Dernière mise à jour 21/09/2017

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Dans le TAFTA, qu'est ce qui ne va pas ?

Le traité de libre échange aux multiples noms (PTCI, TAFTA, TTIP,...) qui est en train d’être négocié entre les délégués de la Commission Européenne et les représentants des États-Unis est une énième vacherie que les maîtres du monde nous ont récemment concoctée. Après l’AMI, l’ACTA ou l’AGCS, on peut dire qu’ils n’ont pas été avares de mesures pour transformer nos vies. En pire bien sûr. De la transformation des services publics en entreprises privées à la destruction des systèmes de retraites en passant par les multiples destructions prévisibles avec les gaz de schistes, Notre Dame des Landes, les OGM, etc. Ce traité en cours de négociation aura pour conséquence d’aggraver les choses à leur plus grand bénéfice bien entendu !

Sous prétexte de « relancer la croissance » et de « favoriser l’emploi » ce traité menace les quelques garde fous qui restaient encore face à certaines nuisances ou au cours chaotique de l’économie (interdiction de la fracturation hydraulique, des OGM, etc... mais aussi les assurances chômage, la sécurité sociale, la santé publique accessible, etc...). Concurrence oblige !

Ceci étant, les principales critiques qui sont faites à l’égard de ce traité ne nous semblent pas aller assez loin dans l’état des lieux et surtout dans la désignation des causes et des responsabilités. Il n’est pas indifférent de savoir qui est derrière tout ça et ne pas prendre pour des marionnettes trop influençables ceux qui sont les véritables – mais pas uniques – acteurs du désastre.

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                                                                                                          Paris, ce 28 novembre 1792

*

En nous présentant les États comme les défenseurs du bien public, on nous berce d’illusions. Il y a une pleine complicité entre les gouvernements et les Sociétés Transnationales. « Il y a une identification commune d’intérêts qui va au-delà du simple lobbying. » comme le dit J.H. Zubizarreta, et cela semble plus conforme à la réalité.

Des 28 États européens aucun n’a rechigné à donner son accord à la CE. Une telle unanimité devrait faire douter. Il est un discours très souvent entendu selon lequel l’État est le défenseur, le « gardien ». Et, si celui-ci agit contre les intérêts des populations qu’il devrait défendre, alors c’est qu’il se trompe. Et il ne vient pas fréquemment à l’esprit des porteurs de cette idée que la fonction première des États pourrait être de pacifier les oppositions existantes entre les pouvoirs liés au système capitaliste et les populations qui les subissent. Au plus grand profit du système qui en retire les bénéfices.

En effet, dans les mouvements récents contre les OGM ou les gaz de schistes par exemple, on a entendu à maintes reprises des réflexions du genre : « Mais comment nos gouvernants peuvent-ils accepter cela ? » Effectivement. Et pourtant, non seulement ils l’acceptent mais, qui plus est, ils l’encouragent. Il a fallu des mouvements populaires dans le cas des GDS ou des sabotages effectués par des groupes très minoritaires dans celui des OGM pour que les gouvernements légifèrent contre ces nuisances. Et encore d’une façon bien imparfaite. Sans cela, la gestion du capitalisme avec son lot de dévastations tant environnementales que sociales aurait été poursuivie sous les directives de l’État. On peut noter au passage les investissements colossaux faits par les États pour construire le programme nucléaire depuis des années et, plus récemment, les biotechnologies et les nanotechnologies dont on n’a pas encore beaucoup parler mais dont on parlera quand les dégâts occasionnés arriveront aux oreilles du public. Restons-en là.

Seule une foi inébranlable dans les vertus de l’État soutient les critiques parcellaires de la plupart des commentateurs. Croire que les États vont nous sauver et ont le pouvoir de le faire ne peut que nous désarmer dans la tourmente sociale qui s’annonce. Atteindre à une réelle autonomie dans nos luttes serait bien plus cohérent et efficace que d’accorder notre confiance aux politiciens professionnels, de quelque bord qu’ils soient, qui ne l’ont en rien méritée.

**

Un deuxième aspect qui est systématiquement mis de côté dans ces critiques du PTCI concerne ce qui est sa raison d’être : le retour à la croissance. C’est le but officiellement recherché par cet accord. La plupart des critiques se contentent de dire que les perspectives de croissance sont ridiculement faibles et c’est sans doute vrai. Mais l’essentiel est que, qu’elle soit ou pas au rendez-vous cette croissance, c’est là que réside le problème et certainement pas là qu’est la solution ! Car la croissance, c’est le capitalisme qui se reproduit et envahit tout ce qu’il n’avait pas encore réussi à toucher. Oublions-nous qu’«il y a des formes de travail qui ne sont pas un bienfait mais une malédiction»?[1]

Allons-nous nous battre pour plus d’emplois de publicitaires et d’agents de marketing pour faire vendre encore plus la pacotille que nous destine le capitalisme ? Où se nicherait donc la croissance sinon dans le produire plus et le vendre plus ? Le capitalisme ne produit jamais pour répondre à un besoin ou pour combler une pénurie, il ne produit que pour extraire du profit et s’accroître ! À quoi sert le secteur des services financiers aux entreprises ou aux particuliers ? À quoi servent les sociétés qui organisent l’endettement des ménages ? En un mot, allons-nous prolonger indéfiniment la vie d’un système mortifère sous le prétexte extravagant qu’il n’est pas d’actualité de le critiquer dans son ensemble ?

***

La démocratie est en perte de vitesse ? Il y a certainement matière à penser que les maîtres du monde nous manipulent, il suffit de lire le document sur l’acceptabilité produit par la Commission Européenne pour soutenir le TAFTA : « La Commission, pour sa part, a mis en place une opération de communication dédiée au TTIP , une approche qui a déjà donné des résultats.» Il faut « ...garder la main sur le récit de médias grand public sur les négociations, là où il y a un large soutien à la logique et à la substance de l’accord. » Peut-on être plus clair ? On veut orienter la population dont on craint un rejet massif. Comme pour le traité constitutionnel de Giscard. Et on emploie la grosse artillerie : recours aux médias consentants, aux réseaux sociaux, élaboration en haut lieu d’une méthode efficace de manipulation avec des objectifs à atteindre. Bref, l’attirail complet des officines de relations publiques qui travaillent l’opinion depuis des décennies pour faire vendre et acheter. Comme dans les Commissions Nationales de Débats Publics ( regard vers celui concernant les nanotechnologies et pourquoi pas vers celui des déchets nucléaires à Bure)

Mais la question se pose de savoir où il faut revenir pour voir à l’œuvre cette démocratie perdue (ou en train de se perdre). En 2005 ? quand le traité constitutionnel Giscard a été rejeté ou bien deux ans plus tard quand celui-ci est revenu par le parlement alors qu’il avait été exclu par le référendum ? En 2003, la réforme des retraites est imposée par le gouvernement Raffarin (présidence Chirac) alors que des milliers de gens participèrent pendant des mois aux manifestations. Aucun effet, la réforme "passe" ! En 2010 même chose avec Fillon ; plusieurs sondages montrant que 65% à 70% des gens étaient contre cette réforme. Rien n’y a fait. La réforme "passe". Démocratie ? ...Les gouvernements n’ont écouté les populations que quand un rapport de force a été instauré en leur faveur [2]. On aura du mal à trouver le temps chéri où le pouvoir consentait... de bonne grâce. La démocratie est certainement à instaurer mais on aurait du mal à la trouver dans un passé récent.

****

En fait, cette critique parcellaire qui nous revient avec la « gauche de la gauche », nous renvoie à un système capitaliste que l’on doit corriger pour ses excès plus qu’à un système dont il faut se défaire. Un système presque parfait et donc ...perfectible.

On peut se dire " qu’importe ! " Puisqu’il faut stimuler la lutte du peuple contre le dit TAFTA. Cependant si on voit se dessiner dans leur critique la figure chérie de ce capitalisme des années 50 qu’ils aiment tant, on peut être sûr que cette aspiration réapparaîtra tôt ou tard chez ceux-là comme une alternative positive. C’est un demi mal bien sûr, dira-t-on, mais on aura vite oublié qu’un demi mal, c’est encore le mal, comme dirait Hannah Arendt.

On est en face de la critique impuissante d’une forme de pouvoir dont on ne cesse de répéter qu’elle est mauvaise mais dont on ne peut sortir. La cage d’un système clos. Dont beaucoup ne peuvent que critiquer des aspects mais qui apparaît si compact et si "parfait" qu’ils ne peuvent qu’en vouloir des modifications "à la marge".

«...face à ces structures impersonnelles qui fonctionnent en système ni les individus ni les peuples ne peuvent rien faire ou presque : dépendant de leur bon fonctionnement ils ne peuvent vouloir qu’une meilleure gestion du système, plus efficace et rationnelle, c’est à dire un surcroît d’organisation bureaucratique » [3].

C’est bien de cette impuissance conceptuelle qu’il s’agit mais ce n’est pas qu’une affaire d’incapacité de certains de nos contemporains, la critique du capitalisme a de longue date subi une inflexion continue vers cette impasse : « la seule valeur qui leur restera sera ...une administration et une intendance bonnes d’un point de vue technique, autrement dit rationnelle... » disait déjà Max Weber au début du XX° siècle. Entre ceux pour qui « tout doit changer pour que tout reste pareil » [4] et ceux qui veulent changer pas grand chose en pensant qu’ils changent le monde, il y a les apologistes du système qui affirment cyniquement : « there is no alternative !  » [5]

Aristide D


Notes:

[1]  William Morris

[2]  À l’étranger, le tunnel pour le TGV Lyon-Turin (TAV en italien) : depuis des années des manifestations. Une ’minorité’ : le val de Susa, est promise à la destruction si construction il y a. Unanimité contre le TGV dans cette vallée et grandes manifestations à répétition. Mobilisation dans toute l’Italie. Le projet est prêt aujourd’hui à être réalisé. ...Déni de démocratie ? On pourrait trouver bien d’autres exemples.

[3]  Aurélien Berlan – revue Entropia n°15

[4Prince de Lampedusa

[5Margaret Thatcher


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Aristide Durutte

Auteur: Aristide Durutte

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Commentaires (2)

NonMerci NonMerci ·  20 mars 2014, 21h49

Le Traité Transatlantique n’est pas signé !
Les « Grands médias » (presse, tv ,,,) n'en parlent pas, ne font pas leur travail d'information !
- Un collectif unitaire « StopTAFTA » a été crée en France.
- En Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Royaume-Unis il en est de même. Ces collectifs se sont réunis avec des représentants « StopTafta » de toute l’Europe à Bruxelles pour coordonner leurs actions avant les élections européennes, des manifestations à Berlin, Bruxelles et Paris ont fait le plein..
- En France des collectifs locaux se montent (comme cela a été le cas pour lutter contre les gaz de schiste . il y a plus de 250 collectifs « gaz de schiste non merci »), c'est le levier pour une mobilisation sans concession contre le traité et les organisations qui œuvrent à sa mise en place dont les lobbies
En France des conférences sont programmées pour avertir les français des dangers du traité transatlantique en cours de négociation.
Les régions Ile de France et PACA, les villes de Besançon et Niort se sont déclarées « Hors Tafta » et le région Auvergne « contre le Traité (tafta).
Réunissons nos énergies

Toutes les informations et l’actualité à ce sujet sur —> http://stoptafta.wordpress.com/

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  20 mai 2014, 12h54

Le traité transatlantique est mensonger : http://www.levif.be/info/belga-generique/le-traite-transatlantique-est-mensonger/article-4000624635538.htm

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