Dernière mise à jour 22/11/2017

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Nucléaire : la chute !

EDF et Areva n’en finissent plus de sombrer, de licencier, de voir leurs cours en bourse dégringoler. L’industrie nucléaire, jadis « fleuron de la France », « atout dans la mondialisation », « garantie d’indépendance énergétique », est à l’image de ces calamiteux chantiers EPR : en plein marasme.

Un jour sûrement, un cinéaste de talent retracera l’effondrement du nucléaire tout comme le film La Chute l’a fait pour l’anéantissement du Troisième Reich. Il est vrai que le nucléaire est à l’énergie ce que le nazisme est à la politique : un monstre effroyable capable des pires horreurs. Avec un avantage indéniable pour l’atome : le Reich devait « durer mille ans », ce à quoi il a bien heureusement échoué alors que, avec ses contaminations et ses déchets radioactifs, le nucléaire est assuré d’obtenir la palme d’or (ou plutôt d’uranium) de la persistance : des millions d’années !

Il convient pourtant de faire déjà chauffer les caméras car le spectacle final est lancé, en particulier concernant l’atome hexagonal. Commençons donc par un indicateur de la plus grande fiabilité : les cours de la bourse. Après avoir surfé jusqu’à 82 euros, l’action Areva n’a cessé de s’effondrer, tombant à 20 puis 15, puis 10, puis 5 euros. Au moment précis où nous écrivons ces lignes, la dernière digue a cédé : 4,4 euros. La prochaine étape permettra enfin à cette action de rejoindre la valeur réelle de l’entreprise : le zéro absolu. EDF n’est pas en reste : après un sommet à 87 euros, la voilà à 12 : plus de 86 % de pertes ! À tel point que l’électricien vient d’être bouté hors du Cac 40…

Mais rien ne saurait refroidir nos grands dirigeants atomiques, qui ne manqueront donc pas de rejoindre tôt ou tard dans les box des accusés l’ex-dame de plutonium, la fameuse Atomic Anne, Madame Lauvergeon elle-même. Au cœur de l’affaire de corruption Uramin, dans laquelle a aussi trempé son mari le bien nommé M. Fric (véridique !), elle doit sentir l’étau se resserrer. Et pas sûr que ses derniers amis continuent encore longtemps à contrecarrer l’action de la justice : chez ces gens-là, il y a toujours un moment où l’on vous abandonne.

Malgré cet exemple qui devrait être dissuasif, le PDG actuel d’EDF ne ménage pas sa peine pour laisser lui aussi son nom dans l’Histoire du désastre atomique. Il avait pourtant la possibilité de se sauver en annulant, dès sa prise de fonction, un des projets nucléaires le plus délirants de tous les temps : les deux EPR que EDF prétend construire en Grande-Bretagne.

Déjà, il ne faut pas être bien malin pour vouloir encore faire des EPR, au vu des désastres des chantiers de Finlande et de Flamanville : au lieu d’une facture de 3 milliards et d’un chantier de 4 ans et demi, on en est aujourd’hui à plus de 10 milliards et plus de 10 ans de galère. Et c’est loin d’être fini !

Par ailleurs, Areva a réussi l’exploit de rater les trois cuves d’EPR qu’elle a forgées : une pour Flamanville, et deux livrées aux Chinois qui semblent tentés de concurrencer leurs voisins japonais qui ont pris de l’avance avec trois réacteurs en fusion à Fukushima (oui : cinq ans après, les cœurs sont toujours en fusion et sont continuellement arrosés pour éviter que la réaction nucléaire ne reprenne). Les cuves d’EPR doivent avoir en tout point une résistance d’au moins 60 joules, or certaines zones sont loin du compte, parfois même à 36 joules seulement. Mais l’Autorité de sûreté nucléaire (qui n’a aucune autorité sur les exploitants, et n’assure absolument aucune sûreté) cherche par tous les moyens – dérogations, comités d’experts, diversions, écrans de fumée, poudre aux yeux, etc. – à autoriser EDF à utiliser quand même sa cuve défaillante.

Très cher nucléaire

Mais rien de tout cela ne décourage le Premier ministre David Cameron qui a offert à EDF – avec l’argent des britanniques, pas avec le sien ! – un pont d’or pour construire ces deux EPR : le rachat pendant 35 ans (!) à un prix insensé – deux fois le prix actuel – de l’électricité qui sortira de ces réacteurs… si jamais ils sont construits.

Car, même avec ce montage relevant du plus grossier dumping, et qui est d’ailleurs attaqué en justice européenne par l’Autriche, le Luxembourg, la Grèce et des sociétés d’énergies renouvelables, EDF ne parvient pas à financer l’affaire. Il faut dire que l’ex-service public français prend l’eau de partout : obligé de reprendre l’activité réacteurs d’Areva en faillite, menacé par le doublement du coût de l’enfouissement des déchets radioactifs à Bure (Meuse) [NdE : cf. cedra52.fr], confronté à l’explosion du coût de l’entretien des vieux réacteurs qui parsèment la France.

À ce propos, on nous a assuré pendant des décennies que, une fois amortis, les vieux réacteurs seraient de véritables pépites, des machines à cash qui signeraient la supériorité du génie atomique français sur les autres pays, pauvres minables incapables de « rayonner ». Résultat : les nucléocrates en sont réduits aujourd’hui à dénoncer cette électricité renouvelable venue de l’étranger, « trop massive et trop peu chère » (!), et qui saborde les derniers espoirs de rentabilité de l’atome.

Tout est donc en place pour le grand feu d’artifice, la seule inconnue est de savoir quand se produira l’étincelle : celle qui du jour au lendemain a fait exploser des géants comme Enron ou Goldman Sachs.

Il a souvent été dit que l’industrie nucléaire était un avion qui avait décollé sans qu’il n’existe de piste d’atterrissage. Hélas, nous avons tous été embarqués de force dans l’avion. À vos parachutes !


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Stéphane Lhomme

Auteur: Stéphane Lhomme

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