Dernière mise à jour 17/12/2017

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Les anticorps des gaz de schistes ici et ailleurs

chevron_romania_riot.pngLes anticorps continuent de combattre la « fièvre galopante » de la planète.

Pour les collectifs du Bassin Parisien, après une deuxième réunion le 19 novembre dernier avec le Directeur de Cabinet du MEDDE, Francis ROL-TANGUY, plusieurs communiqués de presse et une pétition « Monsieur le Ministre, ne signez pas », Philippe Martin s’est enfin engagé à ne pas signer la mutation des 7 permis de recherche d’hydrocarbure de Seine et Marne et de l’Aisne à l’entreprise Hess Oil.

 

En France

Déclaration du ministre au Parisien :

« Je refuse de signer la mutation de ces permis de recherche d’hydrocarbures qui avaient été octroyés par le précédent gouvernement à Toreador, dans le bassin parisien. Depuis quatre mois, j’ai croisé les expertises et examiné chaque permis en ayant une seule priorité en tête : le respect de l’intérêt général. Pouvais-je valider ces mutations de permis alors que leur objectif initial était exclusivement d’explorer des gaz de schiste et que la société américaine qui les as rachetés est spécialisée dans l’extraction de gaz de schiste ? Vu les couches géologiques visées par ces forages, cela implique forcément d’avoir recours à la fracturation hydraulique qui est un procédé interdit en France. Ce qui a emporté ma décision, c’est l’analyse technique et juridique de chaque permis, en concertation et en transparence avec les élus et les collectifs de citoyens concernés. »

Ben voilà ! Cela fait des années que les collectifs le disent, mais jusque là, ils n’étaient pas crédibles. Reste plus que 115 demandes de permis, dont 97 concernent de manière évidente des gisements non conventionnels, 52 permis exclusifs de recherche en cours, 4 demandes de concession et 64 concessions et les permis gaz de couche.

De leur côté, les collectifs contre les gaz de couche :

  • suivent les camions à Tritteling-Redlach (Moselle), où EGL - avec l’accord du conseil régional de Lorraine - fore déjà pour évaluer la présence de gaz de couche, et constatent que les boues de forage, susceptibles de contenir des métaux lourds et des matières cancérigènes et/ou radioactives sont déversées dans des champs environnants ou dans des exploitations agricoles.
  • Dans le Nord Pas de Calais, lors de l’enquête publique, ils dénoncent le mensonge qui entoure la demande de prolongement de la concession de Gazonor «d’hydrocarbure liquide et gazeux» pour 25 ans. Jusqu’à présent Gazonor récupérait le gaz de mine, mais dans sa demande, elle ajoute qu’elle va exploiter le gaz de couche pour alimenter de petites unités de production d’électricité. Ce qui n’est pas du tout la même chose. Il ne s’agit donc pas d’une prolongation. Et, cerise sur le gâteau, elle compte bien obtenir «la négociation d’un tarif de rachat de la production d’électricité à partir de l’énergie de récupération qu’est le gaz de mine, le déploiement de nouveaux sites de production de gaz de mine». En clair cela signifie qu’en payant leurs factures d’électricité, les consommateurs vont financer ce groupe financier pollueur, au titre de la CSPE (Contribution au Service Public de l’Électricité) qui concerne le développement des énergies… renouvelables !
  • et le Collectif Houille-ouille-ouille 59/62 intervient à la Commission Régionale le mardi 10 décembre avec un très bon texte qui répond aux habituels arguments des pro huile et gaz de schiste et de houille.

En Roumanie

pungesti_DSC_9451jpg.jpgPendant ce temps, ailleurs, en Roumanie, c’est à la violence physique que se heurtent les anticorps.

À Pungesti, les habitants se battent depuis plusieurs mois contre le géant américain de l’énergie, Chevron, qui veut exploiter des gaz de schiste.

Le 17 octobre, après 3 jours d’échauffourées entre gendarmes et manifestants (3 blessés), Chevron suspend son activité :

« Couchés dans la boue, à genoux, avec leurs charrettes, ou les mains jointes pour une chaîne humaine, les villageois ont empêché durant trois jours les excavateurs et bulldozers contractés par Chevron d’entrer dans le champ où devait être foré le premier puit d’exploration en Roumanie.
Nous ne leur permettrons pas de venir ici. Ils sont venus avec des gendarmes, des gardiens pour nous faire peur maison veut seulement qu’ils nous laissent en paix même si nous sommes pauvres, a déclaré un manifestant, Gheorghe Hrum, cantonnier retraité de 76 ans. »

Mais le 2 décembre à 3h40 du matin, dans une pénombre rendant impossible toute tentative de filmer utile pour alerter l’opinion publique, plus de 500 policiers «anti-émeute», venus des autres provinces de Roumanie sans aucun lien avec les habitants en lutte, ont attaqué le camp de résistance implanté sur un terrain privé proche de celui du forage installé depuis le 14 octobre :

pungesti_DSC_9499.jpg« Alors que pas plus de 100 personnes occupaient le camp de manière pacifique, la police a barricadé la zone malgré les protestations des propriétaires des terrains privés. Les routes sont coupées et la communication bloquée. La loi martiale est appliquée dans le village. Des membres de la presse ont tenté de s’approcher de la zone, mais ils ont été repoussés et renvoyés au centre du village dans un «point presse» où ils ne reçoivent aucune information.

