Dernière mise à jour 26/04/2017

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Trump l’œil

Au pays de Mickey, Donald sera-t-il le roi ?

Il est le favori du camp républicain pour l’élection présidentielle américaine de l’automne prochain. Il est une sorte de synthèse fulgurante des vieux démons de l’oncle Sam. Il confirme à l’excès que là-bas la politique est un spectacle, que les campagnes y sont dégoulinantes de fric et de bons sentiments mais aussi d’injures et de coups bas. Ainsi, Donald J. Trump est à son aise dans la partie de l’Amérique qui a peur et préfère regarder son passé dans le miroir aux alouettes qui lui est vulgairement tendu plutôt que d’affronter les risques nécessaires d’un avenir forcément incertain. Le candidat nous apparaît insupportable et l’on peine à imaginer qu’il puisse faire audience. Pourtant…Et, attention : à trop nous moquer de ce trublion milliardaire et grossier nous risquons de ne pas nous apercevoir qu’en Europe aussi la manière de faire de la politique prend désormais des tournants fort malsains.

Dans les Primaires au sein du camp des Républicains il reste officiellement onze candidats en lice. Deux hommes font la course en tête des sondages, Donald Trump et Ted Cruz, le sénateur du Texas, suivis à distance par deux outsiders, le sénateur de Floride, Marco Rubio, et l’ancien gouverneur de Floride, Jeb Bush. Tous les autres ne semblent déjà plus compter. Le 14 janvier dernier à North Charleston en Caroline du Sud, un débat était particulièrement attendu, deux semaines avant le rendez-vous de l’Iowa, premier État à se prononcer pour la course à l’investiture républicaine, le 1er février. Comme à l’accoutumée, on s’y invectiva et les positions restèrent inchangées. On en profita bien sûr pour accabler unanimement le président Barack Obama et la favorite pour l’investiture démocrate, Hillary Clinton, comme il est d’usage en pareille circonstance. Jugeons ici du niveau et de la teneur des débats : Pour attaquer Hillary Clinton, Donald Trump ressort l’affaire Lewinsky Avec un nouveau clip de campagne dans lequel il associe l’ancienne « première dame » à une série de scandales sexuels, dont celui concernant la célèbre stagiaire de la Maison Blanche. Le couplet habituel de Donald Trump sur les Musulmans qu’il conviendrait de refouler aux frontières ou d’expulser hors des États-Unis n’est jamais très loin non plus quand ce type de débat est retransmis par les chaînes de télévision les plus populaires, telle la très conservatrice Fox news par exemple. Les médias sont du reste largement partie prenante du populisme ambiant qui ne date évidemment pas d’hier. Un institut de sondage américain a demandé à un échantillon d’électeurs s’ils étaient favorables au bombardements d’Agrabah, une ville imaginaire dans laquelle se déroule le dessin animé Aladdin. Un tiers des électeurs républicains interrogés a répondu par l’affirmative ! La bêtise le dispute souvent à l’ostracisme.

Tirons-lui le portrait !

L’homme est dangereux car il croit en ses chances. Et il n’est pas le seul ! Dresser son portrait s’impose, histoire de faire croître notre incompréhension. Donald John Trump est d’abord pétri de suffisance : le 16 juin dernier le milliardaire aux cheveux jaunes, qui a bâti sa fortune dans l’immobilier, a annoncé sa candidature depuis la Trump Tower de New York, l’un des gratte-ciel les plus élevés de la ville, remarquablement situé sur la Cinquième avenue à Manhattan, annonce faite Devant un public de comédiens rémunérés. Son ego est bel et bien surdimensionné : « Je suis très riche » ; « Je suis fier de ma fortune. J’ai fait un boulot incroyable » ; « Je suis très fier de ma réussite. Je le suis vraiment. » Le Washington Post a pris la peine de relever toutes les citations d’autosatisfaction de son discours de candidature et a ainsi titré « le festival du narcissisme ». Donald Trump se voit comme un businessman magnifique, une fortune indestructible… selon Forbes, lors de son discours de candidature il s’est en fait déclaré bien plus riche qu’il ne l’est. Ce narcissisme forcené explique aussi la manière avec laquelle il accueille la critique. Il harcèle et insulte copieusement ceux qui se risquent à dire du mal de lui, particulièrement quand il s’agit de femmes. En effet, Donald Trump souffre également de misogynie. Comme il utilise abondamment Twitter, de façon impulsive très souvent, Il commet des ratés significatifs. Ainsi de ce tweet sur Hillary Clinton, d’une rare élégance, très vite escamoté : « Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? » En août 2012, il avait fait le même genre de commentaire à propos d’Arianna Huffington, la fondatrice du Huffington Post. Sa troisième et actuelle épouse, Melania Knauss, ancienne mannequin d’origine slovène, ondulant souvent à ses côtés, a déclaré depuis leur grand appartement de New York, avoir un bon mari parce qu’il n’a rien contre le fait qu’elle prenne un peu de temps pour elle : « Je peux prendre un bain ou me faire masser sans que cela lui pose problème ». Soulignons que Donald Trump est aussi propriétaire de l’organisation en charge de l’élection de Miss Univers, qui s’occupe de plusieurs autres concours de beauté dont un pour adolescentes.

