Dernière mise à jour 20/10/2017

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Gaz de couche : nouvel avatar des masseurs de roche

Alors que le Conseil Constitutionnel a confirmé début octobre la validité de la loi interdisant la fracturation hydraulique, certains industriels ne se laissent pas abattre et ont d’autres cartes à jouer que les gaz et huile de schiste, grâce au gouvernement qui signe des permis en parlant trompeusement de « gaz de houille ».

Depuis le mois d’août le gouvernement a débloqué plusieurs permis exclusifs de recherche, jusque là gelés par Delphine Batho, concernant les « gaz de houille ».

S’ajoutant aux permis de recherche déjà attribués de 2007 à 2010 (Bleue Lorraine (57), Sud-Midi (59), Valencienne (62), Lons Le Saunier (39), Gaz de Gardanne (13)) et aux permis d’exploitation déjà en court (Poissonnière (59) et Désirée (62)), ont été signées :

  1. l’attribution des permis de recherche (Forcelles (54), Seepbach (67)),
  2. la prolongation de Bleue Lorraine Sud (57) et Soufflenheim (67)
  3. et l’ouverture à la concurrence de Nord Cambrai (59), Bleue Lorraine Nord.

Bien-sûr, le Ministre du Redressement Productif nous affirme que ces permis ne peuvent pas donner lieu à une contestation de la part des populations puisqu’ils ne présentent aucun risque pour l’environnement n’étant pas concernés par la fracturation hydraulique. [1]

Mais de quoi s’agit-il ?

Le terme «gaz de houille» (essentiellement du méthane) est un terme générique englobant le gaz de mine (coalmine methane) ou grisou, issu des mines de charbon désaffectées, et récupéré par pompage depuis 1975 et le gaz de couche (coalbed methane) qui est produit à partir de couches de charbon n’ayant pas donné lieu à exploitation minière classique, en raison de leur profondeur ou de leur mauvaise qualité. Ce gaz est adsorbé (piégé) dans le charbon qui est une roche-mère.

Les gisements de gaz de couche peuvent être exploités de plusieurs manières. Tout d’abord par forage vertical, puis horizontal en étoile dans les veines de charbon et mise en dépression par pompage de l’eau présente ou injectée, ce qui provoque la sortie de l’eau et du gaz, ensuite séparé en surface. Le charbon est naturellement fracturé, mais les gaziers ont recours, dans 90% des gisements de gaz de couche dans le monde, à la fracturation hydraulique afin de rentabiliser le gisement. Une autre technique existe encore, c’est la fracturation mécanique, c’est en fait une fracturation par la multiplication des « conduits » verticaux forés, le sous sol est alors transformé en « gruyère » pour visiter toutes les couches de charbon. Le risque de pollution vient de la qualité de l’eau sortant du forage (même sans fracturation hydraulique) après avoir séjourné des milliers d’années en contact avec un combustible fossile, qui même traitée reste polluante, comme le démontrent les problèmes environnementaux rencontrés en Australie.[2]

« Les tests montrent que l’eau extraite de la veine de charbon pendant l’exploitation minière est responsable des niveaux élevés d’ammoniac, de méthane, de dioxyde de carbone, de lithium, de cyanure, de bromure et de bore dans le ruisseau Bohena ».[3]

Voir ce reportage de la télévision Australienne :


Il ne faut donc pas confondre la récupération passive du gaz de mine (qui évite qu’il s’échappe dans l’atmosphère) et la récupération « assistée » du gaz de couche en parlant de gaz de houille.

Les permis cités précédemment concernent évidemment le gaz de couche.

Dans les bassins du Nord Pas de Calais et Lorraine, les risques sont d’autant plus importants que les innombrables galeries existantes rendent le sous-sol instable et sensible aux séismes.

Les forages de la société European Gas Limited (EGL) en Lorraine, où de nombreuses failles et fractures naturelles mettent en communication nappe phréatique et couches renfermant du méthane, font courir de graves dangers à la nappe des Grès du Trias inférieur, alors qu’elle est une ressource stratégique d’eau douce de 150 millions de m3 utilisée pour l’alimentation et l’industrie.

