Dernière mise à jour 13/11/2018

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À la rencontre d'Enercoop, la réappropriation énergétique - Vidéo et témoignage

Une « fête des sens » à Avran­ches dans la Man­che ? Ten­tant pour qui sou­haite pla­cer l’épa­nouis­se­ment des per­son­nes avant la course à la con­som­ma­tion, non ?

Allé­chés par cette invi­ta­tion à la con­vi­via­lité, nous nous y som­mes ren­dus les 19 et 20 sep­tem­bre der­nier, dési­reux de savoir ce qui y était pro­posé. C’est là, entre con­tes, musi­ques, pro­me­na­des et dégus­ta­tions que nous avons décou­vert un stand qui de prime abord ne met­tait pas l’eau à la bou­che. Éner­gie ? Coo­pé­ra­tive ? Une alter­na­tive pos­si­ble ? Il ne nous en fal­lait pas plus pour aigui­ser notre curio­sité netoyenne. C’est ainsi que nous som­mes allés à la ren­con­tre d’ENER­COOP avec Fran­çois Dumas, l’un des mem­bres de cette coo­pé­ra­tive.

C’est une entre­vue fil­mée sur place que nous vous pro­po­sons comme pre­mière décou­verte des par­ti­cu­la­ri­tés de cette coo­pé­ra­tive qui se veut aussi comme une « éner­gie mili­tante ». L’éner­gie est-elle un bien com­mun ? Pou­vons-nous la lais­ser aux seu­les mains de grands mono­po­les, publics, pri­vés ? Quels usa­ges des éner­gies ? Quel­les éner­gies pour demain ? 

Quel­ques répon­ses sont appor­tées. Nous vous pro­po­sons de pro­lon­ger la dis­cus­sion.

À la ren­con­tre d’Ener­coop, réap­pro­pria­tion éner­gé­ti­que



Ener­coop, un four­nis­seur d’éner­gie mili­tant
Par Fran­çois Dumas d’Ener­coop

Depuis Juillet 2007, les con­som­ma­teurs ont la faculté de chan­ger de four­nis­seur d’élec­tri­cité, suite à l’ouver­ture totale du mar­ché de l’éner­gie à la con­cur­rence.

Dans les faits, le mono­pole d’EDF per­dure. Les con­som­ma­teurs res­tent atta­chés à cette entre­prise publi­que qui a été un pilier du ser­vice public « à la fran­çaise ». Ils sont d’autant moins enclins à favo­ri­ser la con­cur­rence qu’ils sont déso­rien­tés par des métho­des com­mer­cia­les agres­si­ves et des mes­sa­ges con­tra­dic­toi­res.

Un thème récur­rent est celui de l’envi­ron­ne­ment. Tous les four­nis­seurs con­cur­rents affi­chent leur excel­lence en matière d’inves­tis­se­ment dans les éner­gies renou­ve­la­bles. Le con­som­ma­teur reste cepen­dant dubi­ta­tif en voyant le peu d’évo­lu­tion dans ce domaine et il craint que cette com­mu­ni­ca­tion ne soit la feuille de vigne d’opé­ra­teurs plus préoc­cu­pés de leurs pro­fits immé­diats que de renou­vel­le­ment de notre modèle éner­gé­ti­que. 

Les enquê­tes publiées à ce sujet dans les revues de con­som­ma­teurs l’inci­tent jus­te­ment à se méfier des offres « ver­tes ». Elles dénon­cent en par­ti­cu­lier le dis­po­si­tif des cer­ti­fi­cats verts censé encou­ra­ger le déve­lop­pe­ment des renou­ve­la­bles et garan­tir l’ori­gine éco­lo­gi­que de l’élec­tri­cité. On apprend que ces cer­ti­fi­cats font l’objet d’un tra­fic sur un mar­ché paral­lèle et dé-cor­rélé de la pro­duc­tion. Les four­nis­seurs se les pro­cu­rent pour ver­dir à bon compte une élec­tri­cité ordi­naire (« grise ») et se rem­bour­sent en sur­fac­tu­rant les clients qui ont choisi le con­trat « éco­lo­gi­que ». Ce méca­nisme n’est pas seu­le­ment immo­ral, il est con­tre-pro­duc­tif dans la mesure où la majeure par­tie des cer­ti­fi­cats est allouée à la pro­duc­tion hydrau­li­que des grands bar­ra­ges, les­quels sont amor­tis depuis long­temps. Ils ne récom­pen­sent donc pas un effort d’inves­tis­se­ment ni une prise de ris­que indus­triel.