Et si l’on parlait intellect ! Ce qui frappe d’emblée, à l’étude des déclarations trumpiennes, c’est l’attirance du candidat à la magistrature suprême pour la théorie du complot. Donald Trump est certes diplômé en immobilier d’une grande université américaine, Wharton, mais possède une culture générale des plus modestes. Il est un excellent client pour toutes sortes d’idées étranges ou farfelues. Par exemple, il ne croit pas au réchauffement climatique car il ne l’expérimente pas au quotidien : « On a parlé dans le passé de refroidissement climatique, maintenant on parle de réchauffement. Je pense que c’est juste la météo. » Sur Twitter, il explique que le concept a été inventé par les Chinois pour rendre les produits américains non-compétitifs. Dans le domaine de la santé, il est persuadé qu’il existe un lien entre la vaccination et l’autisme. Il communique à foison sur les dangers des vaccins combinés, bien qu’aucune preuve scientifique n’aille dans ce sens.

Plus détestable encore !

La solidité de ces convictions s’explique probablement par une autre qualité de notre homme : la surpuissance qui lui évite toute espèce de scrupules. Il y a d’abord eu l’affaire de la « fausse université ». L’homme d’affaires a lancé en 2004 une école de management grâce à laquelle il aurait arnaqué des milliers de personnes en leur promettant d’acheter très cher des cours pour apprendre à devenir milliardaire. Une class-action a été ouverte en Californie portée par les victimes de la tromperie : les étudiants auraient dépensé des sommes rondelettes pour quelques vagues séminaires, obtenir un diplôme signé Donald Trump et… une photo souvenir de l’oncle Picsou ! L’affaire du golf d’Aberdeen est elle aussi fort édifiante. Dans un documentaire formidable, « You’ve Been Trumped » (2011), le réalisateur Anthony Baxter raconte l’histoire de cette côte magnifique d’Écosse, bordée de dunes sauvages, transformée en vulgaire « golf resort » par Donald Trump. On y voit les habitants de cette contrée tranquille se débattre contre les plans du milliardaire et ses méthodes violentes faites de chantage et de manipulations. L’Écosse, d’où sa mère est originaire, rejette désormais ce magnat méprisant : il a perdu en 2015 une bataille judiciaire qu’il avait lancée pour empêcher l’installation d’un champ d’éoliennes en mer, au large de « son golf » qui aurait accusé un trou de près de 5 millions d’euros en deux ans.

Le « business », valeur cardinale du néolibéralisme anglo-saxon, tient donc lieu de morale à Donald Trump. La première version de son show de téléréalité « The Apprentice » le confirmait à l’envi. Il y faisait passer des épreuves à des candidats très diplômés et amoureux transis qui souhaitaient travailler pour lui. À l’issue de chaque émission, l’un des fiers participants était éliminé. « You’re fired », lançait Trump avec sa main brandie tel un pistolet. Le dernier survivant signait un contrat dans une des entreprises de son groupe pour un très bon salaire. Pour certains téléspectateurs, à force de délectation devant ce show télévisé, il est probable que Donald Trump soit devenu une sorte de dieu vivant.

Le portrait ne serait pas complet si l’on n’oubliait le racisme du personnage. En juin 2013, il s’en est pris sur Twitter aux Noirs et aux Hispaniques, qui apporteraient le crime aux États-Unis… Lors de son discours de candidature du 16 juin dernier, il a annoncé vouloir construire un mur de trois mille kilomètres le long de la frontière avec le Mexique car « le Mexique nous amène la drogue, le crime et les viols. » Son racisme anti-Noirs ne date pas d’hier. Dans les années 1970, il a été établi que Trump avait fait de la discrimination raciale en tant que bailleur. Dans un livre, un de ses anciens associés raconte l’avoir entendu dire : « Des Noirs qui comptent mon argent ! Je déteste l’idée. Les seules personnes que je veux voir compter mon argent sont des hommes petits portant la kippa tous les jours. » Des clichés sur les juifs qui font du business, clichés confinant à un antisémitisme cependant non reconnu… En 2011, il disait : « Il y a un problème avec les musulmans dans le monde actuellement. C’est très triste, parce que j’en connais des fabuleux. » Enfin, comble du délire, Donald Trump assure avoir « un plan » pour battre l’État islamique autoproclamé très facilement et rapidement. On ne demande qu’à l’en croire !

