Dernière mise à jour 22/10/2018

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L'anarchie, ce n'est pas le bordel !

Normand Baillargeon (né en 1958) est professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), essayiste, militant libertaire, collaborateur de revues alternatives et auteur notamment du Petit cours d’auto-défense intellectuelle (En livre chez Lux - 2007 | En ligne ). Il a pu être remarqué en France lors de son passage dans l’émission La bas si j’y suis produite et présentée par Daniel Mermet diffusée sur France Inter le jeudi 31 janvier 2008 qui peut être (ré)écoutée intégralement. Dans la même veine, il vient de signer dans le premier numéro de Siné hebdo un article clair, accessible, fidèle à son projet d’enseignement de la pensée critique.

L’anarchie, ce n’est pas le bordel !… ou le refus des structures hiérarchiques n’est pas pour autant le refus de s’organiser.

L’anarchisme en une seule leçon

Moi, Normand Baillargeon, lointain cousin à vous du Québec, je suis dans ma verte province, professeur d’anarchie… Enfin, presque… Leçon et anarchie, vous trouvez cela contradictoire ? Ni Dieu ni maître et encore moins de leçon, grondent les vieux anars. Ouais, d’accord, mais vous oubliez tous ceux qui ne savent pas. Alors pour les néophytes, je vous propose un petit cours rapide à destination de ceux qui n’ont jamais vu la vie en noir. Pour les autres, voilà une occasion de réviser !

Imaginez un désordre infernal, un chaos terrible, une confusion monstrueuse. Vous y êtes ? Le premier journaliste venu parlera spontanément d’anarchie pour décrire la scène. Ca ne rate jamais. Ca, c’est de la pure anarcophobie ! Le bordel, c’est les autres, pas les anars dont je me flatte de faire partie. L’anarchisme désigne une tendance distincte de la pensée sociale, politique et économique moderne. Il prône une conciliation possible et souhaitable entre le socialisme et son principe d’égalité, et le libéralisme et son principe de liberté.

L’anarchisme cherche à réaliser cette ambitieuse synthèse notamment dans l’autogestion économique et la démocratie participative.

Par la première il récuse le profit et l’organisation hiérarchique du travail et préconise la solidarité et l’équité. Partage  du stock plutôt que stock-option. Par la seconde, il refuse la délégation et prône la participation directe aux prises de décision.

Les anarchistes se présentent en diverses tendances - ils sont individualistes, collectivistes, mutualistes, syndicalistes et plus encore. Mais ils ont la sagesse de se méfier des plans d’organisation sociale ou économique arrêtés et clos, ainsi que des concepts absolus. Ils se refusent donc à assigner une limite aux arrangements sociaux et aux conditions de la vie humaine souhaitables, dont ils pensent que, dans des conditions de réelle liberté, ils s’exprimeront de plus en plus complètement. Les anarchistes pensent donc que la liberté, comme elle n’a cessé de le faire, inventera constamment des solutions nouvelles aux problèmes que son extension fera apercevoir et aux formes, également inédites, de domination qu’elle mettra en évidence.

C’est tout ? Presque.

Car l’anarchisme lutte aussi contre tout ce qui contribue à détruire la tendance des gens à se prendre en mains et il invite donc dès aujourd’hui à commencer à construire les prémices de la société plus libre et plus égalitaire de demain.

L’anarchisme, est donc aussi le refus, par l’action directe, de ces institutions qui cherchent à dominer, à subordonner et à tuer ce que Bakounine appelait notre ” instinct de liberté ” et qui encouragent la docilité, la passivité et la soumission. Il y a là, on le devine, de quoi être de nos jours passablement occupé et préoccupé.

L’anarchisme, à mon sens, pourrait bien être la seule alternative viable à la catastrophe universelle vers laquelle nous filons toutes voiles dehors et qui est bien, elle, le véritable chaos qu’il nous faut redouter.



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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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Commentaires (1)

Suri4 Suri4 ·  16 février 2015, 23h37

Les occupants de la ZAD de Notre Dame des Landes ou des forêts de Sivens dans le Tarn et de Roybon dans l’Isère sont tour à tour traités par ceux qui ne les aiment pas de… hippies, de Pink Floyd quand ce n’est pas, dans un registre plus contemporain, de djihadistes ! Ils préfèrent, de loin, qu’on les traite d’anarchistes…

Les anarchistes et l’écologie

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