Dernière mise à jour 19/11/2017

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Lettre ouverte à Paul Ariès : Prenons le pouvoir et procédons à l'arrêt immédiat du nucléaire

Cher Paul,

Je suis très étonné et surpris de recevoir cette invitation à signer un appel qui revient tout bonnement à m’engager publiquement à voter pour Jean-Luc Mélenchon sous les couleurs - je cite - « des gauches antiproductivistes et objectrices de croissance », en résumé, les tiennes.

Cette invitation méconnait les termes d’un article que j’ai publié le 10 février dernier sur Netoyens.info. En le lisant, tout le monde comprendra que je sais prendre le temps de te lire alors que la réciproque reste encore à démontrer.

Car en effet si tu l’avais lu, tu aurais, je le pense, pris la précaution de ne pas m’ajouter à la longue liste de tes destinataires. En outre, comme ce fut le cas dernièrement pour l’Appel des 200 dont j’ai fait très vite partie, je n’aurais pas eu besoin d’un rappel à l’ordre pour me prononcer parmi les tout premiers soutiens du candidat du Front de gauche si j’en avais perçu l’intérêt à défaut d’en éprouver l’urgence.

Mise au point

Je n’abuserai donc pas de ton précieux temps de lecture en allant droit au but. Le 10 février donc, après avoir écrit plusieurs articles analysant l’offre du Front de gauche et la position de son candidat [1], je faisais référence à ton édito publié dans le numéro 28 du Sarkophage titré « Battre Sarkozy… sans illusion » et je terminais mon « Mélenchon… faute de mieux ? » par ces mots :

« Le jour où le candidat du Front de gauche sera élu, n’oubliez pas de soutenir l’homme qui dit à qui veut l’entendre que « personnellement » il veut sortir du nucléaire alors que le petit livre rouge qu’il brandit et arbore fièrement le titre « L’humain d’abord », étrangement ne le veut pas… comme d’ailleurs le futur ex-Président Sarkozy [6].

Ce jour là n’oubliez pas les promesses de référendum et à défaut, organisez les. N’oubliez pas non plus de prendre au mot le slogan qu’eux-mêmes affichent partout : prenez le pouvoir ! ».

Je pense que le rédacteur en chef du nouveau journal « Les Z’indignés » que tu es, sera très sensible à la dernière proposition. Tu ne devrais pas l’être moins avec la précédente.

Pour que ma position soit la plus claire possible, personnellement, je défends l’arrêt immédiat du nucléaire avec quelques arguments de poids [2]. C’est une position responsable et raisonnable mais résolument antinucléaire que devrait tenir toute personne soucieuse de ne pas prendre le risque d’une compromission lourde et grave de conséquences dès lors qu’il connait un tant soit peu l’état extrêmement dégradé de cette industrie, des conditions de travail que vivent ses ouvriers et le caractère particulièrement antidémocratique de l’élite pronucléaire qui la pilote, pour n’utiliser que des termes les moins catastrophistes qui soient.

Fort de l’expérience concrète de la présidentielle que toi et nombre de tes destinataires connaissent, je veux tout de même jouer Jean-Luc Mélenchon gagnant mais il lui appartient d’en montrer le désir véritable. Or on ne peut pas dire qu’il le manifeste aussi fortement dès qu’il s’agit de l’arrêt du nucléaire comparé à la poursuite des plus riches évadés fiscaux à travers le monde qu’il pense pouvoir diligenter.

En l’état de ce que nous savons de son importante progression dans les sondages, il lui est impossible d’être au second tour malgré l’ambition qu’il dit avoir et les 5 points qui le sépare encore de Sarkozy comme certains sondages non publiés le disent. Comme on peut le voir, je prends l’hypothèse la plus favorable. Or je pense que bon nombre d’antinucléaires de gauche comme de droite et autres abstensionnistes et anti-systèmes se trouvent cette année particulièrement en mal de candidature.

