Dernière mise à jour 24/06/2018

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Le Syndrome Orange

Dans cet article on montrera comment le changement des règles et pour tout dire la dérèglementation du traitement international de la monnaie au début des années 70 a pu avoir un impact sur les économies au point d’avoir un effet létal sur les personnes.

Du suicide de Salvador Allende aux défenestrés de France Telecom : le syndrome Orange ou les suicidés volontaires du néolibéralisme. [mise à jour de l’article le 24/11/09 -06H00]

La monnaie comme moyen de détournement de la démocratie

À la question « Comment les banquiers ont-ils obtenu de nos dirigeants le droit exclusif et exorbitant de créer la monnaie ? » la réponse a été apportée dans “La dette publique, une affaire rentable”, un livre trop peu connu d’André-Jacques Holbecq et Philippe Derruder (1) préfacé par Etienne Chouard que l’on peut retrouver dans une conférence signalée dernièrement dans «Le nouveau paradigme sera démocratique». Vous verrez qu’il faut remonter principalement à 1973 pour comprendre comment. 

C’est en effet l’année où de nombreuses décisions issues du « Consensus de Washington » ont commencé à avoir leurs effets, des effets qui se font encore sentir notamment à travers la dernière “crise” financière en date et, puisqu’au fond « tout change pour que rien ne change », se feront encore sentir dès la prochaine qui ne tardera pas à venir. Les “bulles financières” qui éclatent de plus en plus souvent risquent, en conséquence, de laisser place à une succession de « bulles politiques » qui, comme l’obamania, sont autant d’espoirs que l’on donne aux peuples, en vain. (cf. le Japon). L’effet crise/bulle comme l’effet stroboscopique fascine pour paralyser le regard mais la réalité, elle, se paye au comptant.

De la lutte de classes à la guerre de classe

Cela a été rappelé sur Netoyens au cours des entretiens de Valérie Duviol (« Demain, le monde ? »), 1973 c’est aussi l’année où Salvador Allende, alors président du Chili, interpelait la communauté internationale dans un discours mémorable tenu devant l’Assemblée Générale de l’ONU. Il y dénonçait les multinationales incontrôlées comme autant de potentats qui allaient réserver le pire à son pays, un pays qui commençait à subir de front les premiers effets de ce que l’on appelait déjà le néolibéralisme et dont le synonyme est le capitalisme financier. Un capitalisme qui n’aura plus de frein après 1989 (Chute du mur de Berlin), événement qui inaugurera une nouvelle période, celle que l’on connait encore, 30 ans après, où la finance s’est totalement émancipée de l’économie concrète et du contrôle démocratique, s’il en eut jamais vraiment un.

C’est aussi à cette date ci que certains sociologues (école de Bourdieu puis les Pinçon-Charlot) marquent la fin de l’ère de la «lutte des classes» qui laisse place à celle de la « guerre de classe » où l’on montre que seule la classe bourgeoise des possédants et de la grande finance répond encore à la définition marxiste de “classe” (2), une classe que l’on qualifie aussi d‘“aristocratie financière” ou de “ploutocratie” si bien représentées en France par les familles Wendel (Ernest-Antoine Seillière de Laborde), Pinault, Arnaud, Lagardère, etc… On dit qu’elles sont au nombre de 200. (cf. le monologue de Jean Gabin [1] tiré du film d’Henri Verneuil, “Le Président” - 1961).

En résumé, il est montré que les couches moyennes et populaires ne sont plus organisées comme des “classes”. En revanche, la classe dominante reste la seule classe «en soi et pour soi», organisée comme un véritable collectif d’intérêts, désormais en position de force puisque seule partie de la société véritablement organisée et solidaire, position qui lui permet de mener une guerre économique, sociale et culturelle sans véritable adversaire à travers des lois, règlements et ordonnances qui décident, par exemple, d’un « bouclier fiscal » fait pour favoriser les plus riches (à quand l’impôt à taux unique ?) notamment par la suppression des droits de succession dont ne peuvent bénéficier que les possédants. Devant autant d’impostures et autant de facilité à tondre la laine sur le dos des plus humbles, désormais on comprend à quel point la France “d’en bas” est sans défenses, désorganisée, et même pour certains, moutonnière.

