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La relocalisation de l'économie par Geneviève Azam

Le dogme du libre-échange généralisé et la construction d’un marché mondial, le capitalisme financiarisé et les technologies de l’information, l’obsession de la vitesse et de la gestion en temps réel, ont modifié le sens et le rôle des territoires. En effet, les politiques néo-libérales sont fondées sur la tentative d’affranchissement des activités économiques vis-à-vis des contraintes sociales, politiques ou écologiques. Le territoire, sous la forme des États ou des collectivités locales, lieu traditionnel d’exercice du pouvoir politique et de la démocratie, est considéré comme un archaïsme, une rigidité, un obstacle à l’u-topie du grand Marché, utopie au sens de non-lieu (a-topie), d’absence de lieu de pouvoir identifié.

La délocalisation des activités est ainsi devenue dans l’imaginaire néolibéral la condition de l’efficacité économique et de l’amélioration du bien-être, au mépris des territoires, de ceux et celles qui les habitent et y travaillent,  au mépris de l’environnement. Les chaînes productives distendues d’une extrémité à l’autre de la planète, l’augmentation des échanges croisés de produits similaires, notamment dans des grandes zones régionales comme l’Union Européenne, l’exigence de sur-mobilité des personnes abusivement confondue avec la liberté de circulation, sont l’illustration de l’extraversion des sociétés et du dogme libre-échangiste qui la sous-tend.

La relocalisation répond à trois exigences à prendre en compte simultanément :

  • L’arrêt de la dévalorisation généralisée du travail humain. Le chantage aux délocalisations met en concurrence les systèmes sociaux et provoque une régression générale des droits collectifs, au Nord et au Sud. Il conduit à l’acceptation d’activités dangereuses pour les personnes et pour les écosystèmes. Même si temporairement les délocalisations peuvent créer des emplois dans les pays du Sud, dans des conditions souvent terrifiantes, ces derniers sont également menacés à leur tour par l’existence de zones à toujours moindres coûts.
  • Le droit des peuples à la souveraineté alimentaire et à une alimentation saine. Il suppose la reconquête de l’agriculture vivrière au Sud et de l’agriculture paysanne au Nord et la protection vis-à-vis des intérêts des transnationales de l’agro-alimentaire.
  • La lutte contre les destructions environnentales, notamment celles occasionnées par l’explosion des transports et la délocalisation d’industries polluantes ou des déchets dans les pays du Sud.

Dès maintenant, nous disposons des outils pour amorcer une relocalisation de l’économie. Les politiques douanières doivent être des moyens modulables pour répondre en même temps aux exigences d’emploi, d’impact sur l’environnement, de satisfaction des besoins sociaux et de redéfinition des rapports Nord-Sud. Cela suppose l’abandon du dogme du libre-échange et une réforme radicale de l’OMC et de la politique douanière de L’Union Européenne. De même, les services publics ont contribué à nourrir les territoires. Leur affaiblissement et la disparition de services publics de proximité dévitalisent les régions rurales et les périphéries urbaines, renforçant le double mouvement de polarisation des activités dans certaines zones et de désertification pour le reste. Reconquérir les services publics et en créer de nouveaux, en assurer une véritable gestion démocratique, constituent également des préalables pour une relocalisation de l’économie tout comme l’arrêt des ajustements structurels imposés dans les pays du Sud par les organisations financières internationales. Un statut mondial pour les biens communs, comme l’eau, les ressources non-renouvelables, le vivant, la connaissance, en les déclarant hors-marché, devrait stopper le pillage des pays du Sud et favoriser un recentrage des activités. Enfin, des expériences de base pour une relocalisation de l’économie, aussi bien dans les pays du Nord que du Sud, même si elles sont minoritaires, ouvrent des perspectives concrètes et immédiates. En France, le succès des AMAP (Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) témoigne de ce mouvement, tout comme la vitalité de certaines coopératives engagées dans la reconstruction d’un tissu économique local.
La déterritorialisation des activités, leur dé-solation selon l’expression de Jean Chesneaux, tend à faire du local une subdivision de l’ordre global, une déclinaison de cet ordre. La relocalisation de l’économie relève d’un choix politique visant à recréer du territoire, comme constuction sociale historicisée et comme réalité naturelle de l’espace, et à ouvrir à nouveau le champ du politique et la capacité des choix collectifs. Pour autant, le local, quelle que soit sa taille, ne peut être envisagé en soi, comme entité fermée et auto-suffisante, mais dans son rapport avec le global.
   

Geneviève Azam, membre du Conseil Scientifique d’Attac


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