation thermique des logements (permettant de faire baisser massivement la consommation électrique pour le chauffage) a permis à EDF de s’en sortir. Il peut continuer d’exploiter son parc pour tenter de gagner le maximum d’argent. Mais les temps deviennent de plus en plus difficiles.

Après avoir cru pouvoir imposer à l’électricien de fermer jusqu’à 17 réacteurs d’ici 2015, Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et solidaire, a d’ailleurs été contraint de reconnaître, mardi 7 novembre, qu’il n’était pas en situation de tenir l’objectif de la loi de transition énergétique votée en 2014 par le Parlement et qu’il prévoyait la réduction de la part du nucléaire dans la consommation électrique à 50 % en 2015 (contre 75 % actuellement). Bon, entre nous, tout le monde le savait déjà depuis… 2014 !

Eh oui, pour atteindre cet objectif, il aurait fallu rénover les logements, pour réduire la consommation, imposer d’importants objectifs en termes d’efficacité énergétique, et investir massivement dans les renouvelables. Trois mesures qui n’ont jamais été mises en œuvre, ni même imaginées, par le gouvernement Hollande-Valls. Actuellement, la consommation d’électricité en France tourne autour de 480 TWh. Imaginez notre pays dans lequel le nucléaire ne produirait que 240 TWh. Avec quelles énergies va t-on produire le reste si on n’a pas investi ? Ou on s’amuse à faire des coupures tournantes et à s’éclairer à la bougie ?

C’est ce qu’a également confirmé, le 7 novembre 2017, RTE, la filiale réseaux de transport électrique d’EDF en charge de l’équilibre de l’offre et de la demande. RTE se livre régulièrement à un petit exercice de prévisions sur quinze-vingt ans. La conclusion de sa dernière étude : faute d’avoir pris les décisions qui s’imposaient en 2014 ou 2015 pour accompagner la baisse de la part du nucléaire dans le mix électrique, l’objectif de 50 % ne pourra être atteint qu’entre 2030 et 2035. Ce qui veut dire aussi qu’il n’y a plus de temps à perdre si on veut y arriver.

Pour EDF, ce recul de dix ans de l’objectif fixé en 2014 est le miracle tant attendu auquel elle ne croyait plus. L’État et l’ASN vont être obligés d’autoriser la prolongation de la durée de vie du parc nucléaire au-delà de quarante ans. Eh oui, il faudra bien produire toute l’électricité dont nous avons besoin. Mais nous venons de mettre les doigts dans la prise en ayant les pieds dans la baignoire. Le court-circuit va faire mal. Et dans l’atome, ça s’appelle un accident nucléaire grave. Vu l’état catastrophique de nos réacteurs, difficile d’imaginer qu’on puisse y échapper.

 

www.nucleaire.vote

Évaluer ce billet

5/5

  • Note : 5
  • Votes : 2
  • Plus haute : 5
  • Plus basse : 5

Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (3)

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  15 mars 2018, 22h37

“Le complexe nucléaire français nie et minore les situations dangereuses” - Thierry Gadault

France Inter - L’invité de 6h20 - jeudi 8 février 2018

SuriK SuriK ·  16 mars 2018, 15h44

Naoto Kan plaide contre le nucléaire à l’Assemblée nationale
Mercredi, 14 Mars, 2018
https://www.humanite.fr/naoto-kan-p…

SuriK SuriK ·  16 mars 2018, 15h45

Fukushima : quand les médias francophones passent à côté des 7 ans de la catastrophe au Japon
https://asialyst.com/fr/2018/03/14/…

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet


À voir également

Tchernobyl-NYAS-Couv-FR-210x300.jpg

Tchernobyl : la catastrophe durable

Comme à Fukushima, à Tchernobyl la catastrophe atomique dure toujours. Il revient aux humanistes en général et aux antinucléaires en particulier de maintenir allumée la lumière qui doit éclairer ces irréversibles catastrophes que les gouvernements et les milieux industriels maintiennent avec application dans le mensonge et la dissimulation. «Tchernobyl, conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement » est l’œuvre de savants intègres, valeureux et persécutés. Cette œuvre, le mouvement IndependentWho nous en offre la traduction en français, gratuitement. En attendant les prochaines élections, aux citoyens maintenant de faire leur devoir en s’emparant de ce précieux et indispensable livre afin que les abandonnés de Tchernobyl ne soient pas complètement et définitivement oubliés et pour qu’une catastrophe morale ne s’ajoute pas aux catastrophes industrielle, humanitaire et politique en Biélorussie… et en Ukraine ! 50

Lire la suite

La_science_asservie.png

LA SCIENCE ASSERVIE, Santé publique : les collusions mortifères entre industriels et chercheurs

C’est le titre d’un ouvrage incontournable, constat implacable de la mise en oeuvre de la “stratégie du doute” par les industriels au détriment de la santé publique “dont les limites sont souvent définies par les impératifs économiques”, revue des évolutions sur plus de 25 ans où la Justice joue un rôle éminent, appel à des démarches scientifiques alternatives qui mettent en synergie des savoirs complémentaires : ceux d‘“experts citoyens” et de “citoyens-experts”.  

Lire la suite