Dernière mise à jour 21/11/2017

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Violences sexistes : abus de pouvoir

Vio­lence, corps meur­tri
Tout de bleus vêtu
Sa ven­geance a tout pris
Salie de son mépris
La con­fiance s’est tue.

En vain recher­cher l’oubli
Ne plus exis­ter, s’étein­dre
Se cacher, s’aveu­gler
S’iso­ler pour ne pas fein­dre
Dépouillée d’iden­tité.
Souf­france aux airs d’indif­fé­rence
Rem­part de méfiance
S’inter­dire de plaire
Pour ne plus s’émou­voir
Ne lais­ser que l’amer
Fan­tôme illu­soire
Tenir au loin l’homme
Sus­cep­ti­ble de réveiller
Dans sa pri­son la femme
Aux désirs effa­cés.
(…)    
(poème de femme)

Cette femme un jour s’est tue ; clouée au sol, recro­que­villée, ses bras, seuls comme déri­soi­res rem­parts.
A une main de sa tête, une table l’écla­bousse de ses mor­ceaux, der­niè­res échar­des recou­vrant tel lin­ceul l’être déshu­ma­ni­sée.
Déshu­ma­ni­sée, non humaine, ani­male, chose ; objet, jouet brisé ; tas informe, désar­ti­cu­lée, san­gui­no­lente ; per­sonne, rien…
Ce n’est que des années après qu’elle a retrouvé la parole. 

Une femme sur dix de 20 à 59 ans a subi des vio­len­ces de la part de son com­pa­gnon.
Une femme en meurt tous les deux jours en France.
Ici, main­te­nant, en France : hors ménage
260000 fem­mes vic­ti­mes de vio­len­ces sexuel­les dont 130000 ont été vio­lées.


Les vio­len­ces con­ju­ga­les ont causé en 2007 la mort de 166 fem­mes en France, soit près d’une vic­time tous les deux jours. En 2005 ou 2006, en France, 65 000 fem­mes et fillet­tes ont été muti­lées ou mena­cées de l’être, et 410 000 fem­mes ont déclaré avoir été vic­ti­mes de vio­len­ces de la part d’un con­joint ou d’un ex-con­joint. Hors ménage, ce sont 260 000 fem­mes qui ont été vic­ti­mes de vio­len­ces sexuel­les en 2005 ou 2006, dont 130 000 d’un viol, chif­fre extrait d’un rap­port de l’Obser­va­toire natio­nal de la délin­quance (OND).

Pou­voir, car il s’agit bien de pou­voir, du pou­voir qu’une per­sonne veut pren­dre sur une autre, du déni de l’autre devant se con­for­mer à ses désirs, volon­tés, fan­tas­mes ; du pou­voir de domi­ner, de sou­met­tre pour mieux s’appro­prier.
C’est le ” droit du plus fort” droit qu’exer­cent majo­ri­tai­re­ment les hom­mes sur les fem­mes, leur refu­sant le droit d’exis­ter par elles-mêmes, d’être libres même aiman­tes, d’être auto­no­mes, majeu­res et res­pon­sa­bles de leurs choix, de leur vie, d’être tout sim­ple­ment humai­nes.

Com­ment se con­si­dé­rer comme humaine quand un autre a droit de vie et de mort sur vous, quand l’autre décide à votre place de vos acti­vi­tés, de vos ren­con­tres, de vos ami­tiés, de votre emploi du temps ; quand déro­ger à sa règle, une règle du moment pul­sion­nelle, arbi­traire, injuste qui vous atteint le plus sou­vent par sur­prise, fait peser sur vous la peur des insul­tes, des humi­lia­tions, des coups, du viol, de la mort.

Com­ment se con­si­dé­rer comme humaine quand les hom­mes qui vivent à nos côtés ne nous con­çoi­vent pas ainsi, on n’inflige pas de tels trai­te­ments à son égale, on ne s’empare pas, par la force de sa liberté la pla­çant dans la posi­tion de l’esclave sur laquelle le ” maî­tre ” a tous les droits, où nous ne som­mes rien d’autre que sa pro­priété, où nous ne nous appar­te­nons même plus à nous même.