Dans ce con­texte peu enga­geant et ce tin­ta­marre com­mer­cial, un four­nis­seur ori­gi­nal tente de faire enten­dre sa petite musi­que : il s’agit de la coo­pé­ra­tive Ener­coop.

Ener­coop a été fon­dée par des acteurs de l’éco­lo­gie et du com­merce équi­ta­ble (Green­peace, la Nef, les Amis de la terre, Bio­coop). Elle est struc­tu­rée en Société Coo­pé­ra­tive d’Inté­rêt Col­lec­tif (SCIC). Elle œuvre pour un com­merce équi­ta­ble et la pro­mo­tion des éner­gies renou­ve­la­bles, elle est agréée entre­prise soli­daire et à but non lucra­tif.

Elle met en rela­tion les socié­tai­res con­som­ma­teurs, pro­duc­teurs et sala­riés au sein d’une assem­blée où sont débat­tus et approu­vés le bilan et les orien­ta­tions. Ce rap­port de com­plé­men­ta­rité, cette rela­tion directe entre con­som­ma­teurs et pro­duc­teurs per­met de garan­tir sim­ple­ment et sûre­ment l’ori­gine renou­ve­la­ble de la pro­duc­tion sans recou­rir aux cer­ti­fi­cats verts. Les asso­cia­tions de con­som­ma­teurs ont d’ailleurs dési­gné l’offre d’élec­tri­cité 100% renou­ve­la­ble d’Ener­coop comme la seule « offre verte » sérieuse et fia­ble.

Mais, au-delà de la four­ni­ture d’élec­tri­cité verte, Ener­coop tente de chan­ger le rap­port du citoyen à l’éner­gie et d’être un acteur de la refon­da­tion de notre modèle éner­gé­ti­que.

Cette refon­da­tion passe par la décen­tra­li­sa­tion de la pro­duc­tion et la réap­pro­pria­tion par les citoyens de leur des­tin éner­gé­ti­que. C’est en sub­stance ce qui émane régu­liè­re­ment des col­lo­ques inter­na­tio­naux con­sa­crés à cette pro­blé­ma­ti­que où l’on exhorte les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­ria­les à s’enga­ger réso­lu­ment dans la « révo­lu­tion éner­gé­ti­que ». Les col­lec­ti­vi­tés sont de fait les mieux à même d’éta­blir, de manière fine, les besoins et les res­sour­ces du ter­ri­toire. Elles peu­vent alors éla­bo­rer des pro­jets d’effi­ca­cité et de pro­duc­tion pour valo­ri­ser les res­sour­ces natu­rel­les loca­les, pour pro­té­ger l’envi­ron­ne­ment ou pour con­so­li­der et enri­chir le tissu éco­no­mi­que et social.

Cet objec­tif n’est plus une uto­pie et com­mence à se réa­li­ser con­crè­te­ment. Des pro­jets de coo­pé­ra­ti­ves de pro­duc­tion éner­gé­ti­que ins­pi­rés de l’exem­ple d’Ener­coop com­men­cent à voir le jour dans dif­fé­ren­tes régions de France. Ces pro­jets, éla­bo­rés de con­cert, per­met­tront au futur réseau Ener­coop d’être pro­prié­taire de ses moyens de pro­duc­tion et de s’affran­chir défi­ni­ti­ve­ment des aléas du mar­ché en pro­po­sant une élec­tri­cité au coût de la pro­duc­tion.

La  coo­pé­ra­tive Ener­coop-Arden­nes est un cas d’école : elle regroupe des par­ti­cu­liers, des asso­cia­tions, une agence locale de l’éner­gie et des col­lec­ti­vi­tés loca­les qui sou­hai­taient déve­lop­per de « l’éolien citoyen ». Ce pro­jet abou­tira bien­tôt, après quel­ques réa­li­sa­tions dans le solaire, le bio­gaz et le petit hydrau­li­que, à la cons­truc­tion d’un parc éolien de 16 méga­watts.

Ener­coop pas­sera bien­tôt le cap des 5000 sous­crip­teurs. Pour sor­tir de la con­fi­den­tia­lité et s’impo­ser comme alter­na­tive, la coo­pé­ra­tive doit dépas­ser les 10 000 adhé­rents. Là encore, cet objec­tif n’a rien d’uto­pi­que si on le rap­porte à la foule des citoyens qui mili­tent pour un modèle éco­no­mi­que sou­te­na­ble et un monde plus équi­ta­ble.


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Anne Flambard

Auteur: Anne Flambard

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