Demandez le programme !

Les États-Unis sont un grand pays. On imagine donc aisément que le candidat a peaufiné un programme à la hauteur de sa débordante ambition. Il a annoncé sa nouvelle candidature aux primaires républicaines avec le slogan « Make America Great Again ! » Dès le début de sa campagne, il a revendiqué un discours « politiquement incorrect », notamment sur l’immigration. Il est, pour le journaliste américain Howard Fineman, directeur éditorial du Huffington Post Media Group, média de centre-gauche, caractéristique de l’évolution de la société américaine : celle de l’argent roi et du spectacle. Certains analystes considèrent que son succès s’explique beaucoup par, d’une part, l’exaspération de la classe moyenne américaine, qui estime ne plus être représentée par les « élites » de Washington et, d’autres part, par une montée en puissance du populisme et du nationalisme aux États-Unis. Donald Trump se présente en sauveur d’une Amérique moribonde, minée par la corruption de ses élites et par un système électoral inique. Lors du discours qui suit l’annonce de sa candidature, il déclare : « Nous avons 18 billions de dollars de dette. Nous n’avons que des problèmes […] Nous mourons. Nous mourons. Nous avons besoin d’argent […] Nous avons des loosers. Nous avons des gouvernants qui ne comprennent pas. Nous avons des gouvernants moralement corrompus. Nous avons des gouvernants qui bradent ce pays au point de l’anéantir. Le rêve américain est mort. » Depuis le début de cette année, Donald Trump investit largement dans des spots publicitaires sur les trois piliers fondamentaux de sa campagne : l’immigration, la sécurité et l’économie. De fait, on chercherait en vain un programme au sens global du terme . De ses déclarations publiques et de ses confidences semi-privées il ressort un bric-à-brac que la faiblesse intellectuelle de ses nombreux supporters ne suffit pas à expliquer. Examinons cette mosaïque grossière en prenant la précaution d’attacher nos ceintures.

Commençons par l’économie qui est un peu son domaine ! Donald Trump se propose de supprimer purement et simplement l’impôt des sociétés. Il préconise, d’une manière plus générale, une sensible réduction de la fiscalité pesant sur les entreprises américaines, ainsi qu’un allègement de la réglementation des entreprises, notamment en ce qui concerne les droits sociaux et environnementaux. Pour l’impôt sur le revenu, il propose le plan « 1-5-10-15 », dans une optique affichée de simplification du code des impôts. Il n’y aurait plus que quatre tranches de revenus (inférieure à 30 000 $, entre 30 000 $ et 100 000 $, entre 100 000 $ et 1 000 000 $, supérieure à 1 000 000 $) qui seraient taxées respectivement – et légèrement ! – à hauteur de 1 %, 5 %, 10 % et 15 %. L’impôt des successions serait supprimé, les revenus des capitaux seraient moins taxés, tandis qu’une taxe de 20 % frapperait les importations et qu’une taxe de 15 % toucherait la sous-traitance à l’étranger.

Donald Trump recommande plus de fermeté dans les tractations commerciales avec des États tels que le Japon ou la Chine. Il en profite à l’occasion pour vanter ses grandes capacités de négociateur. Il a déclaré lors de l’annonce de sa candidature : « [L’Amérique] a l’habitude de connaître des victoires, mais ce n’est plus le cas. Quand avons-nous pour la dernière fois vaincu un État tel que, disons, la Chine dans une négociation commerciale ? Ils nous tuent. Je bats la Chine tout le temps. Tout le temps. »

Il estime que les salaires sont trop élevés, et s’oppose à un relèvement du salaire minimum légal.

Le domaine de l’environnement est à l’avenant ! Comme plusieurs personnalités du Parti républicain, Donald Trump remet en cause l’idée du changement climatique dû aux activités humaines, et déclare que c’est « un canular total ». Il affirme que le concept a été créé par et pour les Chinois afin de rendre l’industrie manufacturière américaine non-compétitive. Il soutient le recours accru à la fracturation hydraulique pour l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels et s’oppose à l’énergie éolienne, selon lui source de production d’énergie risible et peu fiable.

Mais, ne riez pas !

