Dernière mise à jour 16/02/2019

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Européennes : le casse-tête de la « case de tête »

Geneviève Confort-Sabathé Les élec­tions euro­péen­nes, pré­vues le 7 juin pro­chain, à moins que la révo­lu­tion inter­na­tio­na­liste ne vienne inter­rom­pre le pro­ces­sus, devraient faire la preuve par huit (gran­des régions), que la démo­cra­tie ne sort guère for­ti­fiée du scru­tin pro­por­tion­nel sur­tout quand les lis­tes sont blo­quées. 
Nous aurons l’occa­sion de reve­nir, ulté­rieu­re­ment, sur la néces­sité du boy­cott des élec­tions euro­péen­nes. Nous nous réfé­re­rons aux pro­pos tenus par cer­tains can­di­dats « case de tête », ou si vous pré­fé­rez « tête de liste » qui ont vili­pendé, avec force argu­ments, et pen­dant des années, le rôle fan­to­ma­ti­que du Par­le­ment euro­péen et le sys­tème opa­que et tota­li­taire orga­nisé autour de la réga­lienne Com­mis­sion euro­péenne.
Ces can­di­dats, ardents défen­seurs du NON au Traité cons­ti­tu­tion­nel euro­péen, sont aujourd’hui, les chan­tres durs des idéo­lo­gies les plus archaï­ques de la gau­che radi­cale. Ils cou­rent à la soupe euro­péenne aussi vite que le leur per­met la décence.

Avant de faire jus­tice à leurs nou­veaux pen­chants, j’aime­rais, chers lec­teurs, vous inté­res­ser à la forme élec­to­rale choi­sie pour les élec­tions euro­péen­nes : le scru­tin pro­por­tion­nel à un tour, lis­tes blo­quées et seuil de repré­sen­ta­ti­vité fixé à 5%.

La forme élec­to­rale n’est jamais inno­cente, jamais choi­sie au hasard. Elle légi­time les moyens tech­ni­ques mis en action pour intro­duire les idées domi­nan­tes. Voter c’est se sou­met­tre à une règle du jeu impo­sée. 

Dans notre société de tra­ves­tis­se­ment, les idées sont empa­que­tées dans des embal­la­ges luxueux et atti­rants. On ne les recon­naît qu’une fois désha­billées. Il est rare de ren­con­trer une idée débraillée se pro­me­nant, sans son code-barre, tant la pen­sée uni­que, pro-capi­ta­liste, a péné­tré les esprits même les plus éclai­rés. En éco­no­mie, l’allé­geance des uni­ver­si­tai­res à l’auto­rité de la chose chif­frée en est un exem­ple frap­pant. Dès que le chif­fre paraît, il a force de loi, même s’il ne décrit rien que lui-même.

A priori, le scru­tin pro­por­tion­nel offre des garan­ties de meilleure repré­sen­ta­ti­vité des opi­nions. Même si l’idéal serait une pro­por­tion­nelle inté­grale, la forme choi­sie pour ces élec­tions euro­péen­nes, peut séduire le démo­crate poin­tilleux d’autant plus que le seuil de repré­sen­ta­ti­vité, fixé à 5%, auto­rise les peti­tes for­ma­tions poli­ti­ques à un cer­tain opti­misme.

Mal­heu­reu­se­ment, il faut tem­pé­rer cet enthou­siasme citoyen car le scru­tin choisi, ici, se fera sur lis­tes blo­quées avec une case de tête (une tête de liste), dési­gnée par les par­tis poli­ti­ques. Ce sys­tème  impli­que que les can­di­dats sont élus dans l’ordre d’appa­ri­tion dans la liste. On com­prend mieux l’impor­tance des choix stra­té­gi­ques effec­tués par les gran­des for­ma­tions poli­ti­ques. En défi­ni­tive, le scru­tin à la pro­por­tion­nelle n’est, réel­le­ment, effi­cace que dans le cas des votes pré­fé­ren­tiels sinon il orga­nise et légi­time le tota­li­ta­risme des par­tis poli­ti­ques.

Le vote pré­fé­ren­tiel per­met aux élec­teurs de don­ner leur avis sur les can­di­dats de la liste, choi­sir leur ordre de pré­fé­rence, pana­cher etc. Les élec­teurs ne votent pas que pour une liste mais pour des per­son­nes, une ou plu­sieurs. La repré­sen­ta­tion, issue du vote des citoyens, est sou­vent plus auda­cieuse que celle des par­tis. En Bel­gi­que où la pro­por­tion­nelle à vote pré­fé­ren­tiel est la norme pour les élec­tions muni­ci­pa­les, les élus appar­te­nant à la « mino­rité visi­ble » sont bien plus nom­breux qu’en France où les par­tis pei­nent à renou­ve­ler leur per­son­nel poli­ti­que.

