Dernière mise à jour 17/12/2017

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Gaz de schiste : «l'exploitation écologique» du ministre du redressement productiviste

Heptafluoropropane.pngFrançois Hollande, lors de sa visite aux États-Unis, a déclaré mardi 11 février 2014, devant la puissante chambre de commerce américaine :

Nous réfléchissons à chercher des technologies autres que la fracturation hydraulique pour l’exploitation des gaz de schiste en France.

Dans le même temps, Montebourg affirme vouloir « convaincre » François Hollande « d’avancer sur la recherche » de techniques « propres » pour l’« exploitation écologique » des gaz de schiste.

Une technique propre aurait été découverte ?

Dans un premier temps, c’est le rapport de nos Dupont et Dupond pro-gaz de schiste qui la mentionne : je parle bien-sûr du rapport final de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) sur Les techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, et de leur deux rapporteurs Christian Bataille (député PS du Nord) et Jean-Claude Lenoir (sénateur UMP de l’Orne) avec son lot de contre-vérités.

Ils évoquent en premier l’utilisation du propane pour remplacer l’eau dans la fracturation hydraulique (notons que le propane étant sous une forme liquide, il s’agit toujours d’une fracturation hydraulique (liquide) – qu’en est-il de la loi de 2011 interdisant la fracturation hydraulique sans la définir ?). [1] 

Le propane, a déjà servi à mener quelques fracturations hydrauliques. L’avantage est de ne pas utiliser d’eau - ou très peu, mais le propane est hautement inflammable et cette technique en nécessite le stockage en surface plusieurs centaines de tonnes, ce qui transformerait chaque forage en site Seveso.

Il y a quelques jours, un puit a explosé dans le Comté de Greene en Pennsylvanie. La présence d’un camion de propane sur les lieux accréditait l’idée qu’ils étaient en train de fracturer avec ce liquide explosif.

Une autre technique est donc proposée : le NFP pour « non flammable propane ».[2]

Attention, il ne s’agit pas du fluoropropane (qui est lui aussi inflammable), comme il est dit dans certains articles qui reprennent l’information du Canard enchaîné révélant qu’Arnaud Montebourg attendrait la fin des municipales pour sortir un rapport défendant cette nouvelle technique qualifiée de « propre » par la société américaine EcorpStim dont les dirigeants doivent venir prochainement en France pour défendre leur technologie.

Il s’agit de l’heptafluoropropane (C3HF7 ou HFC – 227 ea) dont le potentiel de réchauffement climatique est nettement plus élevé.

On le retrouve dans la liste des gaz à effet de serre de l’ONU (UNFCCC) où il est indiqué comme ayant un potentiel de réchauffement global à 20 ans 4300 fois plus élevé que le dioxyde de carbone et 2900 fois plus élevé à 100 ans.

Il est d’ailleurs interdit en France et son utilisation contreviendrait aux engagements de l’Union Européenne de réduire l’usage des gaz fluorés de 80% d’ici à 2030.

Vous avez dit « propre » ?

Mais oui ! Reprenons le rapport des Dupont et Dupond (page 25) :

« Son usage pour l’extraction d’hydrocarbures n’impliquerait toutefois sa libération dans l’atmosphère qu’en cas d’incident. C’est pourquoi l’usage de NFP nécessiterait de prévenir et de contrôler les fuites susceptibles de survenir à tous les stades de la chaîne de production. »

Quand on sait qu’il y a justement des fuites à tous les stades de la chaîne de production ( les dernières estimations donnent des taux de fuites entre 2 et 11% dans les installations gazières américaines ), on peut s’inquiéter !

Pourtant le sénateur Bataille déclare :

« Le ministre du Redressement productif a demandé des éléments supplémentaires sur la technique du fluoropropane. Nous avons mis le doigt sur une technologie qui est propre, donc maintenant les conditions sont remplies pour qu’il y ait une expérimentation ».

C’est aussi oublier que dans le sous-sol il y a bien d’autres éléments comme des métaux lourds, des éléments radioactifs, de l’arsenic… et qu’il se produit à cette profondeur un effet de « réacteur chimique naturel » qui combine et transforme les produits utilisés, comme l’a démontré le Pr Picot, toxicochimiste :

« Tout semble se passer comme si la zone de fracturation, qui se situe à grandes profondeurs (1000 à 3000 m, voire plus), soumise à de fortes pressions et à des températures assez élevées, se comportait comme un réacteur chimique dans lequel plusieurs centaines de produits, dont certains sont de puissants catalyseurs (sels métalliques…), interagissaient et formeraient finalement de nouveaux composés, résultats d’une ou de plusieurs réactions chimiques. »

Or, à haute température, l’heptafluoropropane peut se décomposer et former ainsi de l’acide fluorhydrique ou fluorure d’hydrogène qui est un solvant classé très toxique et corrosif [3]. Notons par ailleurs qu’on nous vente une technologie qui n’a pour l’heure jamais été testée sur un forage.

Heureusement ce procédé risque d’être très onéreux étant donné le coût de l’heptafuoropropane, même s’il est question de le récupérer à la sortie du forage en le séparant du méthane. Encore une source de fuite possible. Il faudra donc que les forages disposent d’une unité de traitement supplémentaire pour la séparation et le stockage de cet heptafluoropropane.

L’heptafuoropropane, une fracturation plus « propre » qu’avec de l’eau ? Sûrement pas !

Combien de technologies miraculeuses, baptisées « écologiques », vont-ils nous inventer pour aller chercher les dernières gouttes d’hydrocarbures en essayant de tromper les peuples et de rendre acceptable cette exploitation ?

Le secteur pétrolier hexagonal poursuivra sa campagne en faveur de l’exploitation des hydrocarbures de schiste en France, aujourd’hui interdite, a prévenu mercredi sa principale organisation professionnelle, l’Ufip.
C’est une longue saga, mais nous n’abandonnerons pas”, a déclaré Jean-Louis Schilansky, le président de l’Union française des industries pétrolières. « Nous pensons que ce serait une erreur pour notre pays », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse.

Nous non plus, les anticorps, nous n’abandonnerons pas.

Notes:

[1] Définition habituellement utilisée : Technique employée dans le monde du forage qui consiste à injecter un liquide sous haute pression pour fissurer une roche et la rendre perméable.

[2] Le NFP est notamment produit par le chimiste franco-belge Solvay. Il pourrait être produit en France, si l’on décidait de l’utiliser pour l’extraction d’hydrocarbures. Tout bénef pour notre ministre en marinière.

Et le géant pétrolier français Total est partenaire du groupe ECorp dans le développement du gaz de schiste en Grande-Bretagne.

[3]  L’acide fluorhydrique est l’un des seuls liquides connus capables de dissoudre le verre. Il a la propriété unique de pouvoir dissoudre presque tous les oxydes inorganiques, ainsi que la plupart des métaux (exceptés le platine, l’or, l’argent et le mercure).
Dans le corps humain, il réagit avec le calcium et le magnésium et peut endommager les nerfs, les os et plusieurs organes parmi lesquels le cœur et les reins.


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Auteur: Ania

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