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Crash d'Areva : on vous l'avait bien dit

Ça n’est pas pour me vanter mais… quand même un peu, car on n’est jamais si bien félicité que par soi-même. Alors voilà : au moment où la France entière découvre que la multinationale atomique Areva est en faillite, avec une perte de 5 milliards d’euros en en an, c’est l’histoire du type qui vous l’avait bien dit.

Ça n’est pas pour me vanter mais… quand même un peu, car on n’est jamais si bien félicité que par soi-même. Alors voilà : au moment où la France entière découvre que la multinationale atomique Areva est en faillite, avec une perte de 5 milliards d’euros en en an, c’est l’histoire du type qui vous l’avait bien dit.

Les lecteurs assidus de la Décroissance - ou du moins de sa dernière page - ne tombent pas des nues : par exemple, dans le numéro d’octobre 2011, nous écrivions déjà “Areva en pleine déconfiture (…) Rions vite de tant d’incompétence, car nous allons bientôt pleurer devant les factures incommensurables qui, comme toujours, seront prises en charge par l’argent public.”

Et, dans la revue de presse publiée régulièrement par l’Observatoire du nucléaire, nous avons aussi annoncé à de nombreuses reprises l’imminent crash d’Areva. Il faut dire que les jalons de ce désastre ont été soigneusement posés depuis des années par la pédégère emblématique du “géant du nucléaire”, la dénommée Anne Lauvergeon.

La dame, ridiculement surnommée “Atomic Anne”, a en effet multiplié les investissements absurdes, insensés, voire suspects. On pense bien entendu à l’affaire de corruption “Uramin” au cours de laquelle plusieurs milliards d’euros ont disparu… probablement pas pour tout le monde.

La justice est saisie de l’affaire, mais elle a semble-t-il beaucoup de mal à avancer : il est vrai que les partis politiques qui ont détenu le pouvoir ces 20 dernières années, le PS et l’UMP, ont tous deux soutenu Mme Lauvergeon, validé et même salué ses options aventureuses.

De nombreux médias complaisants en ont fait de même, et sans retenue. Voyez donc ces quelques exemples, parmi beaucoup d’autres :

  • Anne Lauvergeon, l’énergie du nucléaire (Challenges, 1er janvier 2004). Extrait : Sous sa féminité, qui a séduit la gauche comme la droite, une poigne de fer au service d’un pari : la relance de l’industrie atomique française.
  • Anne Lauvergeon, de l’Élysée à Areva (Le Figaro, 11 novembre 2004), dans la série “Les pionnières qui ont marqué le XXe siècle” (rien que ça !)
  • Anne Lauvergeon, femme puissante (Les Echos, 04 novembre 2005). Extrait “Anne Lauvergeon, quarante-six ans, la présidente du groupe nucléaire, reste bien la femme d’affaires la plus puissante dans le monde, hors États-Unis”
  • Anne Lauvergeon, la forte tête du nucléaire (Le Monde 7 juillet 2006). Extrait “Tout la sert, son passé de sherpa, ses voyages réguliers avec le président de la République, son rôle d’ambassadrice du nucléaire made in France.”
  • Anne Lauvergeon, l’électron libre (L’Expansion, 1er janvier 2008). Exrait : “Fonceuse et obstinée, la dirigeante d’Areva n’a besoin de personne pour bâtir un géant mondial du nucléaire. A bon entendeur… ”
  • Comment «Atomic Anne» a imposé Areva (Challenges, 28 février 2008). Extrait : “Retour sur ce tour de force d’Anne Lauvergeon, aujourd’hui à la tête du groupe français le plus prometteur. 
  • Anne Lauvergeon, la reine de l’atome (Le Télégramme, 30 octobre 2008). Extrait : “Présidente d’Areva depuis 1999, « Atomic Anne » a réussi à rendre le nucléaire respectable.”
  • Mic-mac nucléaire (Les Echos, 19 janvier 2010) : L’État doit tenir compte du fait que dans la durée Areva est une vraie réussite et qu’Anne Lauvergeon a un charisme assez exceptionnel.
  • Anne Lauvergeon, la femme que personne n’arrive à atomiser (Marianne, 21 mai 2011). “Portrait de la reine de l’atome”

Avouez qu’il est bien difficile de déterminer qui est le plus complaisant, flagorneur, laudateur. Et, aussi, qui est le plus ridicule. On accordera probablement un prix spécial au gugusse qui prétend que “dans la durée Areva est une vraie réussite” : il n’est autre que Dominique Seux, journaliste pronucléaire du quotidien libéral Les Échos, et qui peut aussi raconter ses salades depuis des années sur l’antenne de France-Inter, radio supposée de service public.

Pourtant, dès le 16 novembre 2004, face à Anne Lauvergeon elle-même, votre serviteur annonçait les déboires d’Areva dans la fameuse émission du dimanche soir sur France 3, “France europe express”, sous le sourire amusé de Christine Okrent.

Un extrait vidéo visible sur le web [1] permet de voir le trublion d’un soir reprocher à la pédégère :

Pour pouvoir dire à d’autres acheteurs potentiels qu’il y a déjà un pays qui vous a acheté un réacteur, vous avez vendu le réacteur EPR à la Finlande à un prix fixe de trois milliards, et tous les dépassements vont être payés par les français, par l’argent public français”.

Dix ans plus tard, le résultat est là : l’EPR finlandais devait entrer en service en 2009 or, à ce jour, il n’est toujours pas fini, la facture approche des 10 milliards, et sera assurément encore plus lourde au final. Oui, comme annoncé en 2004, nous allons payer des milliards à cause des errements de Madame Lauvergeon, appuyée par le personnel politique et la majorité de médias qui sont tout aussi coupables qu’elle.

C’était l’histoire du type qui l’avait bien dit… et qui doit bien reconnaître que ça n’a servi à rien : les adorateurs du dieu atome et de sa grande prêtresse Anne sont sourds, aveugles, menteurs, et prêts à recommencer. Avec notre argent bien sûr, ça va sans le dire !


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Stéphane Lhomme

Auteur: Stéphane Lhomme

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Commentaires (1)

José José ·  20 mai 2015, 09h06

“Sous sa féminité, qui a séduit la gauche comme la droite”. Traduisez “elle suce bien”.

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