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La démocratie comme stratégie

Qu’on la qualifie d’authentique ou de directe ou encore qu’on l’appelle démanarchie, parce qu’elle n’est pas déjà là, parce qu’elle est minorée, “péjorée” [1] et travestie, parce qu’elle nous fait chaque jour défaut, la démocratie doit non pas faire l’objet d’une stratégie mais doit être la stratégie.
La tactique quant à elle ne peut consister qu’en la mise en oeuvre partout des principes qui fondent son originalité, son authenticité et son intégrité, jusque dans les entreprises, en recourant à la diversité des alternatives et ce, par définition, dans les plus brefs délais.

La peur d’atteindre le point de non retour ?

Pour éviter la révolution à 360 degrés, celle qui revient au même sous de nouvelles apparences trompeuses, sous de nouveaux jours qui déchantent, il faut faire vivre les principes qui fondent la démocratie au jour le jour et veiller à les faire vivre durablement. Ces principes sont connus. On ne pourra pas les confondre avec ceux qui, en définitive, assujettissent la participation d’un grand nombre - et non de tous - aux velléités parfois dangereuses d’un parti même s’il s’autoproclame de gauche. Ces principes sont donnés de manière originale dans l’article “Démocratie, direct !” que l’on peut lire notamment ici.

Ce faisant, on doit pouvoir rompre avec la logique historique qui fait que toute tentative d’émancipation n’a pas su éviter de prêter le flanc à la répression violente. Car on ne dit jamais assez l’aveuglement des forces de la répression, parce qu’aux ordres, pétries d’ignorance et dopées par une frousse chevillée au corps; ainsi elles deviennent vite sanguinaires. Ces forces ne sont jamais aussi efficaces que lorsqu’elles parviennent à rabattre, à circonscrire et à isoler pour mieux mettre en joug.

Ce que nous vivons avec tous nos contemporains, c’est le constat d’une résistance bien insuffisante alors que les forces du contrôle se répandent et s’immiscent partout dans nos vies pour mieux assurer le moment venu l’efficace de la répression. La multiplication et la juxtaposition des luttes comme des grèves et des manifestations, même légitimes, même inventives, parce qu’elles observent toute la règle du “cadrage sans débordements possibles”, ne semblent pas être un phénomène à la hauteur de la situation : la somme des luttes n’est pas égale à une révolution ou plus exactement à une révolte citoyenne permanente, de celles qui peuvent garantir l’autonomie de tous et l’émancipation de chacun et ce, durablement, à travers les générations.

En conséquence, un devoir de création s’impose, celle de la 1ère Démocratie. Peut-être en commençant par l’organisation d’une constituante mais plus sûrement en la mettant en pratique ce qui implique que l’on se désaccoutume de règles, de rites, de rituels, d’usages, d’us et coutumes, de manières, de pratiques et de réflexes tous de longue date conditionnés.

La diversité ou l’humanité à nouveau possible

On voit bien à travers la diversité des points de vue qui s’expriment de plus en plus partout, que si la motivation faites de nécessité et d’urgences est au fond la même, rompre avec le régime politique en vigueur même devenu inadéquat comme renoncer à notre mode de vie éculé et obsolète n’est pas pour autant chose simple et facile. Il ne faut cependant pas douter, qu’au bénéfice du retour des limites, sous peine de tragédie et dans l’ardente obligation d’agir en poétique comme en politique, nous y viendrons tous, d’une manière ou d’une autre, pour finalement œuvrer de concert.

Nous allons déjà faisant face à un étrange cas de force majeure dont nous aurons été la cause sans le vouloir, un cas de force prévisible, nihiliste et global. Un moment qui nous imposera des contraintes dépassables qu’à la condition d’une libération de toutes les autres contraintes préexistantes faites de capitalisme (pour ne pas dire de libéralisme), de productivisme et d’étatisme et, particulièrement depuis “l’inversion des calendriers”, d’un électoralisme forcené qui aura fini par traiter le vote donc le citoyen comme une marchandise.

On est, par ailleurs, bien en droit de se demander si le système ne va pas finir par s’effondrer de lui même et à brève échéance. C’est l’objet d’un débat qu’il faut savoir mener comme bien d’autres cependant il ne faudra pas s’y perdre. Nous ne sommes en effet pas obligés de compter dessus car l’effondrement - dont la prospective est loin d’être précise - sera au mieux un facteur d’accélération, au pire d’altération voire de corruption, et non pas une garantie de la réalisation des alternatives, de toutes les alternatives, dont nous devrions voir très vite le caractère indispensable à condition que l’on soit informé de leur existence.




[1] Au sens “prise en mauvaise part”

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Éric Jousse

Author: Éric Jousse

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Comments (2)

Minga Minga ·  18 March 2009, 06h09

Oui, la démo­cra­tie est par essence une stra­té­gie avant que d’être un para­digme appli­ca­ble seu­le­ment au len­de­main de quel­que hypo­thé­ti­que grand soir que les “par­tis de gau­che” remet­tent tou­jours aux calen­des grec­ques …
C’est un désir, une aspi­ra­tion, une reven­di­ca­tion, une force qui monte, un “mou­ve­ment réel qui abo­lit l’état de cho­ses exis­tant”, un réseau “peer-to-peer” de citoyen­neté non éta­tiste, un dépas­se­ment du capi­ta­lisme qui asser­vit l’humain et détruit notre pla­nète.

