Dernière mise à jour 24/07/2017

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La septième nuit du septième mois

Le 7 juillet 2017, alors que l’on fête Tanabata au Japon, qu’Hambourg reçoit le G20 sous les cris des manifestants, que New York vote la prohibition de l’arme nucléaire, que Fukushima tremble sous de nouvelles secousses sismiques au moment où l’on contraint les populations à rentrer vivre dans les zones contaminées, les tensions entre nantis et anéantis se resserrent.

La septième nuit du septième mois, est le jour de la fête traditionnelle de Tanabata au Japon. L’unique jour de l’année durant lequel la princesse céleste Ori Hime est autorisée à rencontrer son amant bouvier. Ces deux là, d’origine trop distincte (l’une déesse, l’autre gueux) ne surent faire accepter leur amour qui semblait-il, les rendait trop oisifs. Le père de la princesse, après avoir tenté de les séparer à jamais, et manqué de perdre sa fille qui se laissait mourir de chagrin alors que le bouvier abandonnait ses vaches, consentit, en récompense d’une année de travail bien accompli, à la possibilité d’une rencontre annuelle : la septième nuit du septième mois.

La septième nuit du septième mois de l’année 2017, Poutine et Trump se rencontrent à Hambourg lors du G20, alors que les japonais célèbrent ce jour des amants en émettant un vœu au nez des étoiles. Les relations des deux présidents, quant à elles, tendues par des histoires d’espionnages respectifs, entre autre durant les élections, puis par leurs divergences de positions concernant la Syrie et le gouvernement d’el-Assad, paraissent s’être assouplies sous les sourires diplomatiques et autres poignées de mains chaleureuses suivies de deux heures trente de discussion dont la teneur ne nous est pas accessible. Un climat de bonne entente règne entre les divers chefs d’Etat des 20 puissances à la tête de notre planète. Le groupe des 20 échange sur nos devenirs au sein du capital, alors que les rues s’embrasent non loin de là, au gré des défilés de danse de zombis grimés ou autres affrontements entre foules anti-capitalistes et forces de l’ordre armées ; alors que les migrants meurent dans les rues de Paris, quinzième ville la plus riche au monde[1] ; alors que Londres, ville la plus fortunée du globe[2], pleure encore les 79 malheureux décédés dans la tour d’habitations publiques Grenfell, pour avoir permis à la commune d’économiser le coût d’un recouvrement ignifuge.

La septième nuit du septième mois 2017, alors que les puissances nucléarisées (hormis Israël, le Pakistan, et la Corée du Nord) échangent sur la vie comme elle va au G20, 124 pays des 193 reconnus par l’ONU, se sont réunis à New York pour voter le projet de loi interdisant la prolifération de l’arme nucléaire. Le texte de loi a été accepté à 122 voix contre une (celle des Pays-Bas), et une abstention. Au moment où les chefs d’Etat de ces 122 pays se félicitent d’avoir retenu la leçon des Hibakusha, survivants anéantis des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, louant une décision pour la protection de l’environnement des générations futures, le 1er Ministre Japonais Shinzo Abe, quant à lui, fait figure de proue auprès de la poignée de leaders mondiaux nucléarisés. Sous le parapluie militaire américain, le gouvernement nippon avait refusé de participer aux négociations sur le sujet, répondant aux attentes de D. Trump, qui estimait en mars 2016[3], que le Japon devait se doter de l’arme nucléaire pour se défendre contre la Corée du Nord. Suite à ces déclarations, les discussions quant à la reprise d’activité des centrales nucléaires en arrêt depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, ont redoublé, avec pour conséquence le redémarrage du quatrième réacteur à la centrale de Takahama (centrale dont le combustible est le fameux MOX, Mixed OXides, un mélange d’oxide d’uranium et d’oxide de plutonium, vendu par le français AREVA, combustible pourtant tant critiqué lors du désastre de Fukushima) effectif en mai 2017.

Les pressions faites par le Président américain dans la région asiatique depuis quelques mois, attisent dangereusement les tensions déjà présentes entre la Corée du Nord et le Japon, et pourraient bien déstabiliser un équilibre trop fragile. Les ripostes nord coréennes, via des tirs répétés de missiles dans ce que certains appellent la mer de Chine, et d’autres, la mer du Japon, laissent présager du pire. Aujourd’hui, seule la position stratégique de la Chine, qui a assuré son soutien à la Corée du Nord, tout en étant le premier investisseur économique aux Etats-Unis[4], permet d’éviter de plonger dans l’amorce d’une troisième guerre mondiale dont tous les ferments sont réunis.

La septième nuit du septième mois 2017, à 21h48 un tremblement de terre de magnitude 4.8 et de profondeur de 70 km est enregistré à Fukushima. Le lendemain, un atelier de deux jours est organisé sur les lieux, imperturbablement depuis 6 années, par les organismes français et européens du monde nucléaire<[5], sélectionnant sur le volet 15 citoyens censés représenter les 2 millions d’habitants du département. Leur discours des plus rassurants, entonne un refrain désormais mis à nu[6], dénonçant la position de la victime éternelle pour mettre en avant la bravoure de la résilience, culpabilisant les habitants de ne pas rentrer dans leur territoire d’origine, en mettant en exergue les méfaits engendrés par le manque de main d’œuvre qui ne permet pas de faire fonctionner l’activité commerciale, ou encore les équipements sanitaires (hôpitaux), comme il se devrait, bref qui ne permettent pas la reconstruction. En somme, on nous demande enfin d’apprendre à gérer la radioactivité environnante, acceptant le « vivre avec », en attendant le « mourir sans ».

Dans ce contexte, et face à l’insistance généreusement financée des organismes nucléaires, on peut s’interroger sur l’efficacité du vote des 122 pays de l’ONU en faveur du traité de loi interdisant la production, les essais et la prolifération de l’armement nucléaire. Plus de 15 000 ogives nucléaires sont toujours détenues par les 9 puissances nucléarisées[7] qui n’ayant pas participé au débat ne prendront certainement pas en compte l’application de cette loi. Néanmoins, c’est un grand pas qui fut accompli la septième nuit du septième mois 2017, en ce qu’il réaffirme le refus de la très grande majorité des pays de la planète de s’orienter vers un monde nucléarisé. Les pays détenant l’arme nucléaire sont ceux qui accueillent la totalité des centrales nucléaires dites « civiles » et pour cause (le Japon faisant exception). Ainsi, l’appel lancé par les membres de l’AIEA lors de la conférence internationale ministérielle sur la sûreté nucléaire à Fukushima en décembre 2012[8], qui consistait essentiellement à garder la confiance des pays dans le nucléaire en leur promettant la construction de centrales respectant la sécurité, et de préserver, du même coup, un marché mondial pour cette ressource énergétique et militaire, n’a pas été écouté.

La septième nuit du septième mois 2017, nous regretterons que la presse ne se soit principalement concentrée que sur les débats du G20 pour oublier de traiter d’un évènement qui impliquait les ministres des gouvernements des trois quart des pays de la planète, optant pour un acte décisif dans l’histoire de notre humanité.

Yokohama, la septième nuit du septième mois 2017 

Notes:

[1]  selon le classement New World Wealth

[2]  par la somme des liquidités, biens-actions et autres intérêts commerciaux.

[3]  Le Figaro, Pour Donald Trump, le Japon doit se doter de l’arme nucléaire, 31.03.2016

[4]  Les Echos, Plus de 100 milliards de dollars d’investissements chinois cumulés aux Etats-Unis, 01.03.2017.

[5]  Programme Ethos, organisé par l’ICRP, avec le soutien du CEPN, de l’IRSN, et de l’OECD Nuclear Energy Agency : https://drive.google.com/file/d/0BxqSmDmQ78xCVnpQRU5yYWJBb3M/view

[6]  Cécile Asanuma-Brice, « A Fukushima, la population est dans une situation inextricable », Journal du CNRS, Novembre 2015.

[7]  USA, Russie, Frane, Chine, Angleterre, Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord

[8]  https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/conference-ministerielle-internationale-sur-la-surete-nucleaire-a-fukushima_9389


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Cécile Asanuma-Brice

Auteur: Cécile Asanuma-Brice

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