Last site update 29/10/2020

To content | To menu | To search

Que léguons-nous au féminisme ?

Par: Coa­li­tion des “hys­té­ri­ques” et fiè­res de l’être.

« Nos grand-mères ont obtenu le droit de vote
Nos mères, le droit à l’avor­te­ment.
Et nous ? Que léguons-nous au fémi­nisme ?
Le Res­sac, car notre géné­ra­tion a laissé faire. »

Pire: à ces avan­cées nous avons répondu : et moi je por­te­rai des talons hauts et je m’habille­rai en rose. Et je pré­ten­drai être “fémi­nine”, parce que les fémi­nis­tes, c‘est pas des fem­mes. Je ferai des enfants, le ménage et la vais­selle puis­que je suis éman­ci­pée main­te­nant, paraît-il. Je pren­drai un mi-temps pour m’occu­per des enfants, puis­que que je suis éman­ci­pée et que je suis deve­nue libre d’après ce qu’on me dit, et que l’éga­lité est déjà là, paraît-il, et que c’est mon mec qui trin­que depuis que les fémi­nis­tes sont allées trop loin. A tel point qu’aujourd’hui il est débous­solé, atteint jus­que dans sa viri­lité et je dois l’aider, le ras­su­rer, con­tac­ter le méde­cin pour lui et les enfants, le sou­te­nir et lui lais­ser du temps libre, car il a des cho­ses impor­tan­tes à dire et écrire pour sau­ver la pla­nète, le pou­voir d’achat, l’emploi… son bou­lot… con­voité par une femme.

M’enfin il fait « ma » vais­selle. C’est la preuve de chez la preuve que l’éga­lité est là. Pour­tant dès le pre­mier taf de ta vie active, c’est parti pour le har­cè­le­ment : du haut de leur mâle atti­tude, des col­lè­gues t’expli­quent que pour ton épa­nouis­se­ment IL faut que tu fas­ses des enfants. C’est la Nature de Lafâme de faire des enfants. Tu com­prends pas bien com­ment ça se fait qu’on te dise ça, alors que ta mère s’est bat­tue con­tre cette injonc­tion. En cas d’avor­te­ment, pareil : le méde­cin t’expli­que ton hor­loge bio­lo­gi­que, et essaie de te con­vain­cre de ne pas avor­ter, sauf : pour rai­son médi­cale ! Tu ne com­prends pas pour­quoi TA déci­sion serait remise en ques­tion.

Lors de la loi léga­li­sant l’avor­te­ment, les dépu­tés avaient voté un « oui mais » , pas­sage obligé devant une com­mis­sion prête à te faire la morale avant de te pas­ser l’aspi­ra­teur avec plus ou moins de déli­ca­tesse. Tu com­men­ces à com­pren­dre que l’éga­lité est un mythe. Alors tu fon­ces faire des con­tre-manif face à « SOS tout petits » pré­si­dée par Xavier d’Or ; une cin­quan­taine de Trans­Pé­dé­Goui­nes crient : “avor­te­ment, libre, gra­tuit et acces­si­ble !”. Pas une seule hétéro de ta géné­ra­tion n’est sur les lieux. Com­ment ça se fait ? Il parait que c’est l’éga­lité. Elles sont en train de se marier et de faire des enfants, de reven­di­quer la fémi­nine-atti­tude, de s’épi­ler de haut en bas, de déni­cher le der­nier p’tit top à la mode, de la lin­ge­rie sexy pour que leurs mecs qui n’en fou­tent pas une rame puis­sent les bai­ser ; et elles sont préoc­cu­pées par leur mec qui n’est pas capa­ble de dire un mot sur lui, et qui domine silen­cieu­se­ment. Sur­tout ne rien dire : la place est bonne.