Le Père Peinard Le Père Peinard ·  18 March 2009, 12h08

La Démo­cra­tie, c’est quand il y a beau­coup de démo­cra­tes (Jean Jau­rès)
et beau­coup d’auto­ges­tion (chris­tian durand)

1 - l’Auto­ges­tion dési­gne la ges­tion directe d’un groupe humain par les mem­bres de ce groupe. C’est la forme élé­men­taire de la démo­cra­tie.
2 - les déci­sions sont pri­ses par l’Assem­blée Géné­rale, com­po­sée de tous les mem­bres du groupe. C’est le Con­seil de base ou le Comité Local.
3 - l’Assem­blée Géné­rale nomme et révo­que des délé­gués pour des taches pré­ci­ses.
4 - les délé­gués des con­seils locaux se cons­ti­tuent en un con­seil con­cer­nant un groupe plus vaste : con­seil dépar­te­men­tal, régio­nal, natio­nal, inter­na­tio­nal (…inter­ga­lac­ti­que dans le cas du Chia­pas).
5 - l’ensem­ble cons­ti­tue la Pyra­mide des Con­seils où tous les niveaux obéis­sent aux mêmes prin­ci­pes : assem­blée géné­rale fré­quente et sou­ve­raine, démo­cra­tie directe et délé­ga­tion avec man­dat et compte-rendu impé­ra­tifs.

Cette forme d’orga­ni­sa­tion remonte à la plus haute anti­quité. Elle a été petit à petit rem­pla­cée par des for­mes poli­ti­ques auto­ri­tai­res : aris­to­cra­tie, monar­chie, plou­to­cra­tie, cen­tra­lisme démo­cra­ti­que, dic­ta­tu­res mili­tai­res (géné­ra­li­sées en Afri­que). Elle ne sur­vit que dans des petits grou­pes auto­no­mes (anar­chis­tes).
La révo­lu­tion indus­trielle du dix-neu­vième siè­cle a encou­ragé le déve­lop­pe­ment du suf­frage uni­ver­sel (sans les fem­mes) et de la démo­cra­tie bour­geoise repré­sen­ta­tive - les délé­gués (dépu­tés, séna­teurs) sont élus pour une lon­gue durée (cinq ans, neuf ans et par­fois même à vie) sans man­dat impé­ra­tif, sans pos­si­bi­lité de révo­ca­tion, sans obli­ga­tion de ren­dre compte, avec des avan­ta­ges maté­riels con­si­dé­ra­bles.
On en con­nait les con­sé­quen­ces : cor­rup­tion, délin­quance, enri­chis­se­ment, impu­nité… et déve­lop­pe­ment de l’abs­ten­tion par écoeu­re­ment (50% aux Etats-Unis, 40% aux élec­tions euro­péen­nes).
Ces tra­vers ont gagné les par­tis, les syn­di­cats, les mutuel­les cons­ti­tués ori­gi­nel­le­ment sur un mode asso­cia­tif. Les asso­cia­tions de type 1901 se rap­pro­chent du mode auto­ges­tion­naire. Mais il y est sou­vent per­verti par le culte de la per­so­na­lité, l’opa­cité finan­cière, le non-renou­vel­le­ment des diri­geants, la mani­pu­la­tion des ag.

Dans la lutte des clas­ses con­tre un adver­saire puis­sant et cen­tra­lisé, l’auto­ges­tion des lut­tes est par­ti­cu­liè­re­ment effi­cace. On lui doit nos prin­ci­pa­les vic­toi­res récen­tes :
- Mai 68 : pas de grand chef, pas de quar­tier géné­ral, pas de bible, pas de gou­rou.
De mul­ti­ples ini­tia­ti­ves décen­tra­li­sées et spon­ta­nées. Il a fallu la col­lu­sion du pou­voir d’état et des orga­ni­sa­tions poli­ti­ques et syn­di­ca­les cen­tra­li­sées pour y met­tre fin.
- Lip : assem­blée géné­rale déci­sion­nelle en accord avec le syn­di­cat majo­ri­taire.
- Lar­zac : assem­blée géné­rale des pay­sans con­cer­nés. Vaste sou­tien. Vic­toire totale.
- Lut­tes étu­dian­tes : comi­tés de lutte/grève, coor­di­na­tions régio­na­les et natio­na­les.
- Chia­pas : assem­blée des com­mu­nau­tés indi­gè­nes, sou­tien inter­ga­lac­ti­que. Vic­toire.
- Non au TCE : comi­tés 29mai, réseaux inter­net. Divine sur­prise : 54% !
- Cam­pa­gne Bové : cuals, réseau, ini­tia­tive locale, mee­tings décen­tra­li­sés : 500 000 !

Chris­tian de Séte : xian.durand@o­range.fr; http://col­lec­ti­fin­vi­si­ble.free.fr

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