Proposition d’intercession alternative soucieuse de réciprocité

En d’autres termes, ta présente intercession demandant comme d’habitude que les convictions et les combats épousent la forme des offres électorales packagées, pourrait si tu le voulais ne pas aller à sens unique. Ce faisant, elle serait bien plus utile que d’essayer de faire voter avant l’heure des ami-e-s ou des camarades déjà peu ou prou convaincu-e-s. Elle serait réussie si le candidat Mélenchon se manifestait clairement en faveur d’une décision politique d’arrêt du nucléaire dans le courant de son mandat plutôt que de tergiverser comme il l’a fait en recourant à la mystification de la sortie des énergies carbonées [3], notamment lors de son débat face à un Copé menaçant (?) sur France 2. (cf. Des paroles et des actes - 17/11/2011 - à partir de 7’55” puis 18’15”)

Elle permettrait en outre mais pour le moins, d’en savoir plus sur le délais que prévoit le candidat pour mettre en oeuvre le référendum programmé par le Front de gauche, la durée des débats qu’il juge nécessaire et la question qu’il compte poser. Je dis bien pour le moins car, j’ai de bonnes raisons de penser que cette proposition n’a de vertu que le dilatoire suffisant non pas pour « sortir » du nucléaire mais pour sortir cette industrie génocidaire de l’ornière.

Je considère que l’absence de courage politique en la matière est d’emblée coupable et passible au premier chef de mises en danger de la vie d’autrui. À ce compte là, il vaudrait mieux que Jean-Luc Mélenchon ne soit pas élu puisqu’il pourrait, par voie de conséquence, encourir le tribunal Russell contre les crimes du nucléaire civil qui a fait l’objet d’un de tes nombreux autres appels qu’une fois n’est pas coutume, j’ai signé (1752/4733).

Quoiqu’il en soit, il serait préférable de mieux entendre ce que nous avons à lui dire avant de compter sur un ralliement des antinucléaires sous une bannière qui ne laisse de place qu’au rouge (rien de vert, ni de jaune, encore moins de jaune et noir) et dont les textes ne cherchent qu’à nous faire prendre des vessies pour des lanternes éclairées à l’électronucléaire durable.

À quoi devrait servir la création d’un pôle 100% public de l’énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total renationalisé ? Tu connais comme moi la position du PCF et des syndicats dominants dans le Front de gauche et le milieu de l’énergie : il suffirait de remettre EDF dans le giron du public et de lui donner les moyens pour que le nucléaire soit comme par enchantement parfaitement sûr et viable grâce aux subsides tirées de l’impôt. Nous sommes nombreux à ne pas en croire un traitre mot et nous considérons cette position comme un aveuglement d’une extrême gravité.

En conséquence, il faut s’en défier tant on a déjà entendu l’éternelle rengaine, bien avant Three Miles Island, Tchernobyl et dernièrement Marcoule et Fukushima pour n’évoquer que les plus médiatiques catastrophes. Il est même honteux de voir combien le sujet brille par son absence dans ce qui nous est servi comme débat. On voudrait tuer la prise de conscience, l’indignation et la colère « post-311 » qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Je refuse donc de me rendre complice d’un tel déni.

Notre diversité est certes notre grande richesse à la seule condition que nous laissions une chance à l’humanité d’en vérifier l’intérêt.

L’humain d’abord ? Prenons le pouvoir et arrêtons le nucléaire immédiatement pour que l’humanité soit assurée qu’un avenir est encore possible.

Notes :

[1]

[2] Nucléaire : l’arrêt immédiat c’est possible !
http://www.netoyens.info/index.php/contrib/10/03/2012/nucleaire-l-arret-immediat-c-est-possible

[3] Le référent du dioxyde de carbone a été adoubé par le lobby du nucléaire et lui est bien utile. Or, le GIEC nous dit qu’il n’y a pas que le CO2 qui vaille. Bien d’autres gaz à effet de serre comptent dans la lutte contre le dérèglement climatique comme le méthane - 25 fois plus puissant en effet de serre que le CO2 - et la vapeur d’eau qui s’évalue à 50% des rejets anthropiques et dont le nucléaire est fortement producteur. Une centrale en effet peut consommer et polluer jusqu’à 50% de l’eau du bassin versant sur lequel elle est implantée.


Voir aussi :
- Les 90 (!) Chroniques antinucléaires de Laurent Mabesoone (poète français résidant au Japon)
- http://www.netoyens.info/index.php/tag/Nucl%C3%A9aire
- http://www.netoyens.info/index.php/tag/Antinucleaire

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Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

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