Pen­dant ce temps là, il y a un de ces « petits mer­deux d’rap­peurs » qui t’expli­que com­ment ils vont « t’avor­ter à l’Opi­nel » ou te « Marie­Trin­ti­gner ». Au nom de la liberté d’expres­sion il est sou­tenu à fond par le Minis­tre de la Cul­ture. Tu sens bien, quand même, qu’il y a un truc qui clo­che. Mais c’est l’éga­lité et d’ailleurs ton mec fait « ta » vais­selle.  L’hôpi­tal Tenon ferme son cen­tre IVG mais tu n’es tou­jours pas avec les Trans­Pé­dé­Goui­nes pour défen­dre devant les grilles ton droit fon­da­men­tal à dis­po­ser libre­ment de ton corps, gra­ve­ment remis en cause.

Dans la rue, et aussi dans ta famille tu t’es faite insul­ter un paquet de fois, rabais­sée, humi­liée, tabas­sée, vio­lée. Ton seul tort: être du sexe fémi­nin. Pas une d’entre nous n’a pas subi un jour une des ces vio­len­ces miso­gy­nes, mais c’est juste la faute à pas de chance d’être tom­bée sur un « relou » , paraît-il. Tu approu­ves. Tous les hom­mes ne sont pas comme ça. 48 000 viols par an, ça fait 1 viol tou­tes les 10mn, en France. C’est une puni­tion col­lec­tive, une véri­ta­ble injonc­tion à ren­trer dans le rang de la domi­na­tion. Et si ça se trouve, elle l’a bien cher­ché, cette pute. Et l’autre salope là, elle vou­lait me piquer mon mec cette pétasse. Tu as inté­gré la miso­gy­nie, tu es divi­sée.

Dans cette cité d‘hom­mes, faite par et pour les hom­mes, tu te heur­tes à une dif­fi­cile évo­lu­tion de car­rière. Si tu n’y arri­ves pas c’est de ta faute, paraît-il. Pour­tant c’est le pla­fond de verre que tu te prends dans la poire. Tu décou­vres ce terme aujourd’hui. Éga­lité oblige ! Les hom­mes aussi ont des dif­fi­cul­tés, c’est la crise. Et tu pleu­res avec eux, tu pen­ses chô­meurs sans « e», et « pré­cai­res » au mas­cu­lin.

Tout ça, c’est pour­tant pas nou­veau, les fémi­nis­tes l’ont déjà ana­lysé, démon­tré, com­battu, dénoncé. Mais toi, que fais-tu ? Tu cra­ches abon­dam­ment sur un mou­ve­ment dont tu ne con­nais rien ; mais dont on t’a pré­senté les par­ti­ci­pan­tes comme une  bande « d’hys­té­ri­ques », « mal bai­sées », de  « les­bien­nes » et de « moches ». Sûr, ce n’est pas très flat­teur et toi, tu n’es pas comme elles. Pour­tant tu résis­tes, un peu, en pre­nant garde de ne pas te faire trai­ter de cas­tra­trice dès la pre­mière remar­que. Ce vio­lent mépris tu l’as déjà vécu, tu sais très bien que les hom­mes y ont très vite recours à la moin­dre remise en ques­tion de leurs pré­ro­ga­ti­ves, et tu vas l’évi­ter. Tes phra­ses n’inter­pel­lent plus per­sonne.

Toi, tu te dis que le fémi­nisme a eu des excès. Tu sais pas les­quels mais on te l’a dit. Tout le monde le dit, donc ça doit être vrai. Ton mec a dû te faire com­pren­dre que main­te­nant il est paumé, que sa mas­cu­li­nité en a pris un coup et que comme c’est l’éga­lité, bah main­te­nant faut réé­qui­li­brer les cho­ses. Eli­sa­beth Badin­ter le dit : il paraît que le fémi­nisme a fait “Fausse route”. Ton mec lit ce bou­quin. Tous les mecs lisent ce bou­quin et le bran­dis­sent comme une révé­la­tion. Il sont vic­ti­mes. Main­te­nant ce sont eux les vic­ti­mes. Tou­tes ces fem­mes qui exa­gè­rent lorsqu’elles par­lent des vio­len­ces ! Elles sont autant res­pon­sa­bles que leurs maris, paraît-il. Une dis­pute ça se fait à deux, elles l’ont cher­ché. Ils cognent leur femme, mais c’est par déses­poir, ils sont débous­so­lés, ils cognent. Et de toute façon, ceux qui osent cogner leur femme, ce sont tous des mecs de droite alcoo­li­sés comme « Ber­trand-Can­tat-qui-ne-l’a-pas-fait-exprès ». Quelle magni­fi­que soli­da­rité mas­cu­line. Les mecs de gau­che, ils nous le disent tous : ils ne sont pas comme les autres. D’ailleurs ils font « ta » vais­selle.