Les pièces à conviction

La dernière émission “Pièces à conviction” en date (France 3 - 16/11/09) a montré par le menu de nombreuses sinon toutes les techniques utilisées par cette classe de “gens bien nés” pour échapper aux différents prélèvements obligatoires dont l’impôt. Elle montre surtout que monsieur Woerth est perçu par eux comme un petit épouvantail à moineaux quand il assure avec son patron monsieur Sarkozy que les paradis fiscaux… bah ! c’est fini. D’ailleurs sait-on seulement que, lorsqu’il était redevenu un temps avocat, notre président de la République accompagnait ces belles personnes de “la haute” jusqu’au bord du Lac Léman, en Suisse, pour s’assurer de leur bonne fortune et de ses fins de mois.

Et que peut-on trouver sur la belle riviéra Suisse ? Une association qui mérite le détour d’autant plus qu’on n’en parle pas dans l’émission de France 3 : l’ASREID. Qu’est-ce que l’ASREID ? L’ASREID est une association regroupant les résidents étrangers en Suisse imposés d’après la dépense. C’est à dire, les réfugiés fiscaux. Nous aimerions bien savoir qu’elle est en moyenne la fortune détenue par les membres de l’ASREID ? Car dans “Pièces à conviction”, on ne montre finalement que des petits fortunés possédant des sommes qu’on parvient à estimer entre 5 et 20 millions d’euros. C’est beaucoup diriez-vous ? Attendez !

L’émission, pour finir, à 22h25, parvient à mettre en évidence que l’Etat français protège ou ne cherche pas ceux qui ont bien plus encore. Qui sont-ils ? Ce sont ces chefs de familles pour qui des sommes de 3, 4, 5000 euros équivalent à de l’argent de poche. Ce sont les membres éminents de cette “classe dominante” que décrivent justement les sociologues, des actionnaires-propriétaires de grandes entreprises, membres de cercles - comme le cercle de l’union inter-alliés - situés tout près de l’Elysées. Pour eux, 20 millions d’euros est sans doute une somme mais rien ne justifie qu’on se cache vraiment, encore moins que l’on s’expatrie soi-même avec sa famille, car on a tous les moyens de frauder le fisc… en toute impunité.

Le syndrome de la guerre de classe

Selon les sociologues, ce sont eux qui mènent la “guerre de classe” appliquée au travail via l’emploi et le chômage, par un management sans ménagement, par la force du mépris et même de la violence, traitement qui conduit logiquement, implacablement, à ce que je propose d’appeler “le Syndrome Orange”. Pourquoi “Syndrome Orange” et pas syndrome “France Telecom” ? Tout simplement parce que France Telecom n’est plus le service public qu’il a été. Le changement de nom est un indice et a une signification. Il ne faudrait pas que ces suicides soient associés au nom de l’entreprise publique (FT) alors que ce sont les actionnaires et propriétaires de l’entreprise privatisée (Orange) qui en portent la responsabilité pleine et entière. Dans le cadre du démantèlement des services publics, on voit en effet se multiplier les cas de suicide comme récemment à Orange… que les médias ordinaires s’évertuent à appeler de son ancien nom. 

On ignore encore à quel point les employés d’EDF et GDF ou de La Poste sont aussi concernés par le Syndrome Orange. Dans ces entreprises privatisées en effet, jetées en pâture au marché, soumises aux dictats des actionnaires relayés par des gestionnaires et managers devenus tortionnaires, les cas devraient malheureusement se multiplier. Il en est de même à tous les niveaux dans les administrations, en tout cas partout où se pratique “L’antipathie comme méthode de management”, partout où se pratique le management par la terreur.

Les victimes des Chicago-boys

Quelques mois après le discours à l’ONU, Salvador Allende se sera aussi suicidé dans le palais de la Moneda bombardé, le 11 septembre 1973, par des putschistes aux ordres du général Augusto Pinochet qui instaurera une dictature devenue indispensable pour appliquer sans entraves les préceptes économiques de l’Ecole de Chicago (Chicago boys) dirigée par Milton Friedman.