Sur les « questions de société » Donald Trump est tantôt changeant, tantôt rigide, et affiche donc un conservatisme bon teint. Initialement « pro-choix », il nuance sa position en indiquant, en avril 2011, qu’il interdirait les avortements tardifs sauf pour cause de viol, d’inceste ou pour raisons de santé. Tout en s’opposant au mariage homosexuel aux États-Unis, il propose de lutter contre les discriminations envers les personnes homosexuelles en ajoutant l’orientation sexuelle au Civil Rights Act de 1966. Après l’arrêt Obergefell v. Hodges de la Cour suprême légalisant le mariage homosexuel dans l’ensemble des États-Unis, il s’oppose à un amendement constitutionnel permettant aux États de réinterdire le mariage homosexuel. Il s’oppose à la modification du deuxième amendement de la Constitution des États-Unis stipulant le libre usage des armes et se montre généralement hostile à une réglementation plus stricte concernant la possession et la vente des armes à feu. En 1990, Donald Trump défend publiquement l’idée qu’il faut légaliser les drogues aux États-Unis pour gagner la guerre contre les trafiquants, et utiliser les taxes dégagées sur la vente légale de ces produits pour éduquer la population à propos des risques liés à la consommation de ces substances. Il a toutefois tempéré cette opinion en 2015, affirmant que le choix doit relever de la politique propre des États, et en se limitant à supporter la légalisation de la consommation de cannabis pour raisons médicales.

Venons-en à la marotte privilégiée de Donald Trump : l’immigration souvent couplée à la menace islamiste. Afin de lutter contre l’immigration illégale il confirme sa volonté de faire construire un mur le long de la frontière mexicaine. Le paiement du prix de la construction serait réclamé au Mexique et, tant que ce paiement ne serait pas effectif, diverses mesures de rétorsion seraient adoptées. Le 7 décembre 2015, il déclare dans un communiqué que s’il était élu, il stopperait l’immigration des musulmans aux États-Unis, citant une étude de Pew Research Center selon laquelle « une grande partie de la communauté musulmane éprouverait de la haine envers les Américains ». Interrogé sur cette déclaration, il explique que l’interdiction d’entrée concernerait les immigrés, mais aussi les visiteurs et les touristes musulmans.

Le même jour, il laisse entendre qu’il prendrait des mesures pour fermer internet afin de contrer l’islamisme radical : « Nous devons rencontrer Bill Gates et bien d’autres personnes pour comprendre ce qui se passe. Peut-être que dans certaines régions, la fermeture de l’internet doit être envisagée […] Et si quelqu’un évoque la liberté d’expression, bien, il est stupide. »

En novembre 2015, il se déclare favorable à l’utilisation de la torture, et notamment du « waterboarding » contre les djihadistes présumés : « croyez-moi, ça marche, et vous savez quoi ? si ça ne marche pas, ils le méritent quand même ».

On ne sera pas surpris que les domaines des Affaires étrangères et de la défense nationale ne porte pas le milliardaire immobilier à de longues dissertations. En juillet 2000, il défendait l’idée que les États-Unis n’investissent pas assez dans l’armement et que la force militaire américaine à l’internationale est devenue trop faible. Il proposait également de désinvestir l’armement en missiles et de se focaliser sur la menace terroriste et les attaques biochimiques. Il s’opposa à la guerre d’Irak en 2003, puis soutint l’idée de destituer le président George W. Bush. Le moindre engagement actuel des troupes américaines à l’étranger semble lui convenir et lui ôte du même coup des possibilités d’interventions bruyantes où son populisme n’avait pas à être forcé.

Le pseudo programme de Donald Trump ne contient donc aucune surprise. Il est à son image et probablement à celle d’une part non négligeable du peuple américain d’aujourd’hui : réactionnaire, rétrograde, raciste, revanchard et… risible. Il ne faudrait sans doute pas que les « cinq R » de Donald Trump donnent le ton de la campagne dans les mois qui viennent, au sein des Républicains d’abord, dans le face-à-face avec Hilary Clinton ensuite. Ce risque, certes mesuré, existe. À mesure que l’échéance présidentielle va se rapprocher, le populisme et l’amateurisme de Donald Trump pourraient cependant voler en éclats face aux grands défis du temps. Il reste que le futur de la « première démocratie du monde » a rarement dépendu de l’élection de son Président. A t-on déjà oublié les immenses espoirs qu’avait suscité l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche pour son premier mandat ? La suite fut surtout une longue série de renoncements. Outre-Atlantique aussi la fatalité assumée de l’impuissance du pouvoir suprême nourrit le désintérêt pour la chose politique. N’est-ce pas finalement cela qui ouvre un boulevard aux candidats de la trempe de l’homme d’affaires qui se rêve en Président ?


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Yann Fiévet

Auteur: Yann Fiévet

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