Toi tu n’as pas d’armes. Tu n’y pen­ses pas d’ailleurs. Petite on t’a offert des « jeux d’imi­ta­tion » : une machine à laver, un balai, une robe de mariée, une table à lan­ger. Lui, il a eu le mécano, le cos­tume de Bat­man et toute une pano­plie guer­rière. C’est à coup de poing, de tabou­ret, par trois bal­les dans la tête tirées à coup de fusil de chasse qu’il abat sa femme : elle vou­lait le quit­ter. Effa­rée devant cette réa­lité quo­ti­dienne de l’expres­sion la plus bru­tale de la haine envers les fem­mes, tou­tes les 55 heu­res une femme meurt sous les coups de son con­joint, tu dois pour­tant te jus­ti­fier. Éga­lité oblige ! Bien­tôt tu admets que 2 ou 3%  d’hom­mes aussi sont vic­ti­mes de vio­len­ces con­ju­ga­les de la part de fem­mes. Peut-être parce qu’elles se seraient défen­dues. Mais très vite tu rejet­tes l’hypo­thèse, il ne faut pas se bat­tre con­tre les hom­mes.

Ton père ton frère ton oncle ton mari ton voi­sin ton patron t’expli­quent que main­te­nant la société est fémi­ni­sée. Tu approu­ves, puis­que de ména­gère t’es pas­sée à secré­taire sans pour autant ne plus être ména­gère, mais ton mec fait « ta » vais­selle, ta mère n’a pas eu cette chance et tu mesu­res bien le pro­grès réa­lisé depuis, il fait 15 minu­tes de ménage en plus. Tu regar­des les ima­ges de l’assem­blée natio­nale, tu ne vois pas que c’est rem­pli à 85% d’hom­mes qui pren­nent des déci­sions pour rogner ta retraite,  ton congé mater­nité ; quel­ques vic­toi­res fémi­nis­tes que nous envient encore les fem­mes de pays voi­sins comme plus loin­tains. Éga­lité oblige ! Main­te­nant que tu tra­vailles ce doit être à éga­lité de trai­te­ment avec les hom­mes ; pour les salai­res ça coince un peu. Oui, là il reste un petit pro­grès à faire tu l’admets. Ton mec, lui pense qu’on y est pres­que à 30% près.

Arrive la qua­ran­taine, après 15 ans de vie com­mune, ton mec se tire avec une jeu­nette de 20 ans, te lais­sant sur le car­reau avec ton CDD à mi-temps. Elle aussi pense que les fémi­nis­tes exa­gè­rent et qu’elles sont allées trop loin. Il lui fera sans doute encore 2 gos­ses. Bien que tou­jours ins­crit dans la loi, le droit à l’avor­te­ment sera devenu inac­ces­si­ble, et la pilule con­tra­cep­tive pour les hom­mes, tu n’y as jamais pensé. De toute façon tu as assez de tra­cas avec la jus­tice pour faire pro­non­cer ton divorce dans lequel : Éga­lité oblige ! La jus­tice ton mari et toi même ne ver­ront aucun incon­vé­nient à ce que tu ne deman­des pas de pen­sion ali­men­taire ; puis­que secré­taire, tu gagnes ta vie de CDD en CDD à temps plus ou moins par­tiels.