C’est pour beaucoup l’année où prendront réellement effet, dans un Chili cobaye, les décisions qui feront école pour le monde, ce que l’on a appelé la mondialisation (globalisation pour les anglophones). L’Allemagne de Schroeder-Merkel et la France de Jospin-Raffarin-Galouzeau de Villepin-Sarközy de Nagy-Bocsa sont les derniers pays à en subir les conséquences essentiellement, pour la basse besogne que seraient les “réformes” qu’il reste à mener, à travers le démantèlement des services publics de santé et d’éducation mais aussi, on l’a dit, d’EDF, GDF devenue GDF-SUEZ, de La Poste et de France Telecom devenue Orange. Un démantèlement comme une arme létale toujours à l’oeuvre contre les fonctionnaires, contre les salariés et les sans-papiers, contre le Droit du travail.

On notera enfin que depuis les années 70, les courbes de l’endettement des états et du chômage sont largement corrélées. L’endettement et le surendettement privé des ménages ne tardent pas à suivre… et le “Syndrome Orange” dans les foyers.



  • « Le Moment unipolaire et l’ère Obama » : une conférence de Noam Chomsky
  • « Les impactés », la crise de France Telecom
  • Orange stressée - Làbas si j’y suis - France Inter (09/10/09) :
  • La souffrance au travail - invitée : Marie Pezé - France Inter (16/10/08)  :

Références :

  1. La dette publique, une affaire rentable - À qui profite le système ? - Ed. Yves Michel, 2008
  2. http://vimeo.com/5248584 et http://vimeo.com/5249856
  3. Haute tension à EDF-GDF - Dominique Decèze - Ed. Jean-Claude Gawsewitch, 2005

Les liens contenus dans cet article :



Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Évaluer ce billet

3.5/5

  • Note : 3.5
  • Votes : 4
  • Plus haute : 5
  • Plus basse : -1

Éric Jousse

Auteur: Éric Jousse

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (3)

Le dindon Le dindon ·  09 avril 2012, 23h38

Ancien libéral, écœuré par le monde du travail, je voterai Mélenchon :
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/521016-ancien-liberal-ec-ure-par-le-monde-du-travail-je-voterai-melenchon.html

ValDuv ValDuv ·  12 septembre 2013, 18h05

Il y a quarante ans, l’autre 11 septembre

Le 11 septembre 1973 à l’aube, l’armée chilienne commandée par le général Pinochet renversait le président socialiste Salvador Allende, démocratiquement élu trois ans plus tôt, inaugurant un longue et sanglante dictature. L’aboutissement d’une lutte sans merci unissant dans la haine du pouvoir “marxiste” et sous l’œil bienveillant des Etats-Unis une droite irréductible, un patronat radicalisé et une petite bourgeoisie apeurée.

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Chili-2013/p-26228-Il-y-a-quarante-ans-l-autre-11-septembre.htm

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  11 novembre 2013, 21h27

Conférence de Rafael Correa Président de la République de l’Equateur, Mercredi 6 novembre, le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet


À voir également

besancenot_bove_melenchon-stlazare_mai_2005.jpg

Au nom du 29 mai 2005

À défaut de quorum, à défaut de proportionnelle, tout le monde a fini par comprendre que l’abstention était bien une des modalités pleine et entière du vote pour laquelle, elle aussi, nos anciens avaient « versé le sang ». Poussé-e-s dans nos retranchements réflexifs, il aura fallu entrer dans la phase terminale du présent régime pour la concevoir comme la manière la plus efficace de rendre compte de la situation politique délétère dans laquelle nous nous trouvions. La plus efficace et la plus pacifique.

Lire la suite

vote-abstention.jpg

Pour pouvoir s'abstenir, il faut s'inscrire !

On l’a dit maintes fois déjà ici et ailleurs, comme tout autre vote qu’il soit nul, blanc ou pas, l’abstention est un droit !  Certains conservateurs antilbéraux, ordolibéraux ou protofascistes, comme jadis l’Abbé Seyes le théorisait, voudraient en faire une obligation sous peine d’amende. Ce serait une régression majeure dans le cheminement vers cette démocratie toujours en projet et sans cesse menacée. Pour autant, faut-il ne pas apparaitre ou disparaître aussi des listes électorales ? Voir !

Lire la suite