Don­ner aux élec­teurs le droit de rem­plir les cases de têtes et de remet­tre de l’ordre dans les lis­tes empê­che­rait les poten­tats locaux de cumu­ler les man­dats. L’aven­ture vécue par Mar­tine Aubry, dans la région Cen­tre, en est un exem­ple fameux. Le pré­si­dent de con­seil régio­nal vou­lait être tête de liste de la région Mas­sif-cen­tral-Cen­tre, mais la direc­tion du PS a dési­gné un pro­che de Fabius, le para­chuté est en posi­tion déli­cate. Il béné­fi­ciera, sans doute, d’une prime de non-cumu­lard, mais il part avec un han­di­cap cer­tain dans trois dépar­te­ments au moins. 

De sur­croît, le prin­cipe de la liste blo­quée con­fère à la case de tête un pres­tige et une pré­do­mi­nance qui ne cadre guère avec les exi­gen­ces de la démo­cra­tie. Il ne sert à rien de se plain­dre de l’omni­pré­sence de quel­ques têtes d’affi­che si le scru­tin accen­tue cette dérive. Le NPA a intro­duit, dans ses nou­veaux sta­tuts, le prin­cipe d’une plate-forme de porte-parole inter­chan­gea­bles pour évi­ter la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de l’enga­ge­ment poli­ti­que mais le prin­cipe de la case de tête, lui, n’est pas résolu.

On assiste même à des con­tor­sions anti­dé­mo­cra­ti­ques dans cer­tains par­tis (le PG par exem­ple) pour dési­gner des can­di­dats char­gés de faire de la figu­ra­tion. Dans ces cas, le parti choi­sit, bien sûr, les per­son­na­li­tés les plus fades et sur­tout les plus obéis­san­tes.

Si, après ça, vous avez encore envie de voter, pour ces élec­tions, je vous donne ren­dez-vous, la semaine pro­chaine, pour étu­dier, les con­sé­quen­ces d’une par­ti­ci­pa­tion active à cette mas­ca­rade tris­te­ment risi­ble.


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Geneviève Confort-Sabathé

Auteur: Geneviève Confort-Sabathé

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Commentaires (3)

PrNIC PrNIC ·  18 mars 2009, 09h34

Pour sau­ve­gar­der notre droit de vote , il faut donc aller voter !

Mais , avec la bonne démons­tra­tion Gene­viève et le refus de l’Unité des par­ti­dai­res, il me sem­ble évi­dent qu’il faut voter “con­tre” …et le seul bul­le­tin vala­ble en l’occa­sion est le bul­le­tin “BLANC” ..un boy­cott en BLANC ? Pour­quoi pas ?

Pierre NICO­LAS 26400 Diva­jeu PrNI­CO@aol.com

Le Père Peinard Le Père Peinard ·  18 mars 2009, 14h12

Errata : La Grosse Com­mi­sion de Bruxel­les est tout sauf “réga­lienne”.
Même si les comm­mis­sai­res se réga­lent sou­vent de mou­les et de fri­tes Chez Léon.
Rap­pel sujet du bac (merci wiki­pé­dia) :
Les fonc­tions réga­lien­nes de l’État sont limi­tées aux gran­des fonc­tions sou­ve­rai­nes qui fon­dent l’exis­tence même de l’État et qui ne font, en prin­cipe, l’objet d’aucune délé­ga­tion.
- Assu­rer la sécu­rité exté­rieure par la diplo­ma­tie et la défense du ter­ri­toire ;
- Assu­rer la sécu­rité inté­rieure et le main­tien de l’ordre public, avec, notam­ment, des for­ces de police ;
- Défi­nir le droit et ren­dre la jus­tice ;
- Déte­nir la sou­ve­rai­neté éco­no­mi­que et finan­cière en émet­tant de la mon­naie, notam­ment par le biais d’une ban­que cen­trale.

La Com­mi­sion Euro­péenne ne maî­trise aucune de ses fonc­tions.
Le Pou­voir légis­la­tif est aux mains du Con­seil de l’Union Euro­péenne (Con­seils de Minis­tres des états-mem­bres ou Som­met des chefs d’états et de gou­ver­ne­ment)
Les élec­tions du Par­le­ment-crou­pion se font région par région. Cf. l’excel­lente ana­lyse de g. s. + haut.
La Mon­naie est (mal) con­tro­lée par une Ban­que Cen­trale indé­pen­dante.
Il n’y a ni Défense ni Diplo­ma­tie Euro­péenne.
La seule ins­ti­tu­tion vrai­ment com­mu­nau­taire est le Cour de jus­tice des Com­mu­nau­tés Euro­péen­nes.
La Com­mis­sion est un gros secré­ta­riat géné­ral d’un gou­ver­ne­ment euro­péen qui n’existe pas.
Fer­mez le ban !

Geneviève Confort-Sabathé Geneviève Confort-Sabathé ·  18 mars 2009, 15h13

Exact, cher Xian de Sète, la com­mis­sion n’est pas réga­lienne. Cet écart m’appren­dra à n’uti­li­ser que les mots dont per­sonne ne se ren­gorge. Et pour­tant, je fais atten­tion.

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