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«Le Monde a étalé son incompétence»

Les grands médias, une nou­velle fois, se dis­tin­guent par leur par­tia­lité au ser­vice des puis­sants, leur absence totale d’esprit cri­ti­que, leur carac­tère mou­ton­nier et sou­vent leur incom­pé­tence. Des tom­be­reaux d’âne­ries s’abat­tent sur une popu­la­tion déso­rien­tée.

Extrait de “Ras­su­rer les mar­chés finan­ciers et les spé­cu­la­teurs ou les déman­te­ler ?” - M’PEP - 12 mai 2010

Le lundi 10 mai 2010, au len­de­main de cette réu­nion de Bruxel­les, il était impos­si­ble de com­pren­dre quoi que se soit en écou­tant les émis­sions mati­na­les des radios ou des télé­vi­sions. La lec­ture des jour­naux ne fai­sait qu’aggra­ver le malaise. Qu’on en juge :

  • À la Une de Libé­ra­tion du 10 mai 2010 : «  L’Union a pro­posé hier soir un méga-plan de secours de 500 mil­liards d’euros ».
  • À la Une des Échos du 10 mai 2010 : « Les minis­tres des Finan­ces prêts à mobi­li­ser 600 mil­liards d’euros pour cal­mer les mar­chés finan­ciers ».
  • À la Une du Figaro du 10 mai 2010 : « Sar­kozy et Mer­kel ont pro­posé hier soir un plan d’aide d’au moins 500 mil­liards d’euros ».
  • À la Une du Monde daté du mardi 11 mai 2010 : « Un fonds de 750 mil­liards ».

Quel est le bon chif­fre : 500, 600, 750 mil­liards d’euros ? Rap­pe­lons à ceux qui val­sent allè­gre­ment avec les mil­liards – l’écart entre le bas et le haut de la four­chette est de 250 mil­liards !- que le finan­ce­ment d’un salaire moyen, coti­sa­tions socia­les inclu­ses, est de 40 000 euros par an. Avec 250 mil­liards d’euros il est donc pos­si­ble de finan­cer 6,25 mil­lions de salai­res !

Le Monde a étalé son incom­pé­tence, sur un sujet essen­tiel, dans son édi­to­rial de Une du numéro daté du mardi 11 mai 2010. On peut lire en effet que Jean-Claude Tri­chet, le pré­si­dent de la Ban­que cen­trale euro­péenne, « a dû se résou­dre à ce que son ins­ti­tu­tion achète direc­te­ment des emprunts d’État – ce qui revient à ‘‘moné­ti­ser’’ la dette – après avoir tota­le­ment écarté cette éven­tua­lité trois jours aupa­ra­vant ».

Mais non ! Les auteurs de cet édi­to­rial con­fon­dent mar­ché pri­maire et mar­ché secon­daire des obli­ga­tions. Le mar­ché pri­maire est le mar­ché du neuf, comme pour les voi­tu­res neu­ves, où l’on émet les obli­ga­tions pour la pre­mière fois. Il y a « moné­ti­sa­tion » lors­que ce sont les ban­ques cen­tra­les et non les mar­chés finan­ciers qui achè­tent les obli­ga­tions direc­te­ment à l’État. C’est ce que font de nom­breu­ses ban­ques cen­tra­les aux États-Unis, Japon, Grande-Bre­ta­gne, Suisse… Sauf la BCE !

Le mar­ché secon­daire est celui des titres d’occa­sion, là aussi comme pour les voi­tu­res, où celui qui a acheté un titre neuf (sur le mar­ché pri­maire) peut le reven­dre (sur le mar­ché secon­daire) à celui qui vou­dra bien l’ache­ter. La déci­sion prise par la BCE n’est abso­lu­ment pas d’ache­ter les titres direc­te­ment aux États lors­que ces der­niers les émet­tent sur le mar­ché pri­maire, mais de les ache­ter aux ban­ques, sur le mar­ché secon­daire. Pas seu­le­ment pour aider les États, mais pour aider les ban­ques en leur évi­tant une déva­lo­ri­sa­tion de leurs créan­ces !

Une telle erreur com­mise par un jour­nal qui se veut « de réfé­rence » tra­duit bien la con­fu­sion de la période. Elle est inex­cu­sa­ble. Elle jette le doute sur tout ce que peut écrire ce jour­nal qui s’est bruyam­ment réjouit de l’aus­té­rité et dont l’action mili­tante euro­péiste est bien con­nue.

Ainsi, ceux qui vou­laient se faire une idée des déci­sions pri­ses à Bruxel­les le week-end du 7 au 9 mai 2010 ne pou­vaient comp­ter pra­ti­quent sur per­sonne, ni sur les radios, ni sur les télé­vi­sions, ni sur les jour­naux. Pour com­pren­dre, il était néces­saire d’aller à la source, sur les sites Inter­net de la Com­mis­sion euro­péenne, de la Ban­que cen­trale euro­péenne, de la Pré­si­dence de la Répu­bli­que, du minis­tère des Finan­ces… En met­tant bout à bout des infor­ma­tions par­fois expri­mées dans un lan­gage obs­cur, et à con­di­tion de dis­po­ser de plu­sieurs heu­res, il n’était pas pos­si­ble de par­ve­nir à ses fins !

La matière brute dis­po­ni­ble, le mardi 11 mai 2010 en fin de mati­née, était insuf­fi­sante et ne per­met­tait pas de se faire une opi­nion pré­cise sur les détails des déci­sions pri­ses :

  • La « Décla­ra­tion des chefs d’État ou de gou­ver­ne­ment de la zone euro » du 7 mai 2010.
  • La con­fé­rence de presse du Pré­si­dent de la Répu­bli­que fran­çaise tenue à Bruxel­les le 8 mai 2010.
  • Le compte rendu de la « Par­ti­ci­pa­tion de la France au dis­po­si­tif de sou­tien aux États-mem­bres de la zone euro » du minis­tère Finan­ces du 9 mai 2010.
  • Le com­mu­ni­qué de presse du Con­seil de l’Union euro­péenne du 10 mai 2010.
  • Le com­mu­ni­que de presse de la BCE, en anglais, du 10 mai 2010.
  • Le com­mu­ni­qué de presse du Con­seil extra­or­di­naire des 9 et 10 mai 2010.
  • Le compte rendu de la réu­nion ECO­FIN du 10 mai 2010 fait par la Com­mis­sion euro­péenne.

Source : “Ras­su­rer les mar­chés finan­ciers et les spé­cu­la­teurs ou les déman­te­ler ?” - M’PEP - 12 mai 2010

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