La police anti-émeute utilise une force militaire, ils sont équipés avec des armes, du gaz et applique une logique de guerre.  »

Message d’une militante roumaine anonyme, arrivée sur la liste de la coordination des collectifs français à 10h du matin. Hospitalisations, arrestations, amendes…(cf. site en roumain)

Immédiatement, les collectifs français envoient l’information à tous les médias et journalistes possibles dont Hervé Kempf qui la publie très rapidement sur Reporterre.

Dans la foulée, ils publient un communiqué de presse : La guerre du gaz de schiste aurait-elle commencé en europe ?

Lettre individuelle à l’ambassadeur de Roumanie en France :

…Je vous demande d’appeler le gouvernement roumain à arrêter le déploiement de forces de police contre des citoyens qui défendent démocratiquement, et avec raison, leur environnement et leur pays contre Chevron.

La situation est désormais connue internationalement et le gouvernement roumain doit cesser immédiatement l’usage de la force. Il doit calmer la situation et respecter les souhaits de la population de Pungesti qui demande d’interdire la fracturation hydraulique.
Les habitants de Pungesti sont soutenus par des millions de personnes dans le monde qui continuent à être attentives au déroulement de la situation. Je contacte également les organismes de défense de droits de l’homme….

Courriels à M. Martin Schulz, Président du Parlement Européen.

Ils ne sont pas les seuls, et les ambassadeurs de Roumanie, les députés européens et le président du Parlement européen ont été largement sollicités depuis lundi par des citoyens et des associations de toute l’Europe, agissant par solidarité, pour intervenir auprès de la Roumanie et demander que cessent les violences policières sur des populations qui ne font que défendre leur environnement ancestral, leurs terres nourricières et leur eau, leurs seules richesses.

Des vidéos dont une sous-titrées en anglais sont diffusées.

Le 7 décembre, les habitants de Pungesti sont rejoints par des centaines de manifestants (au moins 600) de toute la Roumanie, mais aussi des Pays-Bas, de France, des représentants d’ONG comme Greenpeace, ou les « Amis de la Terre Europe »  venus recueillir des témoignages qui seront présentés au Parlement, etc. Malgré la présence de la police, ils font tomber la clôture qui entoure le terrain du forage, terrain loué d’une manière litigieuse par le maire de Pungesti à la compagnie américaine.

À 14h, Chevron déclare pour la deuxième fois suspendre ses activités de forage. Déclaration sur laquelle il reviendra à nouveau, le lendemain matin.

20 personnes sont arrêtées, d’autres blessées en essayant d’empêcher ces arrestations. Ils sont menacés de 29 jours d’incarcération.

À 22h15 encore, les gendarmes passent à pied, de maison en maison, dans le village meurtri et en état de choc pour trouver les manifestants réfugiés chez les habitants, les tabasser et infliger des amendes aux personnes qui les avaient accueillies. Dehors, les villageois protestent. Les premières personnes arrêtées ont été libérées et sont maintenant de retour à Pungesti. Le magasin du village est fermé, le camp des résistants est détruit, pour la deuxième fois de la semaine.[1]

Le pays tout entier soutient Pungesti. Des centaines de personnes ont manifesté le même jour à Bucarest et ont été réprimées avec la même violence et condamnées à payer des amendes.[2]

Cette répression doit permettre de faire taire les opposants et de livrer le pays entier aux mains des compagnies pétrolières. Et pendant ce temps, profitant de l’absence de son premier ministre (parti à l’enterrement de Mandela), les députés ont adopté, de manière inattendue, des amendements au code pénal qui exonèrent les élus et le chef de l’État d’éventuelles poursuites et sanctions pour corruption (28 parlementaires sont en prison sous le coup d’un procès).[3]

Mais c’est une autre histoire, quoique ?


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Auteur: Ania

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Commentaires (1)

Ania Ania ·  23 février 2015, 11h58

GAZ DE SCHISTE - Chevron quitte la Roumanie

Le pétrolier américain a fait savoir ce week-end qu’il renonçait aux projets d’exploitation de gaz de schiste qu’il menait en Roumanie, considérant que ces concessions ne pouvaient pas concurrencer en ce moment d’autres opportunités d’investissement du portefeuille global de Chevron. La compagnie américaine a ainsi confirmé une information qui était sortie plus tôt dans la presse.

Après l’arrêt de ses projets en Pologne, Ukraine et Lituanie, la Roumanie était le dernier pays européen où Chevron était encore actif dans la prospection des gaz de schiste. Le deuxième pétrolier américain a expliqué que les résultats de ses études du sol effectuées en Roumanie seront remis à l’Agence nationale des ressources minérales et resteront à la charge de l’État.

En 2013, Chevron avait obtenu des permis d’exploration des gaz de schiste dans la région de la Moldavie, dans le nord-est de la Roumanie, ainsi qu’en Dobroudja, dans le sud-est. Le géant des hydrocarbures avait l’ambition de développer l’extraction par fracturation hydraulique. Cette méthode, utilisée aux Etats-Unis mais interdite en France en raison des risques pour l’environnement, consiste à injecter à très haute pression de l’eau mêlée à du sable et des produits chimiques pour libérer le gaz de la roche. En Roumanie, les défenseurs de l’environnement avaient rapidement mis en garde contre des risques de pollution des nappes phréatiques. D’importantes manifestations avaient éclaté localement, avant de s’étendre dans plusieurs villes du pays, notamment à Bucarest.

La rédaction (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 23 février 2015

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