Tu fais par­tie main­te­nant de ces nom­breux foyers de fem­mes iso­lées éle­vant seu­les leurs enfants. Tu n’auras pas de retraite et une misère d’allo­ca­tion parent isolé. Le plan­ning fami­lial à été déman­ti­bulé depuis belle lurette, les étu­des sur le genre et l’his­toire du fémi­nisme ne sont plus ensei­gnées l’uni­ver­sité. Tu seras soup­çon­née d’alié­ner tes enfants, de les édu­quer con­tre leur père, quand celui-ci te salira et se com­por­tera avec eux comme il ne peut plus le faire avec toi. SOS PAPA, une asso­cia­tion de pères réac­tion­nai­res fait du lob­bying à tous les niveaux, mais ça tu ne le croi­ras jamais, tu te sens cou­pa­ble.

Le mas­cu­li­nisme d’état exprime toute sa soli­da­rité envers cha­que homme « aban­donné » par sa femme, envers cha­que homme accusé de viol. Ils sont d’un sou­tien sans faille, d’une hypo­cri­sie sans com­plexe dès qu’il s’agit de con­trer cette fameuse cupi­dité des fem­mes qui ne pen­se­raient qu’à leur con­fis­quer leur argent, leur bou­lot, leur pou­voir, leur viri­lité. Ton der­nier recours serait de te remet­tre sous la coupe d’un homme, n’importe lequel, pourvu qu’il puisse te “pro­té­ger”, et, comme beau­coup, tu n’envi­sa­ges que le mariage pour seule issue. Retour aux années 60, avant la seconde vague du fémi­nisme. Le sys­tème patriar­cal aura mis 40 ans à récu­pé­rer son auto­rité, sans lais­ser de tra­ces appa­ren­tes, tout en dou­ceur. De cette recon­duc­tion insi­dieuse de la domi­na­tion mas­cu­line, de cette révo­lu­tion con­ser­va­trice, réac­tion­naire, il fau­dra si rien ne bouge dès à pré­sent, plu­sieurs géné­ra­tions pour récu­pé­rer des tex­tes tom­bés dans l’oubli, épar­pillés, détruits, témoi­gnant de la perte de tous nos droits.

Le fémi­nisme est un éter­nel recom­men­ce­ment.


Document(s) attaché(s) :

  1. no attachment



Rate this entry

0/5

  • Note: 0
  • Votes: 0
  • Higher: 0
  • Lower: 0

Collective d'auteures

Author: Collective d'auteures

Stay in touch with the latest news and subscribe to the RSS Feed about this category

Comments (0)

Be the first to comment on this article

Add a comment This post's comments feed


You might also like

besancenot_bove_melenchon-stlazare_mai_2005.jpg

Au nom du 29 mai 2005

À défaut de quorum, à défaut de proportionnelle, tout le monde a fini par comprendre que l’abstention était bien une des modalités pleine et entière du vote pour laquelle, elle aussi, nos anciens avaient « versé le sang ». Poussé-e-s dans nos retranchements réflexifs, il aura fallu entrer dans la phase terminale du présent régime pour la concevoir comme la manière la plus efficace de rendre compte de la situation politique délétère dans laquelle nous nous trouvions. La plus efficace et la plus pacifique.

Continue reading

vote-abstention.jpg

Pour pouvoir s'abstenir, il faut s'inscrire !

On l’a dit maintes fois déjà ici et ailleurs, comme tout autre vote qu’il soit nul, blanc ou pas, l’abstention est un droit !  Certains conservateurs antilbéraux, ordolibéraux ou protofascistes, comme jadis l’Abbé Seyes le théorisait, voudraient en faire une obligation sous peine d’amende. Ce serait une régression majeure dans le cheminement vers cette démocratie toujours en projet et sans cesse menacée. Pour autant, faut-il ne pas apparaitre ou disparaître aussi des listes électorales ? Voir !

Continue reading