Com­ment se con­si­dé­rer comme humaine au sein d’une société prô­nant l’assou­vis­se­ment immé­diat et à tout prix des désirs, de tous les désirs. Une société qui induit, tolère, favo­rise ces vio­len­ces sexis­tes, cette néga­tion de notre huma­nité. Quand notre corps est exposé, pla­cardé, comme n’importe quel objet con­som­ma­ble, ache­ta­ble, pre­na­ble. Tou­tes som­mes avant tout cou­pa­bles d’être femme ; que nous soyons voi­lées ou en mini jupe n’y change rien ; nous som­mes tou­jours ren­voyées à la con­di­tion d’objet de désir avant d’être con­si­dé­rées comme humai­nes, éga­les et libres.

Nous som­mes tou­tes des Chah­ra­zad, mais nous som­mes AUSSI tou­tes des Cathe­rine, des Anne, des Marie… Cel­les d’entre nous qui y ont laissé leur huma­nité, leur vie le savent bien, comme leurs bour­reaux, elles ne vivaient pas tou­tes dans de ” mau­vais ” quar­tiers, ne subis­saient pas tou­tes le joug d’une reli­gion ou d’une autre, n’étaient pas tou­tes pau­vres ni peu ins­trui­tes, n’étaient pas tou­tes issues d’un ” ailleurs ” déni­gré par igno­rance.

Ces­sons de tou­jours ren­voyer cette hor­reur à ceux dési­gnés d’office comme pire encore, pour mieux fer­mer les yeux sur nos tabous, nos “trous noirs ” ina­voua­bles.

NON ! Tou­tes les fem­mes, indif­fé­rem­ment de leur milieu de vie, de leur cul­ture, de leur tra­vail, de leur niveau d’ins­truc­tion, de leur auto­no­mie… sont expo­sées, ici, main­te­nant, en France… non-humai­nes parmi les (in?)humains.
    
Ni géné­ti­que, ni mala­die men­tale, ni décou­lant d’une  soi-disant ” loi natu­relle ” c’est toute notre société : Pou­voir social, moral et poli­ti­que, reli­gions, tra­di­tions,  édu­ca­tion, répar­ti­tion des tâches, con­som­ma­tion… qui porte la res­pon­sa­bi­lité de ce sexisme. Il n’est pas accep­ta­ble que les fem­mes se sen­tent mena­cées en per­ma­nence juste pour ce qu’elles sont : des fem­mes.

PS : l’agres­seur de Chah­ra­zad a été con­damné à 20 ans de pri­son, c’est jus­tice mais et tous les autres ? 


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Anne Flambard

Auteur: Anne Flambard

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Commentaires (7)

Le Père Peinard Le Père Peinard ·  11 mars 2009, 16h53

Jean Claude Rou­lin me fait sui­vre ce magni­fi­que texte
dans un mail adressé ” A tou­tes les fem­mes et à leurs com­pa­gnons” !
Je cor­rige : ” et à tou­tes leurs com­pa­gnes…”
Et je le dépose dans mon blog sur le site col­lec­tif invi­si­ble.
Merci.
Cor­dia­le­ment
Chris­tian de Sète

Gdalia Gdalia ·  11 mars 2009, 20h06

Oui, il est beau, ce texte, et ce poème.

Je dis sou­vent que la cause des fem­mes devrait être réso­lue, comme celle de tou­tes les mino­ri­tés oppri­mées, lors­que nous vivrons dans un monde où la soli­da­rité sera la règle et non plus l’exploi­ta­tion et la domi­na­tion. Seu­le­ment, le pas­sage en force se pra­ti­que cou­ram­ment dans notre société, et l’exem­ple de ce type de com­por­te­ment bra­va­che et m’as-tu-vu vient du som­met de la pyra­mide hié­rar­chi­que.

