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Ça rappelle les pires heures du fascisme

Mabesoone_LM_12-12-11.jpgIl y a trois jours, le 9 décembre dernier, le Pr Yukio HAKAWA de l’Université de Gunma a publié [1] une nouvelle carte comparative des contaminations dues à Fukushima et Tchernobyl.

Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, la carte de contamination des sols publiée par le Ministère des sciences et de l’éducation n’est pas digne de confiance. Nous devons nous en remettre encore une fois au Pr Hayakawa ou au Centre de recherche sur l’environnement NIES [2], ou à nos propres mesures.

Monsieur Hayakawa a été le premier à dresser une carte nationale des radiations dans l’air, grâce à son immense équipe d’enquêteurs, mais, du coup, il s’est attiré les foudres du gouvernement. Par sens de la justice, il s’est parfois exprimé de façon vive, mais l’attitude de l’Université (publique) de Gunma, à son égard, rappelle les pires heures du fascisme. Dans cette vidéo[3] , par exemple, on voit le personnel de son université (à gauche) empêcher le commencement d’une conférence de presse de M. Hayakawa, dans son propre bureau, prétextant que les journalistes « utilisent l’électricité de l’État » !

Bref, la nouvelle carte de Hayakawa est lumineuse. Il a réussi À convertir de façon À peu près sûre les radiations dans l’air (microsieverts par heure ou uSv/h) en degré de contamination des sols (becquerels par m2 ou bq/m2), ce qui rend enfin possible une comparaison objective avec Tchernobyl.

De nombreuses rectifications sont nécessaires, comme l’indique M. Hayakawa : par exemple, le rapport césium 137 (demi-vie : 30 ans) à césium 134 (demi-vie : 4 ans) est très diffèrent. Le plus pérenne, le 137, ne représentait que 29% de la contamination à Tchernobyl, contre environ 50% a Fukushima.

Mabesoone_LM_12-12-11.jpg

Quoiqu’il en soit, ces deux cartes sont bien à la même échelle, avec les mêmes tranches de couleurs. La contamination due à Fukushima apparait comme égale à environ 50% de celle de Tchernobyl. La contamination de l’Océan, elle, est immense !

Le problème, c’est que la densité (moyenne) de population au Japon est 6,88 fois plus importante qu’en Biélorussie. Par ailleurs, nous savons, grâce au rapport de la commémoration des 25 ans après Tchernobyl, que 98 000 personnes sont décédées à cause de la catastrophe de 1986.

Je ne suis pas épidémiologiste, mais le calcul semble simple :

98 000 divisés par 2 multipliés par 6,88 = 3 370 000 décès dus à Fukushima dans les 25 ans à venir ?

Et combien de fois ce chiffre pour le nombre d’enfants « chroniquement malades », comme on le constate aujourd’hui en Biélorussie ?

Soufflons un peu

Bien sûr, l’auto-alimentation était plus répandue dans les alentours de Tchernobyl, et le Japon consomme pour moitié des produits étrangers… Mais, d’un autre coté, les mesures d’évacuation furent beaucoup plus radicales voire sévères bien qu’insuffisantes en Union Soviétique qu’elle ne le sont au Japon aujourd’hui…

Avant-hier, à Nagareyama et dans la banlieue très peuplée de Tokyo de la ville de Chiba, quand j’ai mesuré – sans aucun effort particulier – 2,6 uSv/h, j’ai senti une sorte de vertige. Tout le monde souriait autour de moi, comme si de rien était… sauf mon amie et disciple de haïku Tomiko. Elle est mère de trois enfants et elle habite a Nagareyama, à deux pas de là. Elle sait, comme moi, que la préfecture de Chiba vient de mettre en vente les terrains d’un tout nouveau lotissement immense, juste à coté [4].

Et elle m’a dit ceci :

« Que des gens meurent parce qu’ils refusent de voir la réalité, c’est leur affaire. Mais que des enfants meurent parce que les adultes refusent de voir la réalité, ça, je ne l’accepterai jamais. »


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Laurent Mabesoone

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