Dernière mise à jour 29/05/2017

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Ils sabotent notre climat, sabotons leur monde

On les voit venir, avec leurs gros sabots. La conférence des parties (COP21) va travailler à partir d’un texte indigent de 20 pages où les objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre pays par pays ne font pas partie de la négociation… C’est comme si dans la synthèse finale d’un colloque international sur les méfaits du diesel étaient oubliés Volkswagen et l’industrie automobile. En parallèle de ces discussions onusiennes, « la société civile » se mobilise…

« Venez vivre l’expérience Climat », un événement de la société civile, organisé au Grand Palais à Paris, du 4 au 10 décembre 2015 par « Solutions COP21 ». C’est mis en scène par Hopscotch, agence de propagande, euh pardon, de « conseil en communication, leader des relations publiques, de l’événement, du digital et web social ». En fait, sur leur site, ils annoncent clairement la couleur automnale :

« conçoit et met en œuvre des stratégies de relations publics [sic] et d’influence visant à construire, façonner, entretenir et faire rayonner la réputation de ses clients dans les media, sur le web et auprès de leurs publics finaux. »

Subodorez-vous les partenaires fondateurs de Solutions COP21 ?

L’Ademe, l’Agence française du développement, Carrefour, Veolia, Ikea Bioéthanol, Sanofi, Michelin et des dizaines d’autres qui roulent à donf pour le climat… des affaires. Ah j’oubliais, il y a aussi « Avril », le joli nom du dernier partenaire que vient d’accepter la Fondation Nicolas Hulot, elle-même membre de la « coalition climat 21 » (CC21), ce creux creuset fusionnel d’organisations de la société civile où figurent la CFDT, Greenpeace, la Confédération paysanne et bien d’autres…

J’ai cité Avril ? Le fil invisible qui lie la société civile de Solutions COP21 à la coalition climat 21. Avril n’est autre que l’ancien Sofiprotéol dont Xavier Beulin est fondateur, actuel patron du lobby de l’agriculture productiviste, la FNSEA. Mais je vous l’assure, il n’y a aucun lien de cause à effet entre agrobusiness et production de gaz à effet de serre.

Le courage de la vérité : une indispensable décroissance du PIB

En fait, ne nous leurrons pas, la Coalition climat 21 est une sorte d’arche de Noé qui a embarqué un certain nombre de chevaux de Troie du productivisme. Le dissensus, le conflit, ça ne se trouve pas vraiment sous leurs sabots.

Alors même que le GIEC préconise une décroissance de 40 à 70 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2050, la campagne de communication de la Coalition, qui a eu l’imprimatur du gouvernement avec l’octroi du « label grande cause nationale », aurait pu avoir des propos subversifs du genre « Sauvons le climat, pas le PIB » ou « Retirons le pouvoir de nuisance de nos dirigeants, copains comme cochons avec les plus gros pollueurs ». Mais la Coalition climat 21 a préféré avoir recours à BDDP, agence de com’ dans le giron de l’empire de Vincent Bolloré.

Il n’y a bien que les décroissants qui ont le courage politique de dire que les alertes du GIEC doivent se traduire par une sortie du capitalisme, et une organisation sociale de la décroissance du PIB dans les pays enrichis tels que le nôtre.

Zyeutez donc l’effarante campagne audiovisuelle. Un gusse propre sur lui, isolé au milieu d’un endroit majestueux et luxuriant, s’adresse à un arbre pluriséculaire :

« Vous les arbres, vous n’allez pas restés là, plantés comme ça ! C’est l’espèce humaine qui est menacée, un peu de solidarité. »

Les publicitaires nous prennent vraiment pour des glands. Dans l’autre clip, on entend le même zozo dépolitisé alerter :

« Debout les pierres, […]  le problème du climat, c’est aussi votre problème et vous comptez faire quoi ? »

  Le tout se conclut avec cette maxime qui fera pleurer de rage nos arrières-petits enfants :

« Si on ne fait rien, personne ne le fera à notre place. » On s’effondre avec à les écosystèmes ! »

Le gros ventre mou de la CC21 ne remet surtout pas en cause la perversité des grands méchants loups, les dirigeants des pays industrialisés et des multinationales. Elle se contente d’organiser le contenant (de belles mobilisations sûrement très sexy pour les selfies, les tweets et les écrans) sans penser le contenu.

De ce contenant suintent un peu l’entre-soi militant et la suffisance ! Dans le document intitulé « Consensus d’action pour le D12 »[1] voici ce qu’on peut lire :

« Nous [organisations de la coalition climat 21] sommes celles et ceux que nous attendions (sic), (…) nous sommes la solution ».

En dehors de la Coalition climat 21, il est toutefois possible de « venir vivre [et réchauffer] le climat [social]» de manière un peu plus désobéissante… comme vous y invite le groupe « Initiatives décroissantes pour le climat » à l’occasion de ce raout du « green washing » au Grand Palais. Heureusement durant la COP21 à Paris, bien d’autres cibles sont prévues par nombre d’organisations contestataires…

À l’heure où j’écris ces lignes, l’écrivain Erri de Luca vient d’obtenir la relaxe dans le cadre du procès pour « incitation au sabotage » du projet nuisible de TGV Lyon-Turin. Objecteurs de croissance, il est de notre responsabilité d’appeler et de participer au sabotage de ce monde productiviste.

Notes:

[1Consensus d’action pour le D12 : http://www.objectiondecroissance.org/


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Thierry Brulavoine

Auteur: Thierry Brulavoine

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