Il y a également la question du devenir des boues et des eaux de forages [4], ainsi que celle des fuites de méthane dans l’atmosphère (fuite de puits ou remontées par des failles), sachant qu’aux États Unis, on estime que 4 à 8 % du méthane extrait s’échappe des puits qui fuient. Le méthane est un gaz à effet de serre 23 fois plus destructeur que le CO2.

Officiellement, on nous vend encore un nouvel Eldorado sans pollution : « Les ressources des deux bassins (Lorraine et Nord Pas-de-Calais) pourraient correspondre à dix années de consommation de gaz en France, c’est-à-dire significativement plus que ce qu’a produit à ce jour le bassin de Lacq. » Des centaines d’emplois directs et indirects… Enfin, ceci d’après EGL, repris et augmenté par les politiques[5], dans des régions extrêmement touchées par le chômage et habituées à l’industrie minière. Les collectifs non au pétrole et gaz de schiste et de couche se heurtent à l’incompréhension de la CGT et du PCF, voir aux insultes du PCF local Divion-Ourton-Diéval  et habituelles accusations : « Ceux qui prônent la décroissance et le retour au cheval favorisent une écologie punitive, faisant disparaître l’industrie et donc les emplois… ».

Avec ces arguments, on est loin, bien loin des préoccupations des climatologues sur l’état de la planète, cités par Naomi Klein, qui de plus en plus considèrent que le seul espoir de sauver la Terre est dans les mains de «personnes ou groupes de personnes» qui «adoptent un certain ensemble de dynamiques qui ne cadrent pas avec la culture capitaliste». Selon le résumé de sa présentation (Brad Werner), ceci inclut «l’action directe pour l’environnement, la résistance en dehors de la culture dominante, comme des manifestations, des blocus et des sabotages par des peuples indigènes, des travailleurs, des anarchistes et autres groupes d’activistes».

«Mais la vérité est en train de surgir, malgré tout. Le fait que la poursuite de profits et de croissance, comme si de rien n’était, est en train de déstabiliser la vie sur terre n’est plus une information confinée dans les pages des revues scientifiques. Les premiers signes se déroulent sous nos yeux. Et de plus en plus de gens réagissent en conséquence : blocage des activités de fracturation hydraulique à Balcombe ; interférence avec les préparatifs de forage dans l’Arctique dans les eaux russes (avec un coût personnel énorme) ; plaintes déposées contre les exploitants de sables bitumineux pour violation de la souveraineté autochtone, et d’innombrables autres actes de résistance, petits et grands. Dans le modèle informatique de Brad Werner, c’est cela la « friction » nécessaire pour ralentir les forces de déstabilisation ; le grand militant climatique Bill McKibben les appelle les « anticorps » qui se dressent pour combattre la « fièvre galopante » de la planète. »[6]

Espérons que les « anticorps » se multiplient rapidement.[7]


Notes :

[1] Le gaz de houille, nouvel eldorado fossile ?

[2] Merci à Estelle Tardy du “Collectif Causse Méjan - Gaz de schiste NON !” en Lozère pour son dossier “Le B-A BA des hydrocarbures”

[3] http://www.wilderness.org.au/regions/new-south-wales/new-data-treated-coal-seam-gas-water-threatto-rivers

[4] Les eaux récupérées ne seront pas retraitées, puisqu’EGL les considère comme “propres” !
Elles seront revendues pour des usages industriels ou rejetées dans les cours d’eau ! http://amisdelaterremp.free.fr/IMG/pdf/Gaz_de_houille_ATNord.pdf

[5] Rapport d’étape du sénateur Lenoir et du député Bataille http://www.senat.fr/rap/r12-640/r12-6407.html

[6] Comment la science nous appelle tous à la révolte (New Statesman) - Naomi Klein

[7] Collectif Houille-ouille-ouille : http://houille-ouille-ouille-5962.com/


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Auteur: Ania

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