Comme j’ai aimé la réflexion d’un cama­rade et ami, hier soir, qui me con­fiait qu’il aimait vivre avec sa com­pa­gne dans la con­fiance et l’har­mo­nie, sans aucune rela­tion péni­ble de riva­lité ou de con­cur­rence. Il avait eu le bon­heur d’avoir été élevé ainsi. Je n’en dirais pas autant, mais ce que je peux aimer, moi aussi, vivre ainsi main­te­nant !

Ami­ca­le­ment,

Gda­lia

Cath Cath ·  17 mars 2009, 21h27

Un texte magni­fi­que pour une vérité aussi laide.
Merci Anne.

Le Père Peinard Le Père Peinard ·  18 mars 2009, 18h24

Réponse à gda­lia :
Atten­tion, les fem­mes ne sont pas une mino­rité, mais bel et bien une Majo­rité
dont la majo­rité est oppri­mée !
En France, elles sont deux mil­lions de plus que d’hom­mes.
En véri­ta­ble démo­cra­tie, elles auraient le pou­voir…
Atten­tion, on compte parmi elles quel­ques oppri­meu­ses.
MAM par exem­ple, est un homme d’état comme les autres.

La suite sur :
http://col­lec­ti­fin­vi­si­ble.free.fr

Gdalia Gdalia ·  20 mars 2009, 11h15

Bon­jour Chris­tian,

Tu as bien rai­son. En fait, qua­li­fier les fem­mes de mino­rité n’est qu’un lap­sus révé­la­teur. Dans notre société, toute en trompe l’œil, où nous som­mes cen­sés être gou­ver­nés au nom de “majo­ri­tés”, les fem­mes por­tent, en tant que fem­mes, une espèce de reli­quat de sta­tut d’éter­nel­les mineu­res, ne serait-ce que lorsqu’on estime qu’elles ne méri­tent qu’un salaire “d’appoint” ! (Remar­que : tout en dénon­çant cette injus­tice, je tiens à rap­pe­ler que je “milite” avant tout pour l’abo­li­tion de tou­tes les iné­ga­li­tés de droits, et donc pour l’abo­li­tion du sala­riat).

Ce que je crois, c’est que lors­que, en vraie démo­cra­tie, les mino­ri­tés pour­ront s’expri­mer plei­ne­ment et être res­pec­tées, les fem­mes devraient elles aussi, au même titre que les autres caté­go­ries qui sont actuel­le­ment domi­nées, stig­ma­ti­sées et pré­ca­ri­sées, pou­voir occu­per leur place d’êtres humains mem­bres de la com­mu­nauté à part entière, selon l’équa­tion éga­li­taire et liber­taire :

Une per­sonne = Une voix.

que je ne me lasse pas de rap­pe­ler, tant elle est pri­mor­diale.

Je suis par­fai­te­ment d’accord, hélas, cer­tai­nes fem­mes valent bien cer­tains hom­mes qui, encore hélas, nous gou­ver­nent. On peut citer au tableau l’hor­ri­pi­lante M.A.M. ou la trop célè­bre Mme That­cher, mais, trois fois hélas, on peut citer aussi des ci-devant peti­tes capo­ra­les qui n’ont pas grand chose à leur envier au plan humain de l’igno­mi­nie plus ou moins sadi­que.

C’est bien pour­quoi d’ailleurs, tout en étant indi­gnée des injus­ti­ces impo­sées par la loi du plus fort, je n’ai jamais adhéré à un mou­ve­ment uni­que­ment fémi­niste, d’autant que je crois qu’une véri­ta­ble libé­ra­tion des fem­mes devrait aussi libé­rer les hom­mes soli­dai­re­ment.

Ami­ca­le­ment

Gda­lia

Dutron Dutron ·  09 avril 2009, 01h40

Mao a écrit (Petit Livre Rouge…je crois) “La femme porte la moi­tié du ciel”

Mais les faits ont mon­tré qu’il n’y croyait pas.

Encore aujourd’hui, le “Polit­buro” du PCC, c’est neuf per­son­nes …NEUF HOM­MES

Netoyens Netoyens ·  12 mai 2016, 09h00

Hotline juridique pour les victimes de violences sexuelles et sexistes de la part d’hommes politiques

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