Last site update 19/02/2020

To content | To menu | To search

Traditions et anachronismes

Mabesoone_LM_15-01-12.jpgAujourd’hui, pile sous notre balcon, c’était le grand feu de joie traditionnel du nouvel an : taki age.

Triste feu de joie cette année ! En fait, comme cela a été décidé dans beaucoup de municipalités de Fukushima, j’espérais que la tradition serait annulée dans notre quartier aussi, au moins pour cette année et pour l’année prochaine.

Mais non ! Dès l’aube, les familles voisines ont commencé à apporter tous leurs articles votifs, porte-bonheurs et autres amulettes en bois du jour de l’an [1]. Ces articles sont souvent en paille de riz tressée, ils ornent les entrées des maison du 1er au 15 janvier et doivent normalement être brûlés dans un feu de joie béni par les prêtres shintô ou bouddhistes.

Le problème, cette année, dans l’est du Japon au moins, c’est que les pailles et le bois de la plupart de ces articles proviennent de territoires contaminés. Une moitié des articles votifs (daruma, kumade, etc.) doit être conservés pendant encore une année, ce qui prolonge en partie le problème jusqu’au feu de joie de l’année prochaine.

En outre, la plus grande partie de ce « bûcher » est constituée de branches et d’herbes séchées provenant de la cour de l’école primaire devant laquelle nous habitons. Une amie agricultrice en banlieue de Nagano-ville, tout près d’ici, en a fait l’examen. Un laboratoire a testé les branches que son père brûle tous les ans à cette période dans ses champs : plus de 500 Bq/kg de césium ! Bref, la fumée abondante de ces feux, surtout en pleine ville, dissémine à nouveau de nombreux radionucléides dans l’air, qui peuvent être facilement ingérés par voie respiratoire.

À midi et demi, le « chef de quartier » a mis le feu à ce funeste bûcher et tous les enfants jouaient autour, dans la fumée. J’ai rapidement demandé à ma femme et notre fille de partir en voiture pour un centre pour enfants dans un autre quartier. Je suis sorti 2 minutes sur le balcon : mon compteur Geiger s’est stabilisé a 0,23 microsieverts/heure, environ deux fois plus que d’habitude et 7 fois plus qu’avant mars 2011 ! Alors, baigné dans la fumée, je découvre tout le linge que ma femme avait étendu sur le balcon le matin même. J’ai vite rentré tout cela… je pense que ça devrait aller.

Ah !.. si seulement notre « chef de quartier » (kucho), Monsieur M., n’était pas un vieux papi têtu et bourru !… Ce n’est parce qu’on annule une tradition pendant deux ans, à titre exceptionnel, que celle-ci va se perdre. Papi M., qu’est-ce qui compte le plus : les traditions ou la santé des enfants ?

Notes :

[1] bien sûr, tous nos articles votifs, à nous « Famille Mabesoone branche Nagano », étaient déjà passés à la poubelle normale : il est tout de même préférable, d’un avis partagé par tous, que ceux-ci soient incinérés au centre municipal, avec une cheminée en hauteur.


Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Rate this entry

5/5

  • Note: 5
  • Votes: 4
  • Higher: 5
  • Lower: 5

Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

Stay in touch with the latest news and subscribe to the RSS Feed about this category

Comments (2)

Vacheron Yvonne Vacheron Yvonne ·  16 January 2012, 22h25

Croyez-vous que ce soit mieux de disperser sur une plus grande surface cette radio-activité grâce à l’incinérateur, plutôt que par un feu au sol? Il est sans doute difficile, voire impossible de circonscrire et interdire l’accès aux sols contaminés, il n’y a pourtant pas d’autre solution.

           Y.V.
Janek Janek ·  17 January 2012, 05h36

Je ne suis pas d’accord avec vous Y.V.
On peut ramasser le bois et les feuilles contaminés par de la poussière radioactive et les stocker, les jeter à la mer ou simplement les brûler en bord de littoral avec des filtres à poussière adéquats un jour où le vent souffle vers la mer.

Brûler des matériaux contaminés un jour de fête au milieu de la foule, en pleine ville… ça devrait être passible de prison.

Add a comment This post's comments feed


You might also like

Fukushima-ruban_jaune-Seegan.jpg

Énergie : «Il faut que tout change pour que rien ne change»

Ces derniers mois, les noms d’Orano, Enedis et Engie ont respectivement remplacé les marques Areva, ErDF et GDF-Suez, ringardes ou déconsidérées. On ne peut que penser à la célèbre réplique “Il faut que tout change pour que rien ne change” de Tancrède dans le roman “Le Guépard”, popularisé par Luchino Visconti dans le film éponyme sorti en 1963.

Continue reading

Fukushima-ruban_jaune-Seegan.jpg

Le grand retour du nucléaire n'a pas eu lieu

Depuis des années, industriels, gouvernements et médias font croire que le nucléaire est sur le point de se relancer. Hélas pour ces mauvais perdants, nos fleurons EDF et Areva sont en pleine déconfiture et leurs campagnes de pub (financées avec notre argent) n’inversent pas la